Les marchés : la rotation s'accélère

Ce soir, le CAC 40 cède 0,60% à 8 408 points dans une séance dominée par les publications d'entreprises. La saison des résultats bat son plein et les investisseurs font preuve d'une sélection de plus en plus exigeante. Hermès (-11,03%) en fait les frais malgré des comptes solides, tandis que Kering (+16,91%) est salué après une publication rassurante. Cette rotation se retrouve également à l'échelle européenne. À Londres, le Footsie inscrit un nouveau record historique, porté par son importante pondération en banques et en valeurs pétrolières, deux secteurs éloignés des technos qui profitent des tensions géopolitiques et de la hausse des prix de l'énergie. On en reparle dans cette édition.

Les inquiétudes autour du Moyen-Orient restent toutefois bien présentes. Le Brent se rapproche des 90$ le baril (+6%) après d'énièmes menaces de représailles de Trump contre l'Iran, et d'habituelles craintes de perturbations du trafic maritime, aussi bien en mer Rouge que dans le détroit d'Ormuz. D'ailleurs, toujours en lien avec l'inflation, les investisseurs attendent avec prudence la décision de la Fed ce soir. Normalement, elle devrait laisser ses taux inchangés. En revanche, le ton adopté par son nouveau président, Kevin Warsh, sera scruté de près pour évaluer si la Banque centrale envisage de rehausser le coût de l'argent dans les prochains mois.

Dans ce contexte, la prudence domine à Wall Street. Le S&P 500 (-0,8%) et le Nasdaq (-1,1%) évoluent dans le rouge avant les résultats très attendus de Microsoft et Meta, post-clôture. On vous en parle souvent car c'est désormais crucial en Bourse : après plusieurs mois de forte hausse des valeurs liées à l'intelligence artificielle, les investisseurs veulent désormais des preuves que les investissements massifs se traduisent bien par une accélération des bénéfices.

Bref ! Entre des tensions géopolitiques qui ravivent les craintes inflationnistes et des valorisations toujours élevées dans la technologie, les prochains jours pourraient donner le ton pour la suite de l'été. Et suite à notre édition d'hier soir, vous savez que nous sommes prudents en ce moment sur les technos. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Kering

Premier du CAC 40 ce soir, Kering s'envole de 16,91% à 292,85 euros. Le géant du luxe a nettement dépassé les attentes au premier semestre, porté par l'amélioration plus rapide que prévu de Gucci. Au deuxième trimestre, les ventes du groupe ont progressé de 2% à 3,65 milliards d'euros, tandis que celles de Gucci n'ont reculé que de 2%, contre une baisse attendue de 4%.

Sur six mois, le chiffre d'affaires atteint 7,22 milliards d'euros, en hausse de 1%, et le résultat opérationnel se stabilise à 921 millions d'euros, largement au-dessus des 865 millions anticipés par le marché. La marge progresse à 12,8%, grâce notamment aux économies réalisées et à la réduction du réseau de magasins. La dette nette a également reculé de 4,7 à 3,3 milliards d'euros en un an.

Kering confirme viser un retour à la croissance en 2026, y compris pour Gucci. Les bureaux d'études restent toutefois partagés : la marque devrait encore connaître un troisième trimestre peu dynamique et devra accélérer fortement en fin d'année pour atteindre cet objectif. Les résultats publiés aujourd'hui montrent donc un redressement encourageant, mais pas encore totalement confirmé ! Malgré sa forte hausse journalière, le titre reste en retrait de 4% à la Bourse de Paris depuis le début de l'année.

Bureau Veritas

À la deuxième place du CAC, Bureau Veritas signe une hausse de 7,14% à 29,27 euros. Là aussi, les résultats semestriels sont meilleurs que prévu et les annonces rassurantes. L'activité du spécialiste de l'audit et de la certification a accéléré au deuxième trimestre, avec une croissance de 5,5%, portée par la marine, en hausse de 6,3%, le bâtiment et les infrastructures, en progression de 10,2%. Au premier semestre, le chiffre d'affaires a augmenté de 5% et le résultat opérationnel a atteint 506,5 millions d'euros, soit 3% de plus qu'attendu.

