Les marchés : Séance rouge vif !

La semaine se termine sous pression. Le CAC 40 cède 1,49% ce soir à 8 065 points. En dehors de STMicroelectronics (+2,4%), toutes ses composantes clôturent dans le rouge, dans le sillage des marchés européens. Sur la semaine : -1,4% à Paris. Et -1% en 2026. Clairement, les marchés sanctionnent de plus en plus les incertitudes budgétaires et politiques en France, à l'approche des élections. C'est vrai sur les actions, mais aussi sur les obligations : le taux de référence français à dix ans évolue autour de 4,5%. À ce niveau, les obligations redeviennent très concurrentielles face aux actions et le coût du financement est particulièrement élevé pour les entreprises ? On en reparle dans cette édition.

Le pétrole a toutefois limité la casse. Le Brent recule d'environ 3% sur la semaine, autour de 104$ le baril, après avoir récemment dépassé 109$. Mais clairement, cela ne suffit pas à rassurer les investisseurs, au terme d'une semaine entièrement dominée par les banques centrales. La Fed a relevé mercredi ses taux de 0,25 point, à 3,75%-4%. La Banque d'Angleterre les a maintenus hier à 3,75%. Et ce matin, la Banque du Japon a augmenté son taux directeur à 1,25%, son plus haut niveau depuis plus de trente ans.

Wall Street devrait pour sa part rester hésitante, avec un recul de 0,2% environ sur ses principaux indices ce soir, entre détente du pétrole et taux toujours élevés. Bref, les banques centrales ont parlé. Désormais, les marchés doivent digérer l'addition ? Dans ce contexte, nous vous avons préparé pour l'édition de ce week-end un article spécial sur la diversification nécessaire en cette période agitée pour les actions. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Orange signe l'une des plus fortes baisses du CAC 40 ce vendredi (-5,83% à 15,03 euros). À l'origine de ce décrochage, Morgan Stanley devient plus prudent sur l'opérateur français et abaisse son objectif de cours de 16,50 à 15 euros. Après un beau parcours ces derniers mois, la banque américaine estime qu'une grande partie des bonnes nouvelles est désormais intégrée dans le cours. Elle s'inquiète surtout d'un net ralentissement de la croissance et d'un environnement politique et économique dégradé en France en 2027, auxquels s'ajoute une concurrence plus intense en Espagne.

Tout n'est pourtant pas négatif. Morgan Stanley souligne la forte croissance d'Orange en Afrique et au Moyen-Orient, deux régions qui prennent progressivement davantage de poids dans ses résultats. Mais cela ne suffit plus à compenser les inquiétudes sur ses principaux marchés européens. Malgré la forte baisse du jour, Orange gagne encore plus de 6% depuis le début de l'année à la Bourse de Paris.

Coup de frein pour Robertet, qui recule de 4,97% à 727 euros ce vendredi. Le numéro un mondial des ingrédients naturels utilisés notamment dans les parfums et les arômes alimentaires devient plus prudent pour 2026. Après avoir jusque-là visé une croissance d'environ 5%, le groupe table désormais sur une progression de ses ventes comprise entre 3% et 5%. Robertet souffre notamment d'une demande moins dynamique en Europe et aux États-Unis, alors que la Chine, le Brésil et le Moyen-Orient restent mieux orientés dans les parfums haut de gamme.

Les résultats du premier semestre montrent également un ralentissement important : le bénéfice net recule de 7,4%, à 54,2 millions d'euros, notamment parce que Robertet continue d'investir dans ses usines et ses équipes pour préparer sa croissance future. Pas de changement en revanche sur les ambitions à plus long terme. Le groupe vise toujours entre 1,1 et 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2030, contre environ 790 millions en 2025. Le marché sanctionne donc surtout la prudence affichée pour les prochains mois, plutôt qu'une remise en cause de la stratégie de long terme. En 2026, le titre cède 18%.

Le coin des smalls

+17,10% ! Vetoquinol signe l'une des envolées du jour à Paris après des résultats semestriels largement salués par le marché. Le spécialiste français de la santé animale réalise 259 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 3,4%. Surtout, son bénéfice net bondit de 22%, à environ 30,5 millions d'euros, tandis que son résultat opérationnel (voir lexique) progresse de 12,5%.

