Les marchés
La prudence domine à Paris. Le CAC 40 clôture parfaitement à l ?équilibre, à 7 887 points, après deux journées consécutives de hausse. Les investisseurs digèrent une avalanche de résultats d'entreprises, mais surtout, ils attendent deux rendez-vous majeurs : la décision de la Réserve fédérale américaine ce soir, puis celle de la Banque centrale européenne demain. Le contexte reste particulièrement délicat, entre inflation persistante, pétrole cher et taux obligataires élevés.
À Paris, les résultats d ?entreprises provoquent des réactions spectaculaires. Stellantis bondit de 15,4%, après avoir dévoilé une rentabilité supérieure aux attentes, malgré une nouvelle perte trimestrielle. À l'inverse, Dassault Systèmes abandonne 4,5%, alors même que l'éditeur de logiciels relève ses objectifs annuels. Hors du CAC, Worldline s'envole de 4,2%, le marché saluant son retour à la croissance.
Mais le véritable juge de paix sera américain. Ce soir, la Fed devrait maintenir ses taux entre 3,75% et 4%, après les avoir relevés en septembre. Le problème ? L'inflation reste à 3,7%, très au-dessus de son objectif de 2%, tandis que le pétrole évolue au-dessus de 110$ le baril. Les investisseurs surveilleront surtout les déclarations de Kevin Warsh, président de la Fed, pour savoir si une nouvelle hausse des taux se prépare en décembre.
Au niveau mondial, l'intelligence artificielle retrouve néanmoins des couleurs, avec des résultats impressionnants venus d'Asie. Le sud-coréen SK Hynix a dévoilé cette nuit des bénéfices records, permettant à la Bourse de Séoul de rebondir de 6,6%. Dans cette édition, nous vous expliquons comment investir facilement dessus. Ce soir, Microsoft et Alphabet publieront à leur tour leurs résultats trimestriels. Entre la Fed et les géants de la tech, la soirée promet d'être décisive pour la tendance à court terme. Bonne lecture à tous !
Palmarès SBF 120
Plus fortes hausses : STELLANTIS 4,28 ? (+15,39%), ATOS 27,78 ? (+8,94%), GENFIT 11,46 ? (+8,32%).
Plus fortes baisses : DASSAULT SYSTÈMES 23,58 ? (-4,50%), ALTEN 85,00 ? (-3,90%), JCDECAUX 24,22 ? (-3,89%).
Les valeurs
STELLANTIS
Un peu de répit pour Stellantis. Le constructeur automobile bondit de 15,39% à 4,28 ?, après des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Son chiffre d'affaires progresse de 1% à 37,6 milliards d'euros, tandis que sa perte nette se réduit à 453 millions d'euros, contre 4,5 milliards un an plus tôt. Grâce à ses efforts de réduction des coûts, sa marge opérationnelle remonte à 0,7%, contre 0,2% en 2025. L'Amérique du Nord retrouve même une rentabilité positive, mais les activités européennes restent déficitaires.
Le redressement demeure toutefois fragile. Malgré 828 millions d'euros d'économies industrielles, Stellantis a consommé 4 milliards d'euros de trésorerie au troisième trimestre. Le groupe confirme ses objectifs annuels et vise un retour à une génération de trésorerie positive en 2027. Mais les bureaux d'analyse attendent encore des progrès durables sur la rentabilité. Après un rebond de 3,9% lundi et une hausse de 0,54% mardi, l'action accuse toujours une chute de 54% depuis janvier.
RÉMY COINTREAU
Des résultats solides, mais des investisseurs déçus ? Le spécialiste français des spiritueux recule de 2,49% à 49,44 ?, malgré des ventes trimestrielles supérieures aux attentes. Son chiffre d ?affaires progresse de 7% à 288 millions d ?euros, porté par le redressement du cognac, dont les ventes bondissent de 12,4%. Le groupe profite notamment de la reprise des expéditions vers la Chine et confirme ses objectifs annuels. En revanche, la division liqueurs et spiritueux déçoit, avec une baisse de 7,4% de ses ventes.
