Les marchés : Une semaine à oublier

Nouvelle semaine difficile à Paris. Le CAC 40 cède 0,36% à 7 783 points et perd 2,2% depuis lundi, effaçant son rebond de la semaine précédente. Les résultats d'entreprises pèsent lourd : Kering plonge de 16,57%, pénalisé par les difficultés de Gucci en Chine, tandis que Valeo chute de 11,54% après des ventes décevantes.

Mais le grand rendez-vous arrive ce soir avec Moody's ! L'agence doit réexaminer la note française, alors que les taux d'emprunt restent proches de leurs sommets depuis 2002. Et les dernières statistiques économiques n'arrangent rien. L'activité du secteur privé français repasse en contraction, tandis que la croissance ralentit en zone euro, avec un indice PMI à 51,9 points contre 53,1 en septembre. Le pétrole repart également à la hausse après de nouvelles menaces iraniennes, ravivant les craintes inflationnistes.

Wall Street reste sous pression. Le S&P 500 et le Nasdaq ont touché leurs plus bas niveaux depuis cinq semaines, toujours fragilisés par les doutes autour de l'IA. Autre événement marquant, SpaceX envisagerait de lancer un service mobile national, faisant reculer AT&T, Verizon et T-Mobile de 3% à 5%. À l'inverse, les spécialistes des infrastructures télécoms s'envolent, Crown Castle en tête (+11%). Une offensive qui pourrait rebattre les cartes du secteur ! Bonne lecture à tous.

Les valeurs

L'Oréal continue de faire la différence. Le géant français des cosmétiques grimpe de 5,64% à 336,30 ?, après une publication trimestrielle largement supérieure aux attentes. Son chiffre d'affaires progresse de 7,2% au troisième trimestre, contre 5,4% attendu par les bureaux d'analyse. Les produits professionnels, destinés notamment aux salons de coiffure, affichent une croissance de 13,9%, tandis que la division luxe progresse de 7%, grâce au succès des parfums. La beauté dermatologique confirme également son dynamisme, avec des ventes en hausse de 13,9%.

Cette performance contraste avec les difficultés des géants du luxe français. Alors que LVMH, Hermès et Kering accumulent les déceptions, L'Oréal profite de la résistance du marché de la beauté et gagne des parts de marché. Le groupe affiche également une croissance de 7,8% en Asie du Nord, malgré les difficultés de consommation en Chine. Déjà en hausse de 13% depuis janvier, l'action confirme son statut de valeur refuge relative au sein du CAC 40.

Nouvelle désillusion pour Kering : Le groupe de luxe chute de 16,57% à 178,12 euros, après une publication trimestrielle qui ravive les inquiétudes sur Gucci. Son chiffre d'affaires recule de 1% à 3,35 milliards d'euros, conformément aux attentes des bureaux d'analyse. Mais sa principale marque déçoit, avec des ventes en baisse de 6%. Plus préoccupant, les ventes réalisées directement dans les boutiques Gucci chutent de 9%, contre un recul de 6% anticipé. Le groupe souffre du ralentissement de la consommation chinoise, qui complique le redressement de sa marque phare.

Cette déception contraste avec la publication de juillet, qui avait propulsé l'action de 16,91%. Malgré les efforts de Luca de Meo pour réduire les coûts et relancer Gucci, les perspectives restent difficiles pour la fin d'année. Kering espère toujours améliorer sa rentabilité en 2026, mais le redressement commercial pourrait prendre davantage de temps que prévu. L'action accuse désormais une chute de 41% depuis le début de l'année.

Retour brutal à la réalité pour OVHcloud. Après son envolée de 18% mardi, le spécialiste français du cloud plonge de 21,08% à 12,39 euros ce vendredi. Un actionnaire, dont l'identité reste inconnue, a cédé 4,65 millions de titres, soit 3% du capital, pour 61,8 millions d'euros. L'opération a été réalisée au prix de 13,30 euros par action, avec une décote de 15,3% sur le cours de jeudi. Un prix particulièrement bas, inférieur même à celui qui précédait les excellents résultats publiés mardi.

