Les marchés
La rentrée de tous les dangers
La rentrée s'annonce dangereuse pour les marchés. Vous le savez, nous sommes très prudents sur les valeurs technologiques : la bulle de l'IA pourrait commencer à réellement se dégonfler dans les semaines ou les mois à venir. Et aujourd'hui, une menace domine toutes les autres : les taux d'intérêt.
Pour cette première séance de septembre, le CAC 40 cède 0,39% à 8 302 points, après avoir déjà perdu 2,06% en août. Cette fois, c'est l'inflation qui inquiète. En zone euro, la hausse des prix accélère à 3,3% sur un an en août, contre 2,9% en juillet. Un plus haut depuis trois ans, principalement alimenté par l'énergie et, singulièrement, par le pétrole.
Le signal est toutefois plus nuancé qu'il n'y paraît. L'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation notamment, ralentit légèrement à 2,4%. L'équation se complique donc pour la Banque centrale européenne. La remontée de l'inflation globale pourrait conforter une hausse des taux en septembre, tandis que l'accalmie sur l'inflation sous-jacente plaide pour davantage de prudence ensuite.
Dans le même temps, la guerre au Moyen-Orient continue d'enflammer le pétrole. Le Brent gagne 4,5% depuis hier matin et dépasse désormais 92$ le baril. Sans surprise, les pétrolières en profitent : Total gagne 2,75% ce lundi et prend la tête du CAC 40. À Wall Street, le rouge domine également : -0,4% pour le S&P 500 et -0,6% pour le Nasdaq. Nous vous en parlions ces derniers jours, les investisseurs anticipent désormais majoritairement une nouvelle hausse des taux américains lors de la réunion des 15 et 16 septembre.
Résultat, le rendement de l'emprunt américain à dix ans grimpe à 4,77%, au plus haut depuis janvier 2025. Un niveau qui renchérit le coût du financement et frappe directement les valeurs technologiques. C'est la grande menace de cette rentrée. Le prochain test majeur aura lieu vendredi après-midi avec le rapport sur l'emploi américain. Car la mécanique est désormais limpide : davantage d'inflation, davantage de pression sur les taux et, au bout de la chaîne, davantage de tension sur les marchés actions ?
Les valeurs
Air Liquide
Un fonds activiste chez Air Liquide ! L'action gagne 2,15% à 173,18, après avoir progressé de plus de 4% en séance. Selon Reuters et le Financial Times, le puissant fonds américain Elliott Management a constitué une participation dans le géant français et échange depuis plusieurs mois avec sa direction. Le montant investi n'est pas connu. Elliott souhaiterait notamment pousser Air Liquide à améliorer sa rentabilité. Le débat porte surtout sur l'écart avec son grand concurrent allemand Linde. La marge opérationnelle d'Air Liquide tourne autour de 21%, contre environ 30% pour l'allemand.
Elliott estime donc qu'il existe un potentiel d'amélioration de l'efficacité et des marges. Attention toutefois, aucune demande précise du fonds n'a été rendue publique et Air Liquide reste bien sûr une entreprise extrêmement rentable. Mais l'arrivée d'un activiste de cette taille met clairement la direction sous pression avant sa prochaine journée investisseurs. Depuis le début de l'année, le titre affiche une progression de plus de 18%. Nous avons actuellement deux opérations en cours sur le fleuron français : une de long terme, et une de court terme. Retrouvez notre objectif et notre stratégie en cliquant ici.
Technip Energies
Le groupe parapétrolier décolle de 4,12% à 31,34 ?, après avoir gagné jusqu'à 9% ce matin. La raison est spectaculaire, le groupe français serait candidat à un appel d'offres de SpaceX pour construire une gigantesque unité de production de carburant destinée à sa future base de Louisiane dont nous vous parlions mercredi dernier. Le contrat pourrait atteindre 10 milliards de dollars ! De quoi changer d'échelle pour Technip Energies? mais prudence !
Aucun contrat n'est signé à ce stade. Il s'agit seulement d'un appel d'offres auquel le groupe participerait. L'annonce illustre néanmoins parfaitement la diversification de Technip Energies au-delà du pétrole et du gaz traditionnels, vers de nouveaux projets industriels géants. Après l'IA et les centres de données, le spatial devient lui aussi un immense consommateur d'infrastructures. Malgré son rebond du jour, le titre affiche encore un recul de 3% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls
La Française de l'Énergie
La Française de l'Énergie reprend un peu de terrain en Bourse. Le titre gagne 1,08% ce soir, à 28, après l'annonce de la mise en service de deux nouvelles unités de production d'électricité « verte » dans les Hauts-de-France. Ces installations utilisent le gaz provenant d'anciennes mines pour produire de l'électricité, qui sera ensuite vendue à EDF pendant 15 ans à un prix fixé à l'avance et réévalué avec l'inflation. Une formule qui offre au groupe une bonne visibilité sur ses futurs revenus.
