Sur le plan boursier, il est excellent. Le cours de l'action a été multiplié par trois depuis septembre 2023, passant de 23 euros à plus de 72 euros à la clôture vendredi.

Le titre a même approché cet été les 85 euros, du jamais vu depuis près de vingt ans, plus précisément depuis la veille de l'affaire Kerviel, qui allait encalminer la banque pour quelques années.

Les résultats obtenus l'an dernier - 6 milliards d'euros de bénéfice net - sont sans commune mesure dans l'histoire de l'établissement bancaire, longue pourtant de plus d'un siècle et demi.

Peu après son arrivée, Slawomir Krupa « a donné une direction très claire », se souvient Matthieu Prieuret, associé au sein du cabinet de conseil Eurogroup Consulting.

Ce jour-là, le 18 septembre 2023, « la conjoncture et peut-être certains éléments de langage ont été mal perçus par les marchés », continue-t-il, interrogé par l'AFP. L'action perd en effet 12% en quelques heures.

Mais les résultats vont progressivement venir, trimestre après trimestre, valider les orientations stratégiques du dirigeant, faites d'économies tous azimuts et de cessions d'activités jugées périphériques ou peu rentables.

« C'est une banque qui n'avait peut-être pas la taille pour pouvoir rayonner en Afrique, en Asie, aux Etats-Unis », poursuit M. Prieuret, « donc il fallait à un moment donner de la lisibilité, se recentrer, laisser partir certains pans d'activité ».

En quelques mois, la banque se sépare de la plupart de ses filiales de banque de détail africaines, mais aussi de son activité de financement spécialisée, SGEF, reprise par le groupe BPCE (rassemblant les Banques populaires et les Caisses d'épargne, notamment).

Secousses et perspectives

Le cycle initié à l'automne 2023 a également été marqué par des plans d'économies à tous les étages, non sans conséquences sur le plan social.

La banque de détail en France et les services centraux, au siège de la Défense, près de Paris, doivent se serrer la ceinture, avec des milliers de suppressions de postes.

« Nous avons une capacité à réduire le gâchis, appelons un chat un chat, qui est beaucoup plus forte que dans le passé », déclarait fin juillet M. Krupa, à l'occasion de la présentation des résultats de mi-année.

Le dialogue social est tendu. Certaines décisions, comme le retour à un seul jour de télétravail par semaine à compter du 5 octobre, passent mal.

« Ça a quand même pas mal secoué en interne », constate par ailleurs M. Prieuret, à commencer par le comité de direction, largement renouvelé.

Les connaisseurs de la « Socgen » joints par l'AFP voient désormais les limites des ressorts du plan triennal qui s'achève, et espèrent entendre lundi une vision stratégique de long terme.

Après trois ans d'effort, « on ne peut pas faire une stratégie basée uniquement sur la réduction des coûts », observe par exemple un conseil externe à la Société Générale, qui n'a pas souhaité apparaître nommément.

Le groupe bancaire dispose pour les années à venir de plusieurs atouts, à l'image de BoursoBank, sa filiale de banque en ligne.

Désormais rentable, l'ancien Boursorama compte aujourd'hui davantage de clients en France que le réseau physique. Le groupe va-t-il encore accélérer cette bascule ?

Slawomir Krupa est aussi attendu lundi sur d'éventuelles réductions de coûts supplémentaires, sur sa politique vis-à-vis des actionnaires ou encore sur les priorités données à tel ou tel métier dans les activités de financement et d'investissement.

En ce moment, le directeur général « marche sur l'eau », constate un cadre interne préférant rester anonyme, mais la santé financière de la banque reste tributaire de la conjoncture économique, qui s'annonce moins favorable.