Les marchés : Le calme avant la Fed

La Bourse retient son souffle. Le CAC 40 rebondit de 0,62% ce soir, à 8 141 points, après deux séances de baisse. Le léger répit vient surtout du pétrole : le Brent recule d'environ 2,5%, autour de 106$ le baril, grâce à une hausse des exportations saoudiennes via Oman et à des stocks américains plus élevés que prévu. Mais à plus de 100$, le pétrole reste une sérieuse menace pour l'inflation. Dans cette édition, nous revenons d'ailleurs sur le cas du géant saoudien Saudi Aramco, cible des milices yéménites.

Surtout, tout se jouera ce soir à 20h. Le marché estime à plus de 90% la probabilité que la Fed relève ses taux de 0,25 point, pour les porter entre 3,75% et 4%. Une décision presque totalement anticipée. Le véritable enjeu sera donc la suite : Kevin Warsh annoncera-t-il une hausse isolée ou ouvrira-t-il la porte à plusieurs tours de vis ? Le taux américain à dix ans reste proche de 5%, un niveau particulièrement contraignant pour les actions.

Dans ce climat attentiste, quelques valeurs françaises s'agitent fortement. Soitec bondit de 13,4%. De son côté, Wall Street évolue dans le vert avant le verdict de la Banque centrale américaine. Pour le moment, le S&P 500 et le Nasdaq gagnent respectivement 0,4% et 0,8%. Bref, le rebond du jour est fragile. À 20h, ce n'est pas la hausse des taux qui fera bouger les marchés, mais ce que la Fed dira de la prochaine. Bonne lecture !

Les valeurs : Soitec

Soitec n'en finit plus de s'envoler. En tête du SBF 120, le titre bondit encore de 13,41% à 139,50 ? ce mercredi et affiche désormais une hausse spectaculaire de près de 500% depuis le début de l'année. Malgré cette envolée spectaculaire, JPMorgan estime que le potentiel n'est pas épuisé. La banque américaine passe à l'achat sur le fabricant français de composants pour puces et fixe un objectif de 200 ? soit encore environ 45% de hausse potentielle. La raison tient essentiellement à l'explosion des besoins liés à l'intelligence artificielle : Soitec fabrique des composants qui permettent notamment de faire circuler beaucoup plus rapidement les énormes quantités de données utilisées dans les centres de données.

JPMorgan estime que cette activité liée à l'IA pourrait générer plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2030, alors que l'ensemble de Soitec n'a réalisé « que » 592 millions d'euros de ventes lors de son dernier exercice. Une croissance suffisamment forte pour compenser, selon la banque, les difficultés persistantes du groupe dans les smartphones. Après une hausse de près de 500% cette année, les attentes sont évidemment devenues considérables, mais JPMorgan estime que le marché pourrait encore relever progressivement ses prévisions de résultats.

Vallourec progresse de 6,42% ce mercredi, à 19,90 euros, après avoir décroché un contrat majeur au Brésil. Le spécialiste français des tubes en acier va fournir au britannique Subsea 7 environ 130 kilomètres de conduites, soit plus de 15 000 tonnes de tubes, pour le projet pétrolier Sepia 2 développé par Petrobras au large des côtes brésiliennes. Ces équipements permettront de relier les puits situés au fond de l'océan aux installations de production en surface. Le montant du contrat n'a pas été communiqué, mais Vallourec le qualifie de majeur.

Cette commande renforce surtout la présence de Vallourec au Brésil, l'un de ses marchés les plus importants. Les tubes seront directement fabriqués dans son usine brésilienne et devront résister aux conditions particulièrement difficiles rencontrées à très grande profondeur. Pour Vallourec, ce nouveau contrat vient alimenter son carnet de commandes sur des produits à forte valeur ajoutée, généralement plus rentables que les tubes standards. Après la hausse du jour, le titre affiche désormais +26% depuis le début de l'année.

Le coin des smalls

Assystem entend profiter du grand retour du nucléaire. Le groupe français d'ingénierie accompagne les grands projets du secteur, de leur conception jusqu'à leur construction. Après une décennie difficile pour le secteur nucléaire, les nouveaux projets lancés en France et à l'international lui offrent désormais de meilleures perspectives. L'entreprise vise ainsi pour 2026 une croissance de ses ventes comprise entre 2% et 4%, avec une amélioration de sa rentabilité. La dynamique était d'ailleurs bien orientée au premier semestre, notamment en France, tandis que le groupe poursuit son développement en Amérique du Nord, en Australie et au Kazakhstan.

Les investisseurs devront toutefois patienter avant d'en savoir davantage. Assystem devait publier ses résultats semestriels ce mercredi, mais les a reportés en raison de sa participation dans Expleo, son ancienne filiale, qui doit encore finaliser ses propres comptes et renégocier certaines conditions de financement. Un contretemps qui ne remet pas, à ce stade, en cause les objectifs d'Assystem. Le groupe aborde surtout les prochaines années avec un marché nucléaire qui retrouve des investissements importants après une longue période de sous-investissement. Dans ce contexte, l'action, éligible au PEA-PME, cède un peu de terrain ce mercredi, à 40 ?. Depuis le début de l'année, Assystem affiche un recul de 5,5% à la Bourse de Paris.