Depuis juin, sa capacité de production a déjà progressé de 27%. La Française de l'Énergie prévoit par ailleurs d'installer 16 unités supplémentaires au cours des trois prochaines années. Une fois le programme entièrement déployé, il pourrait générer 18 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel supplémentaire. Une perspective encourageante pour soutenir la croissance du groupe. Malgré la hausse du jour, le titre éligible au PEA-PME reste toutefois en recul de 12% depuis le début de l'année.
Le monde d'après
La Chine défie le dollar
Pékin ne veut plus seulement vendre au monde mais imposer sa monnaie. En la matière, quelques chiffres intéressants ont été dévoilés ces derniers jours. La Chine accélère son offensive en Asie centrale, où elle cherche à installer le yuan, aussi appelé renminbi, dans les échanges commerciaux et les financements. L'argument principal est commercial, les échanges entre la Chine et les cinq pays d'Asie centrale ont dépassé 100 milliards de dollars en 2025, avec un net déséquilibre en faveur de Pékin. La région achète beaucoup plus à la Chine qu'elle ne lui vend, ce qui augmente naturellement ses besoins en yuan.
Cette stratégie ne se limite pas aux paiements commerciaux. Pékin cherche aussi à développer un écosystème financier complet autour du renminbi. En avril 2026, le fonds souverain kazakh a ainsi levé 3 milliards de yuans, soit environ 380 millions d'euros, via une obligation émise directement sur le marché chinois. Ce type d'opération montre que la Chine veut installer sa monnaie dans les circuits de financement régionaux, et pas seulement dans les échanges de marchandises.
Mais le dollar reste encore très solidement installé. Au Kazakhstan, malgré une forte progression du yuan sur le marché des changes, le billet vert représente toujours environ les trois quarts des ventes de devises étrangères. En Ouzbékistan, près de 63% de la dette publique était encore libellée en dollars fin 2025, contre seulement 3% en yuans. Pour les marchés, le mouvement est donc important, mais progressif. En somme, et c'est plutôt intuitif, la Chine gagne du terrain, sans arriver encore détrôner le billet vert. C'est moins une révolution monétaire immédiate qu'un rééquilibrage lent, porté par le commerce, la géopolitique et la volonté de Pékin d'étendre son influence financière. Affaire à suivre !
Demain à la une
Après Nvidia, place à Broadcom
La tension ne devrait pas retomber demain. Entre l'emploi américain, les taux obligataires sous pression et l'intelligence artificielle, les marchés auront plusieurs fronts à surveiller. Premier test avec l'enquête ADP sur l'emploi privé (voir lexique), à deux jours du rapport officiel. Dans le contexte actuel, un marché du travail trop solide pourrait renforcer le scénario de nouvelles hausses de taux de la Fed, et accentuer la pression sur les obligations comme sur les valeurs technologiques. Nous vous le disons souvent, c'est clairement la grande menace de cette rentrée pour la Bourse, dans son ensemble. La Fed publiera également son Livre beige, véritable état des lieux de l'économie américaine avant sa réunion des 15 et 16 septembre.
Après la clôture de Wall Street, l'intelligence artificielle reviendra au centre de l'attention avec Broadcom, poids lourd des semi-conducteurs et des infrastructures dédiées à l'IA. Une petite semaine après Nvidia, ses résultats devront montrer que les investissements colossaux du secteur continuent de se traduire par une croissance à la hauteur des attentes. Snowflake publiera également ses comptes. Le tout dans un climat déjà électrique. Le pétrole évolue au-dessus de 92$ le baril sur fond de tensions avec l'Iran, tandis que la remontée brutale des rendements obligataires ravive les craintes sur l'inflation et les taux. Emploi, obligations, pétrole, IA : la marge d'erreur se réduit dangereusement. Cette semaine, les marchés passeront donc un véritable test de résistance.
Le lexique
Le rapport ADP
Le rapport ADP est une estimation mensuelle des créations d'emplois dans le secteur privé aux États-Unis. Il donne une première indication sur la santé du marché du travail américain. Pour les investisseurs, il est important car un marché de l'emploi solide peut pousser la Banque centrale américaine à maintenir ses taux d'intérêt élevés plus longtemps. À l'inverse, un ralentissement de l'emploi peut renforcer l'idée que la Fed pourrait baisser ses taux. Ce rapport est donc suivi de près par les marchés, mais il reste moins important que le rapport officiel sur l'emploi américain, beaucoup plus complet, qui sera dévoilé vendredi après-midi.









