Les marchés
L'IA contre le pétrole
La technologie reprend la main ? mais les taux et le pétrole n'ont pas disparu. Après une séance neutre hier, le CAC 40 cède 0,53% ce soir à 8 036 points. Le mouvement reste toutefois très sélectif : Legrand s'envole de 6,1% après avoir relevé ses ambitions à long terme, tandis que Vinci recule de 2,4% à cause de nouvelles taxes ? On en reparle dans cette édition. Hors CAC, Soitec (+9,1%) profite une nouvelle fois du regain d'enthousiasme autour de l'intelligence artificielle.
Globalement, le principal frein reste le même pour les investisseurs. Le Brent évolue autour de 106$ le baril malgré une petite détente aujourd'hui, tandis que le taux américain à dix ans reste proche de 5,3%, sur des niveaux inédits depuis près de vingt ans. Pétrole cher, taux élevés et dollar fort continuent donc de rappeler aux investisseurs que le retour de l'inflation reste la principale menace macroéconomique. Dans ce contexte, et une fois n'est pas coutume, nous vous recommandons un placement obligataire ce soir ! Le comble, pour le Journal de la Bourse.
À Wall Street, le S&P 500 et le Nasdaq évoluent à l'équilibre dans les premières heures d'échange, avant la séance très chargée de demain. Là encore, l'intelligence artificielle soutient la légère hausse du Nasdaq (+0,2%) après les nouvelles ambitions dévoilées par Anthropic avant son introduction en Bourse. Pour l'instant, l'IA parvient donc à contrebalancer la pression des taux et du pétrole. Mais l'équilibre reste fragile, à la veille d'un rendez-vous majeur sur l'inflation américaine. Bonne lecture !
Les valeurs
Legrand
Legrand change de dimension avec l'explosion des centres de données. Connu du grand public pour ses prises et interrupteurs, le groupe réalise désormais 32% de son chiffre d'affaires dans les data centers, auxquels il fournit notamment transformateurs, disjoncteurs et solutions de câblage. Une activité dopée par les investissements massifs dans l'intelligence artificielle et qui devrait générer plus de 3 milliards d'euros de revenus dès 2026. Face à une demande plus forte que prévu, la direction relève nettement ses ambitions. Entre 2027 et 2030, elle vise désormais une croissance annuelle de 6% à 8%, contre 3% à 5% auparavant, avec une marge opérationnelle comprise entre 21% et 22%.
Legrand veut également accélérer ses acquisitions et céder entre 500 millions et 1 milliard d'euros d'activités jugées moins stratégiques pour concentrer ses moyens sur ses principaux moteurs de croissance. Les actionnaires devraient clairement en profiter, avec environ 50% du bénéfice net distribué en dividendes et des rachats d'actions ciblés. Le marché salue cette nouvelle feuille de route, l'action bondit de 6,08% à 143,05 ? ce mardi et prend la tête du CAC 40, entraînant Schneider Electric (+2,01%) et Rexel (+3,62%) dans son sillage. Depuis le début de l'année, les trois entreprises progressent respectivement de 12%, 26% et 8% à la Bourse de Paris.
Vinci et Eiffage
Coup de pression fiscal sur Vinci et Eiffage ? Dans le cadre du budget 2027, le gouvernement veut fortement augmenter la taxe payée par les exploitants d'autoroutes et d'aéroports, avec un taux pouvant atteindre 12,2%, contre 4,6% actuellement. L'objectif est de faire passer les recettes de cette taxe de 600 millions à 1,4 milliard d'euros par an. Une mauvaise nouvelle pour Vinci et Eiffage, dont les autoroutes constituent une importante source de bénéfices. Selon la banque RBC, la mesure pourrait réduire le bénéfice par action de 3% à 4% chez Vinci et de 7% à 8% chez Eiffage si elle était adoptée en l'état.
