Les marchés

Cac 40 : Août finit mal ?

Le CAC 40 cède 0,79% à 8 334 points ce soir, après un nouveau regain de tensions entre les États-Unis et l'Iran. Le mois d'août se termine sur un recul de 2% pour le CAC, le plus important depuis mars. En cause, des frappes américaines ont visé des installations iraniennes, avant une riposte de Téhéran contre des bases de Washington en Jordanie. De quoi propulser le pétrole autour des 91$ le baril de Brent tout en soutenant le compartiment pétrolier : Total (+1,1%), Vallourec (+4,9%) et Viridien (+6%). Et ça ne tombe pas au meilleur moment ? une nouvelle flambée de l'énergie pourrait raviver, encore et toujours, l'inflation. En particulier si le pétrole revient au-dessus des 100$ le baril.

Une autre inquiétude vient de la Banque centrale américaine. Après le discours très prudent de Kevin Warsh vendredi à Jackson Hole, le marché estime désormais à près de 60% la probabilité d'une nouvelle hausse des taux américains en septembre, contre environ 40% une semaine plus tôt. Société Générale envisage même trois relèvements d'ici mars 2027. Wall Street accuse le coup : le S&P 500 perd 0,5% et le Nasdaq 0,4% dans les premières heures d'échanges. Dans ce contexte, les prochaines statistiques sur l'emploi et l'inflation seront scrutées de très près cette semaine.

Côté valeurs, Soitec bondit de plus de 6%, porté par l'explosion de la demande liée aux infrastructures d'intelligence artificielle. À l'inverse, Advicenne plonge de 36% après le retrait de sa demande d'autorisation d'un médicament aux États-Unis. On en reparle dans la suite de cette édition. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Airbus

Airbus pourrait tourner une page aux États-Unis pour mieux consolider le spatial européen. Le groupe envisage de céder ses activités spatiales américaines, qui génèrent plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d'affaires annuel et comprennent notamment une usine en Floride ainsi que la gamme de satellites Arrow. Cette réflexion s'inscrit dans le vaste rapprochement engagé avec Thales et Leonardo. Les trois groupes veulent réunir leurs activités spatiales européennes au sein d'une entreprise commune qui pèserait environ 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, près de 25 000 salariés et disposerait d'un carnet de commandes représentant plus de trois années d'activité.

Son lancement est envisagé en 2027, sous réserve du feu vert des autorités réglementaires. En Bourse, Airbus cède 2,86% ce soir, à 197,24 ? (à l'équilibre depuis le début de l'année). Les fondamentaux restent pourtant solides : 418 avions ont été livrés depuis le début de l'année à fin juillet et le carnet de commandes atteint 9 222 appareils. Le groupe doit néanmoins absorber plusieurs vents contraires : faiblesse du dollar, couvertures de change moins favorables et importants besoins de trésorerie liés à l'accélération des cadences de production.

Soitec

Soitec profite à plein de l'explosion des investissements dans les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. La demande pour ses composants photoniques (une technologie qui utilise la lumière pour transmettre, traiter ou détecter des informations) est désormais telle que le groupe impose à ses clients des contrats d'approvisionnement pluriannuels, avec prix fixes et dépôts de garantie sur les volumes réservés. Objectif : sécuriser les commandes, éviter les réservations spéculatives de capacités et mieux valoriser une offre devenue stratégique. Le mouvement s'accélère, environ 80% des accords prévus dans la photonique, soit plus d'une dizaine de contrats, devraient être signés très prochainement.

Portée par les besoins croissants de transmission optique à très haut débit dans les centres de données, cette activité devrait générer en 2026-2027 plus du double des quelque 100 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisés l'an dernier. Et Soitec estime pouvoir absorber cette envolée sans construire de nouvelle usine avant 2029, grâce notamment à ses capacités existantes en France et à Singapour. Le groupe vise désormais une croissance de plus de 30% de ses revenus au deuxième trimestre, très loin des 8% jusqu'ici attendus par le marché. Cette accélération a radicalement changé le regard des investisseurs : l'action s'envole d'environ 400% depuis le début de l'année et gagne encore 6,39% ce lundi, à 114,90 ?.

Le coin des smalls

Advicenne

La biotech française s'effondre de 36,37% en Bourse après le retrait de sa demande d'autorisation aux États-Unis pour Sibnayal, son traitement contre une maladie rénale rare. Une décision particulièrement brutale puisqu'elle intervient à moins de trois jours de l'échéance prévue auprès de l'autorité sanitaire américaine. Le problème ne semble pas porter sur l'efficacité ou la sécurité du médicament, déjà commercialisé en Europe et au Moyen-Orient, mais sur des exigences supplémentaires concernant sa fabrication et la qualité pharmaceutique.

Advicenne estime ne pas pouvoir mener ces travaux dans les délais de la procédure actuelle et pourrait donc devoir déposer un nouveau dossier. Leur ampleur, leur coût et leur calendrier restent inconnus. Le retrait évite une décision négative immédiate, mais repousse nettement la perspective d'une commercialisation aux États-Unis, qui constituait l'un des principaux relais de croissance attendus en 2026 et devait faciliter la conclusion d'un partenariat. Le revers tombe d'autant plus mal qu'Advicenne est en procédure de sauvegarde depuis mai et ne dispose d'une visibilité financière que jusqu'au deuxième trimestre 2027, grâce à un financement pouvant atteindre 3,8 millions d'euros. Le marché sanctionne donc moins le médicament lui-même qu'une nouvelle zone d'ombre majeure sur le calendrier américain et, surtout, sur les futurs besoins de financement du groupe. L'action éligible au PEA-PME clôture à 1,09 ? ce soir, en perte de 39% sur l'année.

La recommandation du jour

Une solution ?

pour traverser les tempêtes !