La rentabilité s'améliore grâce à un meilleur mix de produits et à des hausses de prix, tandis que les ventes progressent de plus de 13% aux États-Unis, son premier marché. Vetoquinol génère également 59 millions d'euros de cash sur le semestre. Après plusieurs mois difficiles en Bourse, cette publication rassure clairement les investisseurs. L'action, éligible au PEA-PME, cède désormais 7% depuis le début de l'année, à 77,40 euros.

La valeur de la semaine

Delfingen signe l'une des belles publications de cette rentrée, saluée par un titre en hausse de près de +15% sur cinq séances. Derrière un chiffre d'affaires semestriel en repli de 4,5% à taux de change constants (et de seulement 1,9% hors arrêt volontaire de contrats peu rentables dans les transferts de fluides), c'est le pivot vers l'industrie qui s'affirme trimestre après trimestre : les marchés industriels accélèrent à +5,1% en organique au deuxième trimestre, après +2,2% au premier, portés par l'électrification et la robotique.

Dette : le seuil critique

La pression s'accentue sur la dette française. L'écart entre les taux à 10 ans de la France et de l'Allemagne a dépassé 1 point de pourcentage, du jamais-vu depuis 2012. Paris emprunte désormais autour de 4,50%, contre 3,50% pour Berlin : les investisseurs exigent une prime de risque de plus en plus élevée pour financer la France.

Signe supplémentaire de défiance, la France se finance même plus cher que l'Italie et la Grèce par rapport à l'Allemagne ? Et les annonces budgétaires n'ont pas suffi à rassurer. Sébastien Lecornu a pourtant présenté un plan de redressement de 54 milliards d'euros pour ramener le déficit à 5% du PIB en 2027.

Mais les marchés regardent surtout la trajectoire des finances publiques. Le déficit devrait finalement atteindre 5,4% du PIB cette année, contre 5,1% prévu auparavant. En mai, l'écart de taux avec l'Allemagne tournait encore autour de 0,60 point. Il dépasse désormais 1 point : en quelques mois, la prime de risque française s'est nettement envolée. Et on peut craindre que ce ne soit que le début, à l'approche du cirque des présidentielles.

Le monde d'après : L'apocalypse attendra

Salesforce veut tourner la page des inquiétudes autour de la « Saaspocalypse », cette idée selon laquelle les logiciels d'entreprise traditionnels pourraient être remplacés par des outils d'intelligence artificielle développés en interne. Lors de sa grande conférence annuelle, le géant américain a affiché le soutien de poids lourds du secteur, de Nvidia à OpenAI, en passant par Anthropic. Pour Marc Benioff, le patron de Salesforce, l'IA ne signe pas la fin du logiciel, mais plutôt la fin du logiciel où l'humain fait tout lui-même.

Le groupe mise désormais sur une nouvelle génération d'outils dopés aux agents IA. Ces agents peuvent exécuter des tâches, retrouver des informations, traiter des demandes clients ou travailler directement depuis des interfaces comme Slack ou Claude, sans forcément passer par l'interface classique de Salesforce. L'objectif est de rendre les logiciels plus invisibles, mais plus utiles. Cette évolution permet aussi à Salesforce de justifier des offres plus chères, avec des formules intégrant l'IA qui peuvent dépasser 500$ par utilisateur et par mois.

En Bourse, la stratégie semble convaincre. L'action Salesforce a regagné 40% en août, limitant ses pertes annuelles à 10%. La direction prévoit aussi une accélération de la croissance, avec un chiffre d'affaires attendu en hausse de 11% à 12% cette année, contre 10% l'an dernier. Bref ! Pour les logiciels, l'apocalypse attendra. Salesforce veut ainsi prouver que l'IA ne tue pas son secteur mais le rend plus autonome, plus utile et potentiellement plus rentable. Reste à voir si les clients paieront le prix.

Le lexique : La prime de risque

C'est tout simplement le rendement supplémentaire exigé par un investisseur pour accepter de prendre davantage de risque. Plus un placement paraît incertain, plus les investisseurs réclament une rémunération élevée. C'est exactement ce qui se passe actuellement avec la dette française. L'État français emprunte à dix ans autour de 4,5%, contre environ 3,5% pour l'Allemagne.

Cet écart traduit une prime de risque plus importante : face aux incertitudes budgétaires et politiques françaises, les marchés demandent davantage pour prêter leur argent à la France. Et lorsque cette prime augmente, les conséquences peuvent se diffuser à toute l'économie : financement plus cher pour l'État, mais aussi potentiellement pour les entreprises et les ménages.