Un peu de répit pour la Bourse de Paris ! Après une semaine difficile, le CAC 40 progresse de 0,83% à 7 847 points ce lundi, porté par une détente des taux obligataires. Vendredi soir, Moody's a maintenu la note de la dette française à Aa3, contrairement aux craintes d'une dégradation. Le rendement de l'emprunt français à dix ans repasse sous les 5%, tandis que l'écart avec l'Allemagne se réduit à 161 points de base, contre 169 vendredi. Un soulagement bienvenu, même si Moody's conserve une perspective négative sur la France, toujours fragilisée par ses difficultés budgétaires.

À Wall Street, l'intelligence artificielle retrouve de l'élan. Anthropic, le créateur de Claude, a dévoilé son dossier d'introduction en Bourse, révélant une croissance spectaculaire de ses revenus, mais aussi des pertes colossales. De quoi relancer l'intérêt pour le secteur après sa récente correction. Nvidia gagne 2%, tandis que Microsoft et Amazon progressent d'environ 1%. Le rebond intervient à l'approche d'une semaine particulièrement chargée en résultats d'entreprises et du verdict de la Fed.

À l'inverse, la Bourse de São Paulo plonge de près de 17% après la réélection surprise de Lula face à Flávio Bolsonaro. La chute a même provoqué une suspension des échanges pendant trente minutes, tandis que le réal décroche face au dollar. Un contraste saisissant avec le soulagement observé à Paris.

Les valeurs

GTT

Rare déception pour GTT. Le spécialiste français des technologies de transport de gaz naturel liquéfié plonge de 11,66% à 181,10€, après une publication inférieure aux attentes. Son chiffre d'affaires atteint 183 millions d'euros au troisième trimestre, soit 7% de moins que les prévisions des bureaux d'analyse. Sur neuf mois, les revenus reculent de 4,9% à 570 millions d'euros. Le groupe confirme ses objectifs annuels, alors que le marché espérait un relèvement. Une déception pour cette entreprise habituée à dépasser les attentes.

Pourtant, les fondamentaux restent solides. GTT dispose d'un carnet de commandes de 1,8 milliard d'euros, qui lui offre une bonne visibilité sur les prochaines années. Mais après plusieurs exercices de forte croissance, les attentes des investisseurs sont devenues particulièrement élevées. Le bureau d'analyse Bernstein a d'ailleurs abaissé sa recommandation sur le titre, tandis que Barclays juge la sanction excessive. Après un rebond de 3,27% vendredi, l'action efface ses gains récents mais conserve une progression de 16% depuis janvier.

VALEO

Valeo progresse de 3,25% à 11,75€, après trois séances consécutives de baisse qui lui ont fait perdre 16%. Vendredi, l'action avait plongé de 11,54% après une publication trimestrielle décevante, avec des ventes en recul de 2,6%. Si Valeo maintient ses objectifs annuels, le groupe se montre désormais plus prudent sur sa rentabilité au second semestre. Le bureau d'analyse allemand Berenberg souligne également les difficultés de sa division Power, qui ne profite pas encore pleinement de la reprise des ventes de voitures électriques en Europe.

Berenberg conserve toutefois sa recommandation à l'achat, mais abaisse son objectif de cours de 15 ? à 14 ?. Autre actualité, Valeo présente cette semaine, avec le japonais Anritsu, une technologie permettant de tester virtuellement les systèmes de communication des véhicules connectés. Une innovation destinée à réduire les coûts et les délais de développement. Malgré le rebond du jour, l'action affiche une progression limitée à 1% depuis janvier.

Palmarès SBF 120

  • Plus fortes hausses : Inventiva (+10,29%), Nanobiotix (+9,46%), Eutelsat (+8,59%).
  • Plus fortes baisses : GTT (-11,66%), Pluxee (-4,09%), EssilorLuxottica (-3,42%).

Le coin des smalls

Nanobiotix

Nouvelle envolée pour Nanobiotix. La biotech française progresse de 9,46% à 28,22 ?, après la publication de résultats cliniques encourageants dans le traitement du mélanome avancé, une forme grave de cancer de la peau. Son traitement expérimental développé avec Johnson & Johnson, a été testé sur 24 patients dont la maladie résistait aux traitements classiques. L'étude révèle un taux de réponse de 41,7%, avec quatre disparitions complètes des lésions visibles. La survie médiane atteint 17,8 mois, un résultat prometteur pour des patients disposant de peu d'alternatives thérapeutiques.

Ces premiers résultats renforcent le potentiel du traitement, même si des essais de plus grande ampleur restent nécessaires pour confirmer son efficacité. Autre point rassurant, Nanobiotix dispose d'une trésorerie de 111 millions d'euros, qui devrait financer ses activités jusqu'en 2029. Après plusieurs fortes hausses la semaine dernière, l'action éligible au PEA-PME affiche désormais une progression de 44% depuis janvier.