Le monde d'après : Le colosse aux pieds d'argile

du pétrole profite directement aux compagnies du secteur : elles vendent leur brut plus cher, augmentent leurs revenus et leurs bénéfices, ce qui soutient généralement leur cours de Bourse. Mais pour Aramco, cette mécanique est aujourd'hui grippée. Malgré un baril supérieur à 100$, l'action recule de 2% cette semaine. En cause : l'escalade militaire au Moyen-Orient menace directement les infrastructures et les exportations du groupe.

Les milices yéménites soutenues par l'Iran ont multiplié les frappes contre des raffineries, des installations stratégiques et le pipeline hautement stratégique permettant d'exporter le pétrole saoudien par la mer Rouge. Le problème est simple, un pétrole plus cher ne sert à rien si Aramco ne peut plus l'exporter normalement. Les investisseurs redoutent donc des perturbations de production et surtout d'acheminement susceptibles de réduire les volumes effectivement vendus.

Cette vulnérabilité est renforcée par une particularité boursière. La monarchie saoudienne contrôle encore plus de 97% du capital. Le nombre d'actions réellement disponibles sur le marché reste donc très limité, ce qui peut accentuer la volatilité du titre. Et l'enjeu dépasse largement Aramco. Le groupe assure environ 10% de la production mondiale de pétrole et détient 70% du géant pétrochimique SABIC. Une perturbation durable de ses activités pourrait réduire l'offre mondiale, pousser encore le pétrole à la hausse et renforcer les pressions inflationnistes.

Paradoxe supplémentaire, malgré ces risques, Aramco reste un géant hors norme en Bourse. Le groupe pèse encore environ 1 640 milliards de dollars, soit plus de deux fois ExxonMobil et près de six fois Shell. Surtout, le marché continue de lui accorder une nette prime : Aramco vaut environ 3,6 fois son chiffre d'affaires, contre à peine 1,1 fois pour Shell et TotalEnergies. Même sous pression, le géant saoudien reste donc valorisé comme aucun autre grand pétrolier.

L'ère des agents

Huawei anticipe une transformation majeure de l'intelligence artificielle d'ici 2035. Selon le géant chinois, les agents autonomes pourraient représenter plus de 90% du trafic mondial de tokens (voir lexique), ces petites unités de texte ou de données que les modèles d'IA lisent et génèrent pour fonctionner. Ces agents ne se contenteraient plus de répondre à une question : ils pourraient observer leur environnement, raisonner, prendre des décisions et utiliser des outils numériques de façon autonome.

Le groupe va même plus loin et prévoit jusqu'à 900 milliards d'agents IA actifs dans le monde d'ici 2035, soit environ cent fois plus que la population humaine attendue. Une telle montée en puissance nécessiterait des capacités de calcul gigantesques, des centres de données plus puissants et des infrastructures capables de traiter des volumes massifs de données. Huawei veut se positionner au c ?ur de cette évolution, avec l'ambition de faire de son infrastructure informatique une alternative chinoise à Nvidia, aujourd'hui incontournable dans les puces et les équipements liés à l'IA.

Cette vision illustre aussi la différence d'approche entre la Chine et une partie du secteur technologique américain. Aux États-Unis, les grands patrons du secteur appellent à ralentir le développement des modèles les plus avancés, par crainte de systèmes difficiles à contrôler. Huawei mise à l'inverse sur l'accélération, tout en mettant en avant la sécurité, les pare-feu IA et les outils de surveillance automatisée. Pour les investisseurs, le sujet dépasse donc les seuls logiciels : la prochaine vague de l'IA pourrait surtout profiter aux acteurs capables de fournir la puissance de calcul, les infrastructures cloud, les puces, les réseaux et les solutions de cybersécurité nécessaires pour encadrer ces agents autonomes.

L'agenda : Demain à la une

Pas de répit !

Après le verdict de la Fed ce soir, ce sera l'heure de vérité pour les marchés. Les investisseurs devront digérer la décision américaine, mais surtout les nouvelles projections économiques et le discours de Kevin Warsh. Avec un pétrole supérieur à 100 dollars et des taux obligataires toujours très élevés, le moindre signal laissant entrevoir d'autres hausses pourrait prolonger la pression baissière sur les actions, en particulier les valeurs technologiques.

Autre temps fort à 13h : la Banque d'Angleterre. Elle devrait maintenir son taux directeur à 3,75%, mais son discours sera également scruté après le rebond de l'inflation britannique et la flambée des prix de l'énergie. La zone euro publiera également la version définitive de son inflation d'août, estimée à 3,3%, tandis que les mises en chantier américaines permettront de mesurer la résistance de l'économie face au coût élevé du crédit. Bref, après la Fed, pas de répit : les taux resteront au c ?ur de la séance boursière.

Le lexique : Agents autonomes et tokens

Les agents autonomes sont des intelligences artificielles capables d'aller au-delà d'une simple réponse : ils peuvent analyser une situation, décomposer un objectif en plusieurs étapes, prendre certaines décisions et utiliser des outils numériques pour accomplir une tâche avec peu d'intervention humaine. Par exemple, un agent peut rechercher des informations, comparer plusieurs solutions, remplir un document puis transmettre le résultat.

Les tokens, eux, sont les petites unités de texte que les modèles d'intelligence artificielle lisent et génèrent. Un mot peut correspondre à un ou plusieurs tokens selon sa longueur et sa structure. Plus une IA traite de texte, échange avec d'autres agents ou réalise des tâches complexes, plus elle consomme de tokens. C'est donc une unité essentielle pour mesurer le volume de données traité, mais aussi la puissance de calcul et le coût nécessaires au fonctionnement des systèmes d'IA.