Les marchés : la double alerte

La semaine commence sous pression. Le CAC 40 cède 0,76% à 8 118 points, effaçant son rebond de vendredi. Le marché encaisse deux mauvaises nouvelles simultanément : une nouvelle flambée du pétrole et un spectaculaire coup de froid sur les valeurs liées à l'intelligence artificielle. Le Brent dépasse désormais 108$ le baril, après de nouvelles attaques contre des infrastructures énergétiques saoudiennes et le report de négociations sur la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Et ce n'est pas tout. Plusieurs dirigeants majeurs de l'IA, dont ceux d'Anthropic, OpenAI et xAI, appellent désormais à ralentir le développement des modèles les plus avancés pour des raisons de sécurité. Résultat : les semi-conducteurs décrochent des deux côtés de l'Atlantique. Le Nasdaq perd environ 1%, Nvidia recule de plus de 3% et l'indice américain des fabricants de puces chute lourdement. À Paris, STMicroelectronics, Schneider Electric et Legrand sont particulièrement touchés. On en reparle dans cette édition.

En trame de fond, les taux... Le rendement américain à dix ans évolue tout près de 5%, alors que les marchés évaluent à près de 90% la probabilité d'une hausse de 0,25 point des taux de la Fed mercredi. Pétrole cher, inflation persistante, taux élevés et doutes sur l'IA : le cocktail est particulièrement indigeste pour les actions de croissance (voir lexique). Bonne lecture à tous !

Les valeurs

L'écosystème de l'IA

Coup de froid sur les valeurs liées à l'intelligence artificielle. STMicroelectronics chute de 6,6% ce lundi, Soitec décroche de 12,6%, tandis que Legrand et Schneider Electric abandonnent respectivement 6,7% et 6,5%. Même sanction ailleurs en Europe pour ASML, en baisse de 6,2%. À l'origine de ce mouvement, plusieurs grands noms de l'IA, dont les dirigeants d'Anthropic et d'OpenAI ainsi qu'Elon Musk, ont appelé à ralentir le rythme de développement des modèles les plus avancés pour mieux maîtriser les dangers que feraient courir leurs créations à l'humanité.

De quoi faire naître une crainte en Bourse : si la course à l'IA ralentit, les investissements massifs dans les puces et les centres de données pourraient eux aussi perdre de la vitesse. Et le marché s'adapte immédiatement à cette nouvelle partition. Les entreprises jusqu'ici considérées comme menacées par l'IA rebondissent : Capgemini gagne 6,6%, Dassault Systèmes 5% et Publicis 3,7%. Il est encore beaucoup trop tôt pour parler d'un retournement du cycle de l'IA, mais la séance montre à quel point les valorisations de tout le secteur reposent désormais sur la poursuite d'investissements massifs et rapides. Affaire à suivre de très près !

Euronext

Et si l'Europe créait enfin son géant des marchés financiers ? Euronext gagne 1,33% ce soir à 160,30 euros, tandis que son concurrent allemand Deutsche Börse progresse de 2,1%, après que le patron d'Euronext, Stéphane Boujnah, s'est dit ouvert à un rapprochement entre les deux entités. L'idée est de réunir les principaux marchés boursiers européens au sein d'un ensemble suffisamment puissant pour mieux rivaliser avec Wall Street. Sur le papier, le mariage aurait du sens : Euronext exploite les Bourses de Paris, Milan, Amsterdam et Bruxelles, tandis que Deutsche Börse contrôle la place de Francfort. Mais le dossier est encore très loin d'être bouclé !

Aucune négociation n'est actuellement en cours et les précédentes tentatives de rapprochement ont échoué, notamment pour des raisons de concurrence. Le contexte européen semble toutefois plus favorable à l'émergence de grands champions continentaux. Avec environ 16 milliards d'euros de capitalisation pour Euronext contre près de 50 milliards pour Deutsche Börse, le rapport de force pencherait nettement du côté allemand en cas de rapprochement. C'est aussi ce qui intéresse le marché : une éventuelle opération pourrait impliquer une prime pour convaincre les actionnaires d'Euronext. Depuis le début de l'année, le titre affiche une hausse de 25%. Il figure dans notre portefeuille sportif, retrouvez notre objectif ici.

Le coin des smalls : Cellectis

Le laboratoire français chute de 42,86% à 1,50 euro en Bourse après l'annonce d'un changement majeur de stratégie. La société abandonne deux traitements en cours de développement pour se concentrer sur de nouveaux médicaments destinés à réduire des taux très élevés de cholestérol et de graisses dans le sang. Mais ces projets en sont encore à leurs débuts et les premiers résultats chez l'être humain ne sont pas attendus avant 2027, voire 2028.

Cette nouvelle organisation permettra à Cellectis de réduire ses dépenses et de disposer de suffisamment de trésorerie jusqu'au second semestre 2028. Les investisseurs s'inquiètent toutefois de l'abandon des anciens programmes et du temps nécessaire avant une éventuelle commercialisation, ce qui explique la chute brutale du titre. Avec la baisse du jour, l'action éligible au PEA-PME cède 64%.

