Enfin un peu d'air ! Le CAC 40 gagne 0,27% à 8 462 points ce mercredi. Wall Street évolue sans direction claire, suspendue à deux rendez-vous majeurs : les résultats trimestriels de Nvidia ce soir et l'ouverture du symposium de Jackson Hole demain. Tous les regards convergent vers Nvidia, le marché attend un chiffre d'affaires compris entre 92 et 94 milliards de dollars, presque deux fois supérieur à celui d'il y a un an.
Les revenus des centres de données devraient ressortir au-dessus des 85 milliards de dollars, en hausse d'environ 105%. Mais après avoir dépassé les attentes lors de 22 des 24 derniers trimestres, Nvidia fait face à des exigences très élevées : une excellente publication pourrait ne plus suffire ? Le marché surveillera surtout les perspectives données par Jensen Huang pour 2027, alors que les investisseurs s'interrogent sur la rentabilité des investissements massifs dans l'IA et sur la forte dépendance de Nvidia à quelques grands clients comme Amazon, Google et Microsoft.
L'enjeu dépasse largement la première capitalisation mondiale : les fabricants européens de semi-conducteurs devraient également fortement réagir aux annonces du groupe américain. Une bonne surprise reste possible, mais la barre est désormais très haute pour le géant de l'intelligence artificielle. Depuis le début de l'année, son action gagne 13% à Wall Street (+350% sur 3 ans).
Les valeurs
ADP
Aéroports de Paris reprend de l'altitude. Le titre gagne 1,78% à 114,50 ?, porté par Deutsche Bank, qui relève sa recommandation de « conserver » à « acheter » et son objectif de cours de 110 ? à 130 ? (soit un potentiel de +13%). La banque allemande estime que les incertitudes réglementaires et fiscales ont fortement pénalisé le titre ces dernières années, au point de masquer en partie le redressement du trafic aérien depuis la pandémie.
Le principal argument vient du projet d'accord de régulation économique entre ADP et l'État français. Il doit apporter davantage de visibilité sur les prochaines années, notamment concernant l'évolution des tarifs aéroportuaires. Pour un groupe dont les investissements se chiffrent en milliards d'euros, cette visibilité est cruciale. Après une longue période de sous-performance boursière, Deutsche Bank estime donc qu'une partie de la décote pourrait progressivement se réduire. Depuis le début de l'année, ADP signe désormais une hausse de 10% à la Bourse de Paris.
Abercrombie
Abercrombie & Fitch s'envole de 37,50% à Wall Street, à 149,80$, après des résultats largement supérieurs aux attentes et une forte révision de ses objectifs annuels. Au dernier trimestre, le chiffre d'affaires a progressé de 5% pour atteindre un record de 1,3 milliard de dollars, signant un quinzième trimestre consécutif de croissance. L'Asie-Pacifique se distingue avec une hausse des ventes de 19%, contre 5% en Amérique et 2% en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.
Surtout, le bénéfice par action atteint 4,17$, très au-dessus des 1,97$ attendus. Fort de ces performances, le groupe relève fortement ses prévisions pour l'exercice 2025-2026 : le bénéfice par action est désormais attendu entre 13,10$ et 13,60$, contre 10,20$ à 11$ auparavant, tandis que les ventes devraient progresser d'environ 5%. Une croissance nettement supérieure à celle du marché américain de l'habillement, estimée entre 2% et 3% par an. En 2026, l'action progresse de 21% à Wall Street.
Le coin des smalls
OVHcloud
Le départ surprise de Stéphanie Besnier fait lourdement chuter OVHcloud en Bourse. Le titre plonge ce soir de 13,60% à 13,91 ? après l'annonce du départ de sa directrice financière, effectif dès le 31 août après trois ans dans le groupe. Un timing particulièrement sensible : Stéphanie Besnier avait participé à la préparation du nouveau plan stratégique à cinq ans et du budget 2027, alors qu'OVHcloud s'apprête justement à entrer dans sa phase d'exécution.
Aucun successeur n'a encore été nommé. Le directeur financier adjoint assurera l'intérim, de quoi nourrir les interrogations sur la gouvernance. Dans le même temps, OVHcloud réorganise son approche commerciale afin de mieux distinguer les clients numériques des grands comptes, sans impact annoncé sur ses prévisions. Le départ de Stéphanie Besnier passe d'autant plus mal qu'elle avait accompagné l'amélioration de la rentabilité du groupe.
Au premier semestre 2025-2026, le résultat brut d'exploitation ajusté avait progressé de 5,9% à 227,2 millions d'euros, pour une marge de 40,9%. Cette nouvelle instabilité au sommet ravive surtout un vieux sujet d'inquiétude : depuis son introduction en Bourse, OVHcloud a déjà traversé plusieurs avertissements sur résultats et changements de dirigeants. Malgré sa chute journalière, l'action éligible au PEA-PME s'envole tout de même de 93% depuis le début de l'année.
