Les marchés : Paris décroche, Wall Street s'envole

Le contraste est saisissant entre Paris et Wall Street. Malgré les excellents résultats de Nvidia, le CAC 40 recule de 1,68% à 8 320 points. Le géant américain a pourtant frappé fort, très fort, avec un chiffre d'affaires en hausse de 106% sur un an, à 96,2 milliards de dollars. Les semi-conducteurs européens en profitent, à l'image de Soitec (+2,3%) et STMicroelectronics (+3%), mais leur rebond ne suffit pas à entraîner le marché.

À Paris, les investisseurs restent surtout préoccupés par la persistance de l'inflation américaine et attendent le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole pour y voir plus clair sur la trajectoire des taux de la Banque centrale américaine. Les lourdes chutes de Pernod Ricard (-4,6%), d'Eiffage (-7,4%) et des grandes banques françaises accentuent également la pression sur le CAC. BNP Paribas (-4,8%) et Société Générale (-5%) reculent ce jeudi, à cause des inquiétudes budgétaires en France. Et le cirque du budget 2027 ne fait que commencer !

Wall Street, à l'inverse, profite pleinement du regain d'optimisme autour de l'IA. Le Nasdaq gagne 1,2% pour le moment et le S&P 500 0,6%. Nvidia bondit de 7,7%, tandis que Salesforce s'envole de 21% et CrowdStrike de 18% après des résultats et des prévisions rassurants. Ces publications atténuent, temporairement, les craintes d'une fragilisation rapide des éditeurs de logiciels par l'intelligence artificielle et soutiennent l'ensemble du secteur technologique aujourd'hui. Bonne lecture à tous.

Les valeurs : Eiffage

Lanterne rouge du CAC 40 ce jeudi soir, Eiffage chute de 7,40% à 108,80 euros. Le groupe a pourtant dévoilé de bons résultats, mais le marché retient surtout les motifs de prudence à court terme. Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires dépasse les attentes de 2,5%, porté par la Construction, en hausse de 5%, et les Systèmes énergétiques, en progression de 4,1%. Sur le semestre, le résultat opérationnel atteint 1,02 milliard d'euros, quasiment conforme aux prévisions, tandis que le bénéfice net progresse d'environ 9%, notamment grâce à une fiscalité plus favorable. Le flux de trésorerie disponible (voir lexique) ressort toutefois dans le rouge à -75 millions d'euros.

Surtout, le marché sanctionne la dégradation des perspectives dans les concessions autoroutières, l'une des activités les plus rentables d'Eiffage. Le trafic de son réseau Paris-Rhin-Rhône recule de 2,5% au premier semestre, dont 3,4% pour les véhicules légers, poussant la direction à anticiper désormais un léger recul de cette activité. Rien, toutefois, qui remette en cause les objectifs annuels : Eiffage vise toujours une croissance de son chiffre d'affaires en 2026 et une amélioration de ses marges. Autre signal rassurant, le carnet de commandes des activités de travaux progresse de 7% sur un an, à 31,5 milliards d'euros. À court terme, le titre devrait néanmoins rester sensible aux incertitudes politiques et au risque de nouvelles taxes exceptionnelles en France. Depuis le début de l'année, l'action Eiffage abandonne désormais 11%.

Pernod Ricard

Coup dur pour Pernod Ricard. Le groupe reste sous pression dans ses deux marchés clés, les États-Unis et la Chine. Sur l'exercice 2025-2026, son chiffre d'affaires recule de 3,9%, à 9,4 milliards d'euros, avec des ventes en baisse de 14% aux États-Unis et de 19% en Chine. Une amélioration se dessine toutefois : au second semestre, le recul des ventes s'est limité à 1,3%, contre 5,9% au premier. Par ailleurs, le marché indien reste solide avec une croissance de 7%.

Cette faiblesse des ventes pèse directement sur les résultats. Le résultat opérationnel recule de 5,2%, à 2,43 milliards d'euros, tandis que le bénéfice par action chute de 19%, à 5,85 euros. Pernod Ricard parvient néanmoins à améliorer sa génération de trésorerie de 6% et maintient son dividende à 4,70 euros par action, notamment grâce à son programme d'économies.

Pour 2026-2027, le groupe table désormais sur un chiffre d'affaires globalement stable, avec un début d'exercice qui restera difficile aux États-Unis et en Chine. Pernod Ricard revoit aussi ses ambitions à moyen terme et vise une croissance proche du bas de sa précédente fourchette de 3% à 6% par an entre 2027 et 2029. Clairement, la direction veut d'abord stabiliser l'activité, avant d'espérer un véritable rebond. L'action signe l'une des plus fortes baisses de la séance à Paris : -4,59% à 64,50 euros (-12% en 2026).