Le groupe vise une croissance annuelle comprise entre 4% et 6%, retrouvant l'objectif initialement fixé avant son avertissement sur résultats publié en avril. Bureau Veritas rassure aussi sur la fermeture de ses activités de services aux gouvernements, prévue d'ici fin 2026 : la provision liée aux irrégularités constatées et aux coûts de sortie est limitée à 32 millions d'euros. Ces annonces réduisent clairement les incertitudes qui pesaient sur le titre depuis plusieurs mois. Hors dividendes, l'action progresse de 8% depuis janvier.

Le coin des smalls : SMCP

Troisième forte hausse à la Bourse de Paris, et pas des moindres, SMCP explose de 19,56% à 6,20 euros. Comme pour Kering et Bureau Veritas, les résultats semestriels sont largement supérieurs aux attentes. Le propriétaire des marques de vêtements Sandro, Maje, Claudie Pierlot et Fursac a réalisé 597 millions d'euros de chiffre d'affaires, en légère hausse de 0,6%, au-dessus des 590 millions d'euros attendus. La croissance est surtout portée par l'international, avec des ventes en hausse de 11% en Amérique et de 7% en Europe, Moyen-Orient et Afrique, tandis que la France recule de 10,8% dans un marché toujours difficile.

La bonne surprise vient surtout de la rentabilité. Le résultat opérationnel progresse de 24,9% à 53,2 millions d'euros, contre 45 à 48 millions d'euros attendus par le marché, tandis que la marge s'améliore à 8,9%, contre 7,1% il y a un an. Le groupe confirme ses objectifs pour 2026, avec une marge opérationnelle de 10% au second semestre et un flux de trésorerie supérieur à 50 millions d'euros. Voilà une publication qui relance également les spéculations autour d'une éventuelle OPA, alors que plus de 50% du capital pourrait changer de mains dans les mois à venir. Grâce à cette envolée, le titre éligible au PEA-PME efface une grande partie de ses pertes annuelles, les réduisant à environ -2%.

La recommandation du jour : protégez votre patrimoine

Le Luxembourg offre aux épargnants un cadre réglementaire particulièrement protecteur, qui se distingue de celui de l'assurance-vie française. Les actifs des clients sont séparés du bilan de l'assureur et l'assuré bénéficie du statut de créancier de premier rang (voir lexique). Par ailleurs, le contrat n'entre pas dans le champ d'application de la loi Sapin 2, laquelle permet, dans certaines circonstances exceptionnelles, de limiter temporairement les rachats sur les contrats français. Sa portabilité internationale constitue également un avantage majeur, notamment en cas de changement de résidence fiscale.

Ces spécificités font de l'assurance-vie luxembourgeoise une solution prisée des investisseurs qui souhaitent diversifier leur patrimoine au sein d'un cadre solide, flexible et reconnu à l'international.

L'événement du mercredi : Londres : nouveau record

La Bourse de Londres a inscrit un nouveau pic historique ce mercredi, à 10 950 points, et se rapproche ainsi du seuil symbolique des 11 000. Le « Footsie » bénéficie à la fois de solides publications d'entreprises et de sa faible exposition aux valeurs technologiques, fragilisées comme vous le savez par les doutes sur la rentabilité des investissements massifs dans l'intelligence artificielle.

Plusieurs poids lourds de la cote britannique, comme Standard Chartered, Reckitt Benckiser et Rio Tinto, ont dévoilé des bénéfices supérieurs aux attentes ou annoncé d'importants retours de liquidités aux actionnaires. Contrairement à de nombreux indices américains ou asiatiques, le FTSE 100 (nom plus technique du Footsie) est principalement composé de groupes financiers, énergétiques, miniers et industriels.

