Les marchés
La pression monte
Clairement, on ne sort pas de la séance de l'année ! Le CAC 40 perd ce soir 0,49% à 8 117 points, après avoir chuté de près de 2% hier. Wall Street recule aussi (-0,5%), pris en étau entre une inflation à la production légèrement supérieure aux attentes et une nouvelle poussée du pétrole. En août, les prix à la production ont progressé de 5,4% sur un an, contre 5,3% attendu. Un écart limité, mais suffisant pour renforcer le scénario d'une hausse des taux de la Banque centrale américaine la semaine prochaine. Les marchés évaluent désormais cette probabilité à près de 70%, contre 64% avant la publication.
La réaction est immédiate sur le marché obligataire. Le rendement américain à deux ans grimpe à 4,52%, au plus haut depuis 2024, tandis que celui à dix ans approche 4,92%, un sommet depuis 2023. À de tels niveaux, les obligations deviennent plus attractives face aux actions, au détriment notamment des valeurs de croissance, et singulièrement technologiques.
Le pétrole ajoute une couche de pression. Le Brent gagne plus de 4% et dépasse les 100$ le baril de Brent, alors que la guerre au Moyen-Orient continue de perturber les approvisionnements dans le détroit d'Ormuz et en mer Rouge. Les investisseurs se replient légèrement vers les secteurs défensifs avant le prochain grand test : l'inflation américaine qui sera dévoilée demain. Elle pourrait soit confirmer les craintes de nouvelles hausses de taux, soit offrir un peu de répit aux marchés.
Les valeurs
Eutelsat
Grosse commande dans le spatial européen. Eutelsat confie à Airbus la fabrication de 229 nouveaux satellites OneWeb pour environ 1 milliard d'euros, en plus des 440 déjà commandés depuis fin 2024. Objectif : renouveler et agrandir sa constellation de satellites en orbite basse jusqu'en 2034 et conforter sa position de seule véritable alternative européenne à Starlink. Une annonce stratégique mais coûteuse pour Eutelsat, dont le titre recule de 1,27% ce jeudi à 1,86, tandis qu'Airbus cède 0,29% à 195,78.
Et ce n'est pas tout. Airbus et Thales Alenia Space ont également été choisis pour commencer à construire les premiers satellites d'IRIS², la future constellation sécurisée voulue par l'Union européenne pour réduire sa dépendance aux acteurs étrangers. Thales Alenia Space, détenue par Thales et Leonardo, a notamment décroché un contrat de 500 millions d'euros pour équiper 330 satellites. Côté Bourse, Thales clôture en légère baisse (-0,27%) ce soir (+2,85% pour Leonardo).
Eramet
Eramet gagne 0,71% ce jeudi, à 45,68, après une nouvelle très attendue : le redémarrage de sa gigantesque mine de nickel en Indonésie. L'activité avait été interrompue à la fin du deuxième trimestre après avoir atteint la limite de production fixée par les autorités locales. Cette reprise est particulièrement importante pour Eramet puisque la mine de Weda Bay a représenté 21% de sa rentabilité opérationnelle en 2025 et fournit à elle seule environ 15% du minerai de nickel mondial.
Le redémarrage sera toutefois progressif et Eramet n'est pas encore en mesure de préciser combien de tonnes de nickel pourront être extraites et vendues d'ici la fin de l'année. Le groupe actualisera donc prochainement ses prévisions pour 2026. Après plusieurs mois d'incertitude, la reprise de cet actif stratégique constitue néanmoins un soulagement pour les investisseurs. Depuis le début de l'année, le titre enregistre une perte de 21%.
Le coin des smalls
Carvolix
La medtech française gagne 3,9% ce jeudi à 5,86 et porte sa hausse à plus de 240% depuis le début de l'année. Cette fois, le marché salue une nouvelle avancée pour Tavipilot, son logiciel utilisant l'intelligence artificielle pour assister les cardiologues lors du remplacement de certaines valves cardiaques. Déjà commercialisé aux États-Unis, il pourrait obtenir son autorisation européenne d'ici la fin de l'année, avant un lancement en France et en Allemagne début 2027.