Nous évoquions justement cette semaine la forte croissance du groupe et ses ambitions dans l'intelligence artificielle. Mais cette vente massive a brutalement inversé la tendance, après deux séances consécutives de baisse. Malgré une demande soutenue lors du placement, le cours est passé sous les 13,30 euros payés par les investisseurs institutionnels. L'action conserve toutefois une progression de 70% depuis janvier.

Le verdict de Moody's

La France va-t-elle subir une nouvelle dégradation de sa note souveraine ? Ce vendredi soir, l'agence Moody's doit rendre son verdict sur la dette française, et les économistes anticipent majoritairement une sanction. Actuellement notée Aa3 avec perspective négative, la France pourrait être rétrogradée à A1, rejoignant ainsi les évaluations de Fitch et Standard & Poor's. Une nouvelle illustration de la défiance croissante envers les finances publiques françaises.

Les chiffres donnent le vertige. Le déficit public devrait atteindre 5,4% du PIB cette année, tandis que la dette pourrait grimper à 121,7% en 2027. La croissance, elle, ne dépasserait pas 0,4% en 2026. Et les marchés ont déjà commencé à sanctionner cette situation. Le taux d'emprunt français à dix ans a franchi les 5% cette semaine, une première depuis 2002. L'écart avec l'Allemagne a même atteint 1,74 point, son plus haut niveau depuis 2011.

Mais une dégradation d'un cran est déjà largement anticipée par les investisseurs. L'enjeu réside surtout dans la perspective attribuée par Moody's : stable ou négative. Une nouvelle menace d'abaissement accentuerait la pression sur un gouvernement déjà confronté à une crise politique et à un budget 2027 difficile à faire adopter.

Le monde d'après : Des milliards sans le pouvoir

Mark Zuckerberg veut lever des centaines de milliards de dollars pour financer l'intelligence artificielle, sans perdre le contrôle de Meta ! Le géant américain va créer une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote, permettant d'attirer des investisseurs sans affaiblir le pouvoir de son fondateur. Aujourd'hui, Zuckerberg contrôle 60,6% des droits de vote avec seulement 13,4% du capital.

Les besoins financiers sont colossaux. Meta prévoit d'investir entre 135 et 145 milliards de dollars cette année, principalement dans les infrastructures d'IA. Sa publicité reste pourtant très rentable, avec un chiffre d'affaires en hausse de 26% au troisième trimestre, à 64,6 milliards de dollars. Mais face à OpenAI, Google et Anthropic, le groupe estime devoir lever des centaines de milliards supplémentaires sur plusieurs années, avec de premières opérations envisagées dès cet automne.

Les nouvelles actions seront distribuées gratuitement aux actionnaires existants fin janvier 2027, avant de pouvoir être émises auprès de nouveaux investisseurs pour financer la croissance du groupe. Une stratégie qui pose une vraie question de gouvernance. Les investisseurs apporteront de nouveaux capitaux, tandis que Zuckerberg conservera le contrôle des décisions.

Le lexique : Les actions à droits de vote multiples

En Bourse, toutes les actions ne donnent pas nécessairement le même pouvoir de décision. Certaines entreprises possèdent plusieurs catégories d'actions, avec des droits de vote différents. Les fondateurs peuvent ainsi détenir des titres qui donnent plusieurs voix lors des assemblées générales, tandis que les actionnaires ordinaires disposent d'une seule voix, voire d'aucune.

Ce système permet aux dirigeants de conserver le contrôle de leur entreprise même lorsqu'ils possèdent une minorité du capital. C'est notamment le cas de Mark Zuckerberg chez Meta, où son pouvoir de vote dépasse largement sa participation financière. Pour les investisseurs, cette structure présente toutefois un inconvénient : ils peuvent financer la croissance de l'entreprise sans disposer d'un véritable pouvoir sur ses grandes décisions stratégiques.