Le monde d'après : IA, dangers mortels ?

L'intelligence artificielle ne fascine plus seulement les investisseurs par ses promesses de croissance. Elle inquiète aussi par les risques qu'elle fait peser sur l'économie. Le débat s'est intensifié après la démission d'un ingénieur d'Anthropic, Jacob Coxon, qui alerte sur la possibilité de voir des systèmes d'IA devenir incontrôlables. Derrière cette crainte, plusieurs scénarios sont évoqués : cyberattaques massives, manipulation de systèmes critiques, armes biologiques ou encore décisions militaires prises sur la base d'analyses erronées. Joli programme !

Le risque le plus immédiat concerne la cybersécurité. Les entreprises intègrent de plus en plus d'agents IA dans leurs outils internes : mails, paiements, logiciels métiers, relation client ou recrutement. Ces agents sont capables d'exécuter des tâches seuls, mais ils peuvent aussi être détournés, mal configurés ou agir d'une manière difficile à contrôler. Dans un monde où les systèmes informatiques sont déjà vulnérables, l'IA peut amplifier la vitesse et l'ampleur des attaques. Paiements, hôpitaux, télécoms, transports ou énergie : une attaque coordonnée sur plusieurs infrastructures vitales pourrait rapidement se transformer en choc économique majeur.

Pour les marchés, ce sujet dépasse largement la science-fiction. Plus l'IA devient puissante, plus les gouvernements devront encadrer son usage, ce qui pourrait peser sur certains acteurs du secteur. À l'inverse, cette montée des risques renforce l'importance des entreprises spécialisées dans la cybersécurité, le contrôle des données, la sécurité des infrastructures et la gouvernance de l'IA. Après l'euphorie autour des modèles et des puces, les investisseurs commencent aussi à regarder l'autre versant de la révolution IA : son coût, ses risques et les garde-fous nécessaires pour éviter qu'elle ne devienne un danger systémique...

L'agenda : la Fed au cœur du jeu

Cette semaine s'annonce comme un véritable stress test pour les marchés. Banques centrales, inflation, pétrole au-dessus de 100 dollars : les investisseurs vont devoir composer avec plusieurs rendez-vous à fort potentiel de volatilité. Le moment clé arrivera mercredi avec la Réserve fédérale américaine. Après les derniers chiffres d'inflation, une hausse des taux de 0,25 point est désormais largement anticipée par le marché.

La décision elle-même pourrait donc moins compter que le discours de la Fed : les marchés chercheront surtout à savoir si d'autres hausses se profilent. Quelques heures plus tôt, les ventes au détail américaines donneront un nouvel aperçu de la résistance de la consommation. Le marathon monétaire se poursuivra jeudi avec la Banque d'Angleterre, qui devrait maintenir ses taux malgré le regain d'inflation, puis vendredi avec la Banque du Japon, dont une hausse du taux directeur à 1,25% est largement attendue.

Entre-temps, l'inflation britannique et la confirmation de celle de la zone euro seront également très surveillées. Avec des taux obligataires déjà très élevés et un baril de Brent au-delà de 100$, la marge d'erreur est faible. Le moindre discours plus dur que prévu pourrait rapidement tendre les marchés, peser sur les valeurs de croissance et raviver la volatilité sur les devises. On en reparle vite !

Demain à la une : prudence avant la Fed !

Ce sera le mot d'ordre qui devrait dominer les marchés demain. La Banque centrale américaine entamera sa réunion de deux jours, avant un verdict très attendu mercredi soir. Nous vous en parlons régulièrement, une hausse des taux de 0,25 point est désormais largement anticipée. D'ici là, le moindre mouvement sur les taux obligataires ou le pétrole pourrait raviver la nervosité, en particulier sur les valeurs technologiques et de croissance.

En Europe, le baromètre allemand ZEW donnera le ton sur le moral des investisseurs et les perspectives de la première économie européenne. Aux États-Unis, l'indice manufacturier Empire State prendra ensuite le pouls de l'activité industrielle. Une séance de transition, donc, mais loin d'être anodine : à vingt-quatre heures du verdict de la Fed, chaque statistique capable de faire bouger les anticipations de taux sera scrutée à la loupe.

Le lexique : les actions de croissance

Les valeurs de croissance sont des actions d'entreprises dont le chiffre d'affaires et les bénéfices devraient progresser plus vite que la moyenne du marché. On les retrouve souvent dans des secteurs dynamiques, comme la technologie, le numérique ou la santé. Les investisseurs acceptent généralement de les payer plus cher, car ils misent sur une forte progression future des profits.

Leur cours dépend donc beaucoup des anticipations : de bonnes surprises peuvent fortement soutenir l'action, tandis qu'une déception peut provoquer une correction brutale. Ces valeurs sont aussi très sensibles aux taux d'intérêt. Lorsque les taux montent, les bénéfices attendus dans plusieurs années valent moins, ce qui peut peser sur leur valorisation. À l'inverse, une valeur dite « value » est davantage recherchée pour son prix modéré, ses bénéfices actuels ou ses dividendes.