Hausse du pétrole, actions sous tension, regain d'aversion au risque : sur fond de guerre au Moyen-Orient, les marchés traversent une véritable tempête. Dans cet environnement, les fonds long / short reviennent sur le devant de la scène. Grâce à une gestion flexible, ils cherchent à tirer parti des marchés tout en amortissant les phases de baisse. Quels sont ces fonds ? Quel support d'investissement privilégier ? Réponses dans notre dossier spécial publié en mars et plus que jamais d'actualité.

Voici les performances à jour du fonds présenté dans notre dossier, à la clôture de jeudi dernier :

+5,85%* en 2026

+17,98%* en 2025

-2,81%* en 2024

+5,98%* en 2023

+14,86%* en 2022

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Le monde d'après

L'Europe n'a pas dit son dernier mot

Goldman Sachs veut tordre le cou à l'idée d'une Europe boursière condamnée à rester dans l'ombre de Wall Street. La banque américaine reconnaît ses faiblesses structurelles, notamment le manque d'entreprises à très forte croissance et son retard dans l'intelligence artificielle. Seulement 14% des sociétés du Stoxx Europe affichent une croissance attendue de leurs ventes supérieure à 10%, contre 48% dans le S&P 500. Mais plusieurs clichés ne résistent plus aux chiffres.

Les bénéfices des entreprises européennes ont progressé de 14% au premier semestre et Goldman Sachs table désormais sur une hausse de 15% sur l'ensemble de 2026. Même hors énergie, la croissance atteint encore 7%, signe que l'amélioration dépasse largement quelques secteurs isolés. Autre idée reçue battue en brèche : l'Europe serait trop dépendante de son économie domestique et particulièrement vulnérable à la Chine. En réalité, seulement 40% des revenus du Stoxx Europe 600 sont réalisés en Europe, contre 24% en Amérique du Nord et 19% en Asie-Pacifique.

La concurrence chinoise frappe durement l'automobile et la chimie, mais leur poids boursier reste limité : l'automobile représente environ 10% des revenus de l'indice, mais seulement 1% de sa capitalisation. Surtout, la hiérarchie des performances a déjà commencé à bouger. Les banques européennes surperforment largement les grandes valeurs technologiques américaines depuis 2022, tandis que le Stoxx Europe bat le S&P 500 depuis le début de 2025. Les investisseurs étrangers reviennent eux aussi en force, avec des flux proches de leurs plus hauts niveaux depuis dix ans.

Enfin, la décote de valorisation de l'Europe ne s'explique pas seulement par une croissance plus faible. À croissance comparable, les entreprises américaines restent généralement plus chères. Amélioration des bénéfices, hausse de la rentabilité, dépenses de défense, infrastructures, électrification, centres de données : l'Europe conserve ses faiblesses, mais elle apparaît aujourd'hui bien moins fragile, et bien moins condamnée à sous-performer, que ne le suggèrent les clichés. Affaire à suivre dans les prochains mois !

L'agenda du lundi

Une rentrée sous tension

La rentrée boursière démarre sous haute tension, avec un test grandeur nature pour la Réserve fédérale. Toute la semaine, les investisseurs prendront le pouls de l'économie américaine : offres d'emploi et indice manufacturier mardi, enquête ADP sur l'emploi privé mercredi, puis indice des services jeudi. Mais le grand temps fort aura lieu vendredi avec le rapport officiel sur l'emploi d'août. Après la faiblesse surprise de juillet, des créations d'emplois trop solides pourraient raviver les craintes de nouvelles hausses de taux.

L'Europe aura elle aussi son grand rendez-vous mardi avec l'estimation de l'inflation d'août en zone euro, un chiffre clé pour les prochaines décisions de la BCE. Côté entreprises, Broadcom sera très attendu mercredi soir. Après Nvidia, le géant des semi-conducteurs devra à son tour confirmer la vigueur des investissements dans l'intelligence artificielle. Taux, emploi, inflation, IA : les catalyseurs ne manqueront pas pour faire grimper la volatilité, sur les actions comme sur les obligations !

Demain à la une

Le pétrole complique la rentrée

Demain, les marchés passeront un double test sur l'inflation européenne et l'économie américaine, à quelques jours des prochaines décisions des banques centrales. Premier rendez-vous en zone euro, où l'inflation d'août est attendue en nette accélération, à 3,3% sur un an contre 2,9% en juillet, principalement sous l'effet de l'énergie. Un chiffre élevé renforcerait encore le scénario d'une hausse des taux de la BCE en septembre, avec à la clé de nouvelles tensions possibles sur les marchés obligataires et les valeurs sensibles aux taux (notamment les technos).

À 16h, les États-Unis prendront le relais avec deux statistiques assez attendues : les offres d'emploi de juillet et l'indice ISM manufacturier d'août. Après le ton ferme de la Réserve fédérale à Jackson Hole, toute résistance de l'activité ou du marché du travail pourrait alimenter les anticipations de nouvelles hausses de taux. Enfin, le pétrole restera sous haute surveillance après le regain de tensions entre les États-Unis et l'Iran ces dernières heures. Au-dessus de 90$ le baril, l'or noir risque de relancer l'inflation au pire moment pour les marchés ?

Le lexique

Les fonds long / short

Un fonds long / short est un fonds d'investissement qui cherche à profiter à la fois de la hausse et de la baisse des marchés. Son gérant achète des actifs qu'il estime sous-évalués (position « long ») et vend à découvert ceux qu'il juge surévalués (position « short »). L'objectif est de générer une performance positive, quelle que soit la direction globale des marchés, en combinant les deux stratégies pour limiter le risque et capter des écarts de valorisation. Bien sûr, ce n'est pas une garantie de réussite et un tel fonds peut générer des pertes !