Le coin des smalls

Drone Volt

Drone Volt a choisi un montage en deux temps autour d'Azur Drones. Cet été, sa filiale InAirTech a d'abord repris, avec l'accord du tribunal de commerce, les actifs de l'ancienne Azur Drones, spécialiste des drones autonomes de surveillance. Ils ont ensuite été regroupés dans une nouvelle société Azur Drones, détenue à 100% par Drone Volt. Le groupe vient désormais de signer un accord ferme pour revendre cette société à Tonner Drones. Concrètement, Drone Volt ne sera plus propriétaire d'Azur Drones, mais restera étroitement associé à son développement. La transaction doit encore recevoir l'accord du mandataire judiciaire chargé du dossier de l'ancienne société.

Pour Drone Volt, l'intérêt est avant tout commercial et industriel. Le groupe conservera l'exclusivité de la vente des solutions d'Azur Drones dans le secteur civil partout dans le monde, sauf en Europe. Azur Drones continuera, de son côté, à servir ses clients européens et développera ses activités dans la défense. Les deux sociétés vont aussi rapprocher leurs technologies. Azur Drones apportera ses stations autonomes, capables de faire décoller un drone, de lui faire accomplir une mission puis de le ramener à sa base avec très peu d'intervention humaine. Drone Volt fournira notamment son drone KOBRA, équipé d'intelligence artificielle et de capteurs capables d'analyser son environnement. L'action Drone Volte, éligible au PEA-PME, gagne 3,35% à 0,39 euro ce jeudi soir (-41% en 2026).

Le monde d'après

Nvidia accélère encore

Nvidia frappe encore plus fort que prévu et rassure le marché sur la vigueur de la demande liée à l'intelligence artificielle. Au deuxième trimestre, son chiffre d'affaires a bondi de 106% sur un an, à 96,2 milliards de dollars, tandis que son bénéfice net s'est envolé de 126%, à 59,7 milliards. Les centres de données restent le principal moteur du groupe avec 89 milliards de dollars de revenus, soit plus de 90% de l'activité.

Et Nvidia ne voit aucun ralentissement à l'horizon. Pour le trimestre en cours, le groupe vise environ 108 milliards de dollars de chiffre d'affaires, contre 105 milliards attendus par le marché, et anticipe une demande toujours très forte en 2027. Celle-ci dépasse même les capacités de production, permettant à Nvidia de maintenir des prix élevés.

Seul point de vigilance : la marge brute devrait reculer d'environ 75% à 71-72% d'ici la fin de l'année, sous l'effet de la hausse du coût de certains composants. Mais le marché retient surtout l'essentiel : la croissance reste spectaculaire et la demande pour l'IA ne faiblit pas. L'action Nvidia gagne 7,7% à Wall Street cet après-midi (+20% en 2026), et entraîne dans son sillage l'ensemble des valeurs liées aux semi-conducteurs.

Demain à la une

Le CAC sous pression

Après Nvidia, la Fed reprend la main. La séance de vendredi sera dominée par le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, à partir de 16h. Le patron de la Fed devra surtout clarifier sa lecture d'une inflation américaine toujours tenace et la trajectoire des taux pour les prochains mois. Avant cela, la France publiera en matinée sa première estimation de l'inflation d'août, ainsi que les dépenses de consommation des ménages. Ces chiffres aideront à jauger les pressions sur les prix avant la prochaine réunion de la Banque centrale européenne, le 9 septembre.

Aux États-Unis, un nouvel indice de confiance des consommateurs sera également publié à 16h. Le secteur des semi-conducteurs restera sous surveillance avec la réaction aux résultats du fabricant américain de semiconducteurs Marvell, publiés ce jeudi soir après la clôture. Pour le marché, ce sera un nouveau test de l'engouement autour de l'intelligence artificielle après la solide publication de Nvidia. Reste à savoir si le CAC 40 poursuivra sa dégringolade : ses principaux supports sont fixés à 8 265 et 8 215 points.

Le lexique

Flux de trésorerie disponible

Le flux de trésorerie disponible, ou « free cash flow » en anglais, mesure l'argent qu'une entreprise génère réellement après avoir payé ses dépenses courantes et les investissements nécessaires à son activité. En clair, c'est la trésorerie qui lui reste après avoir financé son fonctionnement et ses équipements, usines ou infrastructures. Cet indicateur est particulièrement suivi en Bourse, car un bénéfice comptable élevé ne signifie pas forcément que l'entreprise génère beaucoup de liquidités.

Un free cash flow important lui donne davantage de liberté pour réduire sa dette, verser des dividendes, racheter ses propres actions ou investir dans de nouveaux projets. À l'inverse, un flux de trésorerie disponible négatif n'est pas nécessairement inquiétant : il peut simplement refléter une période de forts investissements. L'essentiel est donc de comprendre pourquoi il évolue et de l'observer sur plusieurs périodes.