Les investisseurs s ?inquiètent surtout de la faiblesse de la consommation en Chine, où les ventes des distributeurs restent inférieures aux attentes. Les bonnes nouvelles semblent également déjà intégrées dans le cours, après un rebond de près de 20% sur un mois. Le bureau d ?études TP ICAP Midcap reconnaît une amélioration des performances, mais estime que la reprise devra se confirmer dans les prochains mois. Malgré le recul du jour, l ?action conserve un gain de 34% en 2026.
Le coin des smalls
WORLDLINE
Enfin une bonne nouvelle pour Worldline. Le spécialiste français des paiements bondit de 4,17% à 10,70 ?, après avoir renoué avec la croissance au troisième trimestre. Son chiffre d'affaires atteint 946 millions d'euros, en hausse de 2,5%, contre 925 millions d'euros attendus par le marché. Les services aux commerçants, sa principale activité, tirent cette reprise avec des revenus en progression de 4%. En revanche, les services financiers reculent de 3,3%. Le groupe confirme ses objectifs annuels, une nouvelle étape dans l'exécution de son plan de redressement North Star.
Malgré cette amélioration, la prudence reste de mise. Le chiffre d'affaires net, qui reflète mieux les revenus réellement conservés par Worldline, recule encore de 1%, tandis que sa trésorerie devrait rester déficitaire cette année. Oddo BHF reconnaît les progrès réalisés, mais abaisse son objectif de cours de 15 ? à 12,50 ?, face aux incertitudes économiques et à la pression concurrentielle. Après une chute de 11% vendredi, l'action éligible au PEA-PME cède désormais 33% cette année.
La recommandation du jour
CORÉE : UNE BOURSE SOUS ADRÉNALINE
+76% en 2025, +43% depuis le début de 2026 ? mais aussi -36% en quelques semaines. La Bourse coréenne est devenue le marché de tous les extrêmes. Dopée par l ?intelligence artificielle et les semi-conducteurs, elle offre un potentiel spectaculaire, au prix d ?une volatilité tout aussi spectaculaire.
Derrière cette envolée, deux moteurs principaux : le boom mondial de l ?IA et les réformes engagées à Séoul pour réduire le « Korea discount », cette décote historique dont souffrent les entreprises coréennes en raison notamment de pratiques de gouvernance longtemps jugées défavorables aux actionnaires minoritaires.
Alors, faut-il encore s ?y exposer ? Réponses dans cet article en libre accès.
L'événement du mercredi
LE DILEMME DE LA FED
3,7%. C'est le niveau de l'inflation américaine en septembre. Près du double de l'objectif de la Réserve fédérale, fixé à 2%. Et malgré le ralentissement du marché de l'emploi, la Banque centrale américaine pourrait bien devoir maintenir ses taux élevés plus longtemps que prévu. Ce soir, elle devrait conserver ses taux directeurs entre 3,75% et 4%, après les avoir relevés de 0,25 point en septembre.
Le statu quo est largement anticipé par les marchés. Mais le véritable enjeu n'est plus seulement la décision d'octobre : c'est la possibilité d'un nouveau relèvement des taux en décembre. L'équation est particulièrement délicate. D'un côté, le pétrole cher et les tensions commerciales entretiennent l'inflation. De l'autre, une nouvelle hausse des taux renchérirait encore les crédits immobiliers, les emprunts des entreprises et le financement de la dette américaine.
Le taux des obligations américaines à dix ans évolue d'ailleurs autour de 5%, un niveau déjà très contraignant. Le discours de Kevin Warsh sera donc scruté de près. Les investisseurs chercheront à savoir si la Fed estime que l'inflation nécessite un nouveau durcissement monétaire. Car plus les taux restent élevés, plus les entreprises fortement endettées et les valeurs technologiques deviennent vulnérables. Et avec les élections américaines de mi-mandat prévues mardi prochain, la pression politique complique encore la situation ?