L'économie ralentit, pas les prix
L'inflation américaine est un peu plus forte que prévu. En juillet, elle ressort à 3,7% sur un an, comme en juin, et contre 3,6% attendu. Hors prix de l'alimentation et de l'énergie, l'inflation sous-jacente ressort à 3,3%, en ligne avec les attentes. L'inflation reste ainsi nettement au-dessus de l'objectif de 2% de la Fed, malgré son reflux depuis le pic de 4,1% atteint en mai sous l'effet de la flambée des prix de l'énergie liée à la guerre en Iran. Cette résistance pourrait accentuer les divisions au sein de la Banque centrale américaine.
La majorité de ses responsables privilégie toujours le maintien des taux entre 3,50% et 3,75%, tandis qu'une minorité plaide pour un nouveau durcissement en septembre. Les tensions commerciales ajoutent une pression inflationniste supplémentaire, avec de nouveaux droits de douane entre les États-Unis et le Canada. Dans le même temps, la croissance américaine du deuxième trimestre a été confirmée à 1,5% en rythme annualisé. L'économie ralentit donc, mais pas l'inflation ! À l'approche des élections de mi-mandat en novembre, le sujet devient de plus en plus sensible pour l'administration Trump.
Le monde d'après
SpaceX : un projet à 100 milliards
SpaceX veut faire de la Louisiane un nouveau pilier de son développement spatial. Le groupe prévoit d'y investir au moins 100 milliards de dollars dans une base hors normes, capable à terme d'accueillir plus de 30 vols de Starship par jour, sa méga fusée. Le complexe, dont la construction doit débuter en 2027 pour un premier lancement en 2029, comprendrait plus d'une douzaine de tours de lancement, des installations de production de carburant et d'électricité, un port en eaux profondes, un aéroport et de vastes infrastructures industrielles. Plus de 3 000 emplois sont annoncés dans l'État.
L'ambition est claire : reproduire à une tout autre échelle le modèle de Starbase au Texas et transformer Starship en véritable plateforme de transport spatial à haute cadence, notamment pour les missions lunaires et martiennes ainsi que le déploiement de grandes infrastructures dans l'espace. Mais le défi reste immense. SpaceX a déjà repoussé plusieurs de ses calendriers et devra encore obtenir les autorisations nécessaires. Son implantation à proximité de zones naturelles protégées pourrait également alimenter les critiques environnementales.
Un obstacle que l'administration Trump cherche justement à réduire en allégeant les contraintes pesant sur l'industrie spatiale américaine, avec pour objectif d'accélérer les lancements et renforcer la compétition avec la Chine. Depuis son introduction en Bourse le 12 juin, l'action SpaceX cède désormais 9%. Sa volatilité s'est considérablement réduite ces derniers jours. Actuellement, les grandes banques et bureaux d'études visent en moyenne 226$ sur le titre, soit un potentiel de hausse de 65% à moyen terme. Affaire à suivre !
Demain à la une
Le grand test Nvidia
Demain, les marchés joueront sur deux fronts : le verdict Nvidia et le coup d'envoi de Jackson Hole. Le géant de l'intelligence artificielle publiera ses résultats ce soir vers 22h20, heure de Paris. La réaction du titre donnera donc le ton à Wall Street demain et pourrait entraîner dans son sillage tout le Nasdaq et les semi-conducteurs. En parallèle, le symposium de Jackson Hole débutera demain, avant le discours très attendu du président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, vendredi.
Les investisseurs guetteront surtout le moindre indice sur la trajectoire des taux américains, alors que les tensions restent fortes sur le marché obligataire. À 14h30, les inscriptions hebdomadaires au chômage permettront également de prendre le pouls du marché du travail américain. Enfin, à Paris, Pernod Ricard publiera ses résultats annuels dès 7h30. Un rendez-vous important pour le CAC 40, mais aussi pour l'ensemble du secteur des spiritueux et du luxe.
Le lexique : BPA
Le bénéfice par action, ou BPA, indique quelle part du bénéfice d'une entreprise revient théoriquement à chaque action en circulation. C'est un indicateur essentiel car il permet de mesurer la rentabilité d'une société à l'échelle de l'actionnaire et de suivre son évolution dans le temps. Un BPA en hausse signifie généralement que l'entreprise gagne davantage d'argent pour chaque action, ce qui peut soutenir son cours de Bourse.
Il sert aussi de base à plusieurs ratios de valorisation, notamment l'incontournable PER, qui compare le prix de l'action au bénéfice généré. Les investisseurs surveillent donc attentivement le BPA publié, mais surtout son écart par rapport aux attentes du marché : un bénéfice supérieur aux prévisions peut faire progresser le titre, tandis qu'une déception peut provoquer une baisse. Attention toutefois, le BPA ne suffit pas à lui seul pour juger la qualité d'une entreprise, car il peut être influencé par des éléments exceptionnels ou par des rachats d'actions.