Le titre éligible au PEA-PME prépare déjà cette prochaine étape en renforçant ses équipes commerciales en Europe. Aux États-Unis, les premiers patients ont été traités avec succès, même si le déploiement reste encore limité. L'autorisation européenne constituerait donc un nouveau relais de croissance pour le groupe, qui prévoit également d'intégrer un robot médical à sa technologie au second semestre 2027.
Le monde d'après
Apple défie Huawei
Apple veut relancer son offensive en Chine avec son premier iPhone pliable. Le groupe arrive tard sur ce marché, six ans après Samsung et Huawei, mais il choisit un moment stratégique : la marque regagne du terrain dans le pays, avec une part de marché passée de 15% en 2024 à 18% au deuxième trimestre 2026, tandis que ses revenus chinois ont bondi de 30% sur les neuf premiers mois de l'année.
L'enjeu est important, car la Chine reste l'un des marchés clés d'Apple. Les smartphones pliables, c'est-à-dire les modèles capables de se refermer comme un petit livre, résistent mieux que le reste du marché chinois. En 2027, leurs ventes devraient progresser de 18,5%, alors que le marché global des smartphones reculerait de 6,2%. Ces appareils sont aussi très rentables, avec un prix moyen proche de 1 800$, ce qui en fait un segment premium particulièrement attractif.
Apple vient surtout défier Huawei, qui domine aujourd'hui très largement les pliables en Chine, avec 79% du marché en volume et 82% en valeur. Mais selon IDC, un cabinet d'études spécialisé dans les marchés technologiques, la marque à la pomme pourrait rapidement prendre une place importante, jusqu'à 26% du segment dès cette année, puis près de 40% d'ici 2030. Reste à convaincre les consommateurs au-delà des passionnés de technologie. Le prix élevé et l'utilité réelle du format pliable restent en effet encore des freins majeurs. Le titre gagne 1,4% aujourd'hui.
Demain à la une
L'inflation US !
Au programme de ce vendredi, l'inflation américaine. Après des prix à la production supérieurs aux attentes ce jeudi, les marchés attendent désormais l'indice des prix à la consommation d'août. Le consensus vise une inflation de 3,4% sur un an. Mais le moindre dérapage pourrait renforcer le scénario d'une hausse des taux de la Fed dès la semaine prochaine, déjà largement envisagé par les investisseurs. Avec un pétrole au-dessus de 100$ et des rendements obligataires sous tension, Wall Street devrait vivement réagir, en particulier les valeurs technologiques.
Autre rendez-vous clé : la confiance des consommateurs de l'Université du Michigan, très suivie pour ses indications sur les anticipations d'inflation des ménages. En Europe, le Royaume-Uni publiera son PIB de juillet, attendu stable par le consensus Reuters. Les investisseurs continueront également de digérer la hausse des taux annoncée ce jeudi par la BCE, ainsi que les résultats d'Adobe dévoilés après la clôture de Wall Street. Inflation, taux, pétrole, vous connaissez la chanson : les trois forces qui agitent les marchés seront encore réunies pour cette dernière séance de la semaine.
Le lexique
Rentabilité opérationnelle
La rentabilité opérationnelle mesure la capacité d'une entreprise à gagner de l'argent grâce à son activité principale, avant de tenir compte des intérêts financiers, des impôts ou d'éléments exceptionnels. Elle permet donc de savoir si le cur du métier est réellement profitable. Elle s'apprécie notamment à partir du résultat opérationnel et, selon l'indicateur utilisé, peut être rapportée au chiffre d'affaires ou aux capitaux nécessaires pour faire fonctionner l'entreprise.
Une rentabilité opérationnelle élevée traduit généralement une bonne maîtrise des coûts, un pouvoir de fixation des prix ou une activité particulièrement efficace. À l'inverse, sa dégradation peut signaler une hausse des charges, une pression sur les prix ou un ralentissement de l'activité. Son évolution dans le temps et sa comparaison avec les concurrents sont souvent plus parlantes que le chiffre pris isolément.