La sanction est immédiate en Bourse : Vinci recule de 2,38% à 108,50 ? et Eiffage de 3,07% à 102,75 ?. ADP résiste mieux et ne cède que 0,72%, car une grande partie de la taxe pourrait être compensée par une hausse des redevances aéroportuaires, sous réserve du feu vert du régulateur. Le projet doit encore être adopté dans le cadre du budget 2027, mais il rappelle aux investisseurs que les concessions françaises restent particulièrement exposées aux décisions fiscales de l'État. Vinci et Eiffage cèdent désormais 10% et 16% en 2026.
Le coin des smalls
Rapid Nutrition
La petite société française spécialisée dans la nutrition et les technologies de santé annonce avoir généré environ 1 million de dollars de chiffre d'affaires par mois au troisième trimestre, soit plus de 1 000% de plus que sa moyenne mensuelle de 2025. Cette accélération intervient après le rachat en juin de cinq centres de santé et de bien-être HealthShop+ en Australie, qui lui donnent davantage de clients et de capacités de distribution. Une acquisition entièrement financée avec sa trésorerie, sans émission de nouvelles actions.
Le groupe veut maintenant transformer cette forte hausse des ventes en croissance durable, notamment en développant ses propres produits de nutrition, potentiellement plus rentables, et ses services de santé personnalisés. Rapid Nutrition mise également sur l'intelligence artificielle pour mieux exploiter les données de ses clients et personnaliser ses offres. Attention toutefois : les chiffres du troisième trimestre sont issus de données de gestion non auditées et cette envolée du chiffre d'affaires doit encore se traduire dans les résultats et la rentabilité du groupe. Aujourd'hui le titre progresse de 29,66% à 3,23 ? et de 13% depuis le début de l'année.
La question corporate
Qui sont les nouveaux investisseurs particuliers en Bourse ? L'AMF vient de publier son tableau de bord de septembre consacré aux investisseurs particuliers actifs. Son constat est clair : au premier semestre 2026, le nombre de Français ayant réalisé au moins une transaction sur les marchés a atteint son plus haut niveau depuis le début de cette mesure, en 2018. Derrière cette progression se dessine aussi une évolution du profil des investisseurs et de leurs pratiques.
La recommandation du jour
Semi-conducteurs, défense, nucléaire ?
Découvrez nos nouveaux ETF !
L'assurance vie ne se limite plus aux fonds en euros et à quelques grands fonds d'investissement. Avec 129 nouveaux ETF ajoutés à Meilleurtaux Liberté Vie, l'univers d'investissement s'élargit fortement : semi-conducteurs, défense, nucléaire, obligations, Japon, émergents ? Plus de 200 ETF sont désormais accessibles pour construire une allocation beaucoup plus fine, diversifiée et adaptée aux grandes tendances de marché. On vous explique tout dans ce court article !
Pas le temps de lire ?
L'opportunité des taux
Un taux américain à dix ans supérieur à 5% fait souffrir les actions ? mais il redonne aussi de l'intérêt aux obligations. Après plus d'une décennie de rendements très faibles, les investisseurs peuvent de nouveau chercher une rémunération attractive sur les marchés obligataires, à condition d'accepter les risques associés. Nous vous le disons souvent, mais les obligations sont clairement des alternatives intéressantes aux actions en ce moment.
Notre fonds daté (voir lexique) Meilleurtaux Global Horizon 2032 (ISIN : FR0014017NW5) investit dans un portefeuille diversifié d'obligations internationales d'entreprises avec un horizon fixé à décembre 2032. Au 28 août, son rendement annualisé à maturité était estimé à 5,04%* par an.
Attention : ce rendement est une estimation, pas une promesse. Le fonds est notamment exposé à des obligations d'entreprises à haut rendement, donc plus risquées que celles d'États par exemple, et le capital n'est pas garanti. Défaut d'un émetteur, évolution des taux ou dégradation du marché peuvent peser sur sa valeur. Mais dans l'environnement actuel, les obligations retrouvent clairement une place centrale dans la construction d'une allocation diversifiée.