Bilendi

Spécialiste français des études de marché et de la collecte de données, Bilendi traverse une période boursière particulièrement difficile. Depuis le début de l'année, le titre a perdu plus de 55% de sa valeur, ramenant sa capitalisation autour de 37 M ?. Une correction importante pour un groupe qui a pourtant considérablement changé de dimension ces dernières années, notamment grâce à l'acquisition de Netquest en 2025.

Le monde d'après

Panique à São Paulo

Séisme sur les marchés brésiliens ! La réélection surprise de Lula, dimanche, avec 51,8% des voix face au conservateur Flávio Bolsonaro, provoque une violente chute des actifs du pays. Ce lundi, la Bourse de São Paulo plonge de près de 17%, tandis que le réal perd plus de 10% face au dollar. Les échanges ont même été suspendus pendant 30 minutes pour tenter de calmer le jeu. Les investisseurs misaient largement sur une victoire de Bolsonaro, dont le programme promettait des baisses d'impôts, des privatisations et une réduction des dépenses publiques.

Le retour de Lula pour un quatrième mandat ravive les inquiétudes sur les finances du Brésil. Le pays affiche un déficit public de 7 à 8% du PIB et une dette élevée, alors que le président promet notamment de réduire la durée hebdomadaire du travail. Les investisseurs craignent une aggravation des déséquilibres budgétaires et une hausse des coûts d'emprunt. La contestation des résultats par Flávio Bolsonaro ajoute une nouvelle incertitude politique.

Cette débâcle pourrait compliquer sérieusement le nouveau mandat de Lula. La chute du réal risque d'alimenter l'inflation en renchérissant les importations, tandis que la défiance des investisseurs pourrait faire grimper les taux d'emprunt du pays. Un cercle vicieux qui fragiliserait davantage les finances publiques et réduirait les marges de manœuvre du président pour financer ses promesses électorales.

L'agenda du lundi

La Fed au cœur du jeu

Une semaine intense attend les marchés, entre banques centrales, croissance et avalanche de résultats. Le grand rendez-vous aura lieu mercredi soir avec la décision de la Fed, suivie jeudi par celle de la BCE. Leurs discours pourraient modifier les anticipations de taux et accentuer la volatilité. Les banques centrales du Canada et du Japon seront également au programme, tout comme les premières estimations de croissance au troisième trimestre et l'indice PCE américain, mesure d'inflation privilégiée par la Fed.

Côté entreprises, Microsoft et Alphabet publieront mercredi soir, suivis d'Amazon jeudi. Leurs résultats permettront de mesurer la rentabilité des investissements massifs dans l'intelligence artificielle. À Paris, TotalEnergies, Airbus, Air Liquide, Saint-Gobain, BNP Paribas et STMicroelectronics dévoileront leurs comptes. Aux États-Unis, Boeing, Visa et ExxonMobil complèteront cette semaine particulièrement chargée.

Demain à la une

Résultats en cascade

Demain, l'économie américaine sera au centre de l'attention, à la veille du verdict de la Fed. À 13h30, les commandes de biens durables permettront de jauger l'investissement industriel. Puis, à 15h, la confiance des consommateurs sera particulièrement attendue après sa chute de septembre. Le consensus anticipe un nouveau recul à 80,9 points, sur fond de pétrole cher et d'inflation persistante.

Côté entreprises, Orange et Saint-Gobain publieront leurs ventes trimestrielles. Les investisseurs attendront des précisions sur la récente panne du réseau d'Orange et la reprise de la construction européenne. À Wall Street, Boeing, Coca-Cola et Visa dévoileront leurs comptes, trois baromètres de l'industrie et de la consommation américaines. HSBC et Novartis seront également au rendez-vous.

Le lexique

L'indice PCE

Personal Consumption Expenditures est un indicateur d'inflation américain qui mesure l'évolution des prix des biens et services consommés par les ménages. Il sert à savoir si le coût de la vie augmente, et à quel rythme, aux États-Unis. Il est publié chaque mois et suivi de très près par la Réserve fédérale américaine, la Fed, car il fait partie de ses repères favoris pour décider si elle doit relever, baisser ou maintenir ses taux d'intérêt.

Contrairement à d'autres mesures de l'inflation, le PCE tient mieux compte des changements de comportement des consommateurs, par exemple lorsqu'ils remplacent un produit devenu trop cher par une alternative moins coûteuse. On distingue l'indice global, qui inclut l'énergie et l'alimentation, et l'indice core, ou sous-jacent, qui les exclut pour mieux faire ressortir la tendance de fond. Quand le PCE reste élevé, cela peut pousser la Fed à rester prudente, voire à durcir sa politique monétaire, ce qui influence directement les marchés.