Cette différence de composition lui permet donc de mieux résister aux secousses qui touchent actuellement les fabricants de semi-conducteurs, et plus largement les valeurs liées à l'IA. À l'inverse, les Bourses asiatiques ont poursuivi leur repli cette nuit, malgré les bénéfices record de SK hynix, spécialiste coréen des puces. Les investisseurs restent clairement préoccupés par les perspectives du secteur : Tokyo et Séoul ont respectivement perdu 1,5% et 6% dans la nuit (-12% et -33% en juillet, +22% et +34% en 2026). Après +22% en 2025, l'indice britannique progresse désormais d'environ 10% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : Amazon défie Starlink

Le géant américain du commerce en ligne veut désormais attaquer Starlink sur un nouveau terrain : la téléphonie mobile par satellite. Via sa filiale Amazon Leo, anciennement Kuiper, le groupe de Jeff Bezos a déposé une demande auprès du régulateur américain pour déployer 5 105 satellites en orbite basse à partir de 2028. L'objectif est de connecter directement des smartphones classiques, sans équipement supplémentaire, afin de proposer des appels, des messages, des données mobiles et des services d'urgence dans les zones non couvertes par les réseaux terrestres.

Le projet arrive sur un marché où Starlink dispose déjà d'une avance importante. L'entreprise d'Elon Musk compte près de 10 000 satellites en orbite, dont plus de 600 dédiés à la connectivité mobile. Son service fonctionne déjà pour l'envoi de SMS dans certaines zones, avec l'appui d'opérateurs comme T-Mobile, Salt ou Deutsche Telekom. Pour rattraper son retard, Amazon mise sur des partenariats télécoms et sur le rachat de l'américain Globalstar, finalisé pour près de 11,6 milliards de dollars, qui lui apporte des infrastructures et des licences précieuses dans les services mobiles par satellite.

Amazon récupère ainsi un atout stratégique : le partenariat entre Globalstar et Apple, déjà utilisé pour les fonctions SOS et messagerie hors réseau de certains iPhone. À terme, cela pourrait offrir à Amazon une base d'utilisateurs importante. Mais le modèle économique reste à prouver... Les satellites en orbite basse doivent être remplacés régulièrement, les investissements sont massifs, et les revenus par utilisateur pourraient rester limités. Dans cette bataille, Amazon ne cherche donc pas seulement à connecter les zones blanches : il veut prendre sa place dans la prochaine guerre des infrastructures spatiales. Et ce n'est que le début !

Demain à la une : le Nasdaq joue gros

Ce jeudi s'annonce particulièrement dense, entre le verdict de la Réserve fédérale américaine, les premiers chiffres de croissance du deuxième trimestre et une avalanche de résultats d'entreprises. Les marchés ouvriront en digérant la décision de la Fed, attendue ce soir, comme les publications de Microsoft, Meta, Airbus et L'Oréal. En Europe, une nouvelle estimation de la croissance de la zone euro permettra de mesurer la résistance de l'activité, tandis que Schneider Electric et Sanofi présenteront leurs comptes.

À Wall Street, le PIB américain et l'indice PCE, la mesure d'inflation privilégiée par la Fed, constitueront les principaux tests de la séance. Une croissance plus forte ou une inflation toujours trop élevée pourraient raviver les anticipations de taux durablement élevés et entraîner une remontée des rendements obligataires. Après la clôture, Apple et Amazon prendront le relais : leurs perspectives et leurs dépenses dans l'intelligence artificielle seront scrutées de près. Ces données seront bien sûr déterminantes pour la tendance du Nasdaq et de l'ensemble du secteur technologique vendredi. On en reparle demain soir !

Le lexique : créancier de premier rang

Un créancier de premier rang est un prêteur qui sera remboursé en priorité si l'emprunteur rencontre de graves difficultés financières, fait faillite ou doit vendre ses actifs. Ce rang de priorité peut être renforcé par des garanties, comme une hypothèque, un nantissement ou une sûreté sur certains biens. Concrètement, lors d'une liquidation, le produit de la vente des actifs sert d'abord à payer les créanciers prioritaires, avant les créanciers de rang inférieur, dits subordonnés, puis les actionnaires, qui sont généralement servis en dernier.

Cette position réduit donc le risque de perte, sans le supprimer : si la valeur des actifs disponibles est insuffisante, même un créancier de premier rang peut ne récupérer qu'une partie de sa créance. Pour un investisseur, le rang d'une dette est donc un élément essentiel pour évaluer son niveau de risque.