Le monde d'après
Titanesque ? ou délirant
Anthropic prépare une introduction en Bourse qui pourrait marquer un nouveau record dans l'intelligence artificielle. La start-up américaine, connue pour son modèle Claude et concurrente directe d'OpenAI (ChatGPT), vise une valorisation de plus de 2 000 milliards de dollars. Un niveau spectaculaire au regard de ses derniers comptes : en 2025, l'entreprise n'a généré « que » 4,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires. À ce niveau, le marché valoriserait Anthropic à plus de 430 fois ses revenus annuels, un multiple extrêmement élevé, même pour une société en très forte croissance.
Surtout, les pertes sont impressionnantes. Anthropic a enregistré une perte d'exploitation de 8 milliards de dollars et une perte nette de 42 milliards de dollars. Ce dernier résultat doit toutefois être nuancé, car une grande partie provient d'effets comptables liés à la hausse de la valeur de certains instruments financiers convertibles en actions. Plus important encore pour les investisseurs, la société continue de brûler beaucoup de cash pour financer ses modèles, ses équipes et ses infrastructures. Elle prévoit d'investir 518 milliards de dollars dans les années à venir dans sa puissance de calcul et ses infrastructures cloud, indispensables au développement de l'IA. Titanesque.
La contrepartie de tout cela, c'est une croissance très rapide. Anthropic aurait dégagé 11,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires au dernier trimestre, soit quatorze fois plus qu'il y a un an, avec un résultat opérationnel dans le vert. Le groupe dispose aussi de plus de 20 milliards de dollars de liquidités, ce qui lui donne une marge de man ?uvre importante. Pour les investisseurs, le principal enjeu est de savoir si Anthropic peut transformer une croissance explosive en rentabilité durable, sans que le coût colossal de l'IA ne finisse par peser sur toute la thèse d'investissement. Enfin, coup marketing ou mauvais présage, Anthropic estime que sa technologie fait peser des « risques catastrophiques ou existentiels pour l'humanité ». Bonne ambiance !
Demain à la une
Inflation, croissance et IA
La séance de demain s'annonce particulièrement chargée à Wall Street, avec l'inflation, la croissance et l'intelligence artificielle au centre du jeu. Dès 14h30, les investisseurs découvriront l'indice PCE des prix d'août, la mesure d'inflation privilégiée par la Fed, ainsi qu'une nouvelle estimation du PIB américain du deuxième trimestre. Dans un marché déjà fragilisé par des taux obligataires très élevés et un pétrole toujours cher, une inflation persistante pourrait renforcer les anticipations de nouvelles hausses de taux et accentuer la baisse des actions.
La journée sera également marquée par des indices d'activité économique en Chine, précieux pour prendre le pouls de la deuxième économie mondiale. Enfin, après la clôture de Wall Street, Micron Technology publiera ses résultats trimestriels. Le spécialiste américain des puces mémoire est devenu un véritable baromètre de la demande liée à l'intelligence artificielle. Au-delà des chiffres, ses perspectives seront scrutées de près et pourraient faire réagir l'ensemble du secteur des semi-conducteurs.
Le lexique
Un fonds daté
Un fonds daté est un fonds obligataire conçu pour arriver à une échéance précise, par exemple en 2030 ou 2032. Il investit principalement dans des obligations dont les dates de remboursement sont proches de cette échéance. L'objectif est de donner à l'épargnant davantage de visibilité sur la durée du placement et sur le rendement potentiel, à condition de conserver le fonds jusqu'à son terme.
Au fil du temps, les obligations détenues versent des intérêts puis sont remboursées, ce qui réduit progressivement le risque lié aux variations de taux. Mais un fonds daté n'est pas garanti : des défauts d'émetteurs, une dégradation de leur qualité de crédit ou une sortie avant l'échéance peuvent entraîner une perte. Il offre donc un cadre plus lisible qu'un fonds obligataire classique, sans supprimer le risque de perte en capital.