Le monde d'après
LE PRIX DES RÊVES
Larry Ellison, le fondateur d ?Oracle, voit grand. Très grand. À 82 ans, le milliardaire prédit que l ?intelligence artificielle permettra d ?éliminer la plupart des cancers d ?ici cinq ans, et tous les autres d ?ici dix ans. Il imagine même une société où les robots financeraient un revenu universel grâce à une nouvelle fiscalité.
Mais derrière ces promesses futuristes, la réalité financière d ?Oracle inquiète Wall Street. Au dernier trimestre, le géant américain a englouti 28,5 milliards de dollars dans ses centres de données et ses processeurs, pour seulement 19 milliards de chiffre d ?affaires. Sa dette à long terme atteint 117 milliards de dollars et ses engagements locatifs futurs, essentiellement liés aux centres de données, totalisent 288 milliards supplémentaires, non encore inscrits au bilan ?
Le signal d ?alarme vient également du marché obligataire. Les CDS d ?Oracle, qui permettent de s ?assurer contre un défaut de paiement, ont atteint 322 points de base le 26 octobre, soit plus du double de leur niveau de janvier. Sa note BBB- ne se situe plus qu ?à un cran de la catégorie spéculative. Et la facture continue de grimper : ses charges d ?intérêts (voir lexique) ont bondi de 55% sur un an, tandis que S&P anticipe un déficit de trésorerie de 42 milliards de dollars pour l'exercice 2027. Bref ! Oracle est clairement l ?un des maillons faibles de l ?écosystème IA. Et nous le surveillons de près.
Malgré ces tensions, le groupe accélère ses investissements et multiplie les partenariats, notamment avec Google. Le paradoxe est donc saisissant : Larry Ellison promet de révolutionner la médecine et l'économie mondiale grâce à l'IA, mais doit d'abord convaincre Wall Street que son entreprise pourra financer ses ambitions sans crouler sous les dettes. D ?ailleurs, Marc vous en parlait ce matin. Affaire à suivre !
Demain à la une
UNE SÉANCE DÉCISIVE
Après la Fed ce soir, place à la Banque centrale européenne demain après-midi. Christine Lagarde devra préciser sa position sur l'inflation, la croissance et les taux d'intérêt, alors que la hausse du pétrole complique la situation économique européenne.
Aux États-Unis, les investisseurs découvriront dès 13h30 la première estimation de la croissance du troisième trimestre et l'indice d'inflation PCE de septembre, particulièrement suivi par la Fed. Deux statistiques majeures qui pourraient modifier les anticipations de taux.
Enfin, la saison des résultats va encore accélérer, après Microsoft et Alphabet ce soir. Demain, TotalEnergies, Société Générale, STMicroelectronics, Schneider Electric, Air Liquide, Renault, Amundi et Technip Energies figurent parmi les grandes publications attendues. Sans oublier Amazon, qui dévoilera ses résultats après la clôture américaine. Une séance particulièrement chargée en perspective !
Le lexique
LES CHARGE D'INTÉRÊTS
Ce sont tout simplement les sommes qu ?une entreprise doit verser à ses créanciers, notamment les banques et les investisseurs qui lui prêtent de l ?argent. Prenons l ?exemple d ?Oracle : pour financer ses gigantesques investissements dans l ?intelligence artificielle, le groupe emprunte massivement.
Mais cet argent n'est pas gratuit ! Oracle doit payer des intérêts sur ses dettes, indépendamment de la rentabilité de ses investissements. Plus son endettement augmente, plus cette facture risque de s ?alourdir. Ses charges d ?intérêts ont ainsi bondi de 55% en un an, réduisant d ?autant les ressources disponibles pour investir, rembourser ses dettes ou rémunérer ses actionnaires.
















