Les marchés : le pétrole dicte sa loi
Les marchés terminent une semaine sous tension. Le pétrole a fortement pesé sur le moral des investisseurs : le baril de Brent bondit de 10% depuis lundi, à 105$ ce vendredi, après un pic à 109$ hier. En cause, les tensions persistantes au Moyen-Orient bien sûr, les perturbations autour du détroit d'Ormuz, les achats renforcés des raffineurs chinois et la prise de positions stratégiques par les rebelles houthis en mer Rouge.
Dans ce contexte agité, le CAC 40 parvient tout de même à clôturer en hausse de 0,78%, à 8 180 points, même s'il recule de 1,2% sur l'ensemble de la semaine (+0,4% seulement en 2026, hors dividendes).
L'autre sujet clé vient des États-Unis. L'inflation américaine ne ralentit pas, l'indice des prix à la consommation a progressé de 3,4% sur un an en août, comme en juillet. Sur un mois, la hausse des prix accélère même à 0,4%, contre 0,1% le mois précédent. Pour les marchés, cela renforce l'idée que la Réserve fédérale américaine relèvera ses taux la semaine prochaine, on en reparle dans cette édition.
Malgré ce cocktail difficile, pétrole cher, inflation persistante et tensions géopolitiques, Wall Street reste bien orientée. Le Dow Jones, le Nasdaq et le S&P 500 progressent de plus de 1%, signe que les investisseurs ont déjà largement intégré la prochaine hausse des taux. La prudence reste toutefois de mise ! Le prochain test aura lieu lundi à Oman, avec de nouvelles négociations autour du détroit d'Ormuz. Si la situation se bloque, le pétrole pourrait repartir à la hausse et accentuer la pression sur les marchés.
Les valeurs : Safran et Alstom prennent de l'altitude
Safran. Safran reprend de l'altitude et gagne 2,55% ce vendredi, à 330,20 euros. Le groupe profite d'une nouvelle actualité dans la défense : la Direction générale de l'armement vient officiellement de confier à Safran Electronics & Defense et MBDA le programme Thundart, destiné à remplacer les lance-roquettes actuellement utilisés par l'armée française. Le futur système permettra des frappes de précision à longue distance et doit offrir une capacité entièrement souveraine d'ici 2030.
Cette annonce confirme surtout la montée en puissance des activités militaires de Safran, quelques jours après une importante commande d'équipements optroniques par l'armée allemande. L'aéronautique civile reste son principal moteur, mais la défense devient progressivement un relais de croissance supplémentaire. Depuis le début de l'année, le titre gagne 11%.
Alstom. Belle accélération pour Alstom, en hausse de 2,42% à 15,88 euros. Le constructeur français vient de décrocher plus de 1,2 milliard d'euros de contrats au Royaume-Uni auprès de la compagnie ferroviaire TransPennine Express. Près de 930 millions concernent la fourniture de 29 trains électriques à batteries, auxquels s'ajoutent environ 230 millions d'euros de maintenance.
La livraison débutera à partir de 2032. Il s'agira des premiers trains britanniques à batteries destinés aux grandes lignes, capables notamment de circuler sur des portions non électrifiées. Une commande importante pour Alstom, dont le titre reste pourtant en difficulté : malgré le rebond du jour, l'action abandonne encore plus de 37% depuis janvier. Le marché attend toujours une amélioration durable de la génération de trésorerie.
Le coin des smalls : Vetoquinol s'envole
+17,10% ! Vetoquinol signe l'une des envolées du jour à Paris après des résultats semestriels largement salués par le marché. Le spécialiste français de la santé animale réalise 259 millions d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 3,4%. Surtout, son bénéfice net bondit de 22%, à environ 30,5 millions d'euros, tandis que son résultat opérationnel (voir lexique) progresse de 12,5%.
La rentabilité s'améliore grâce à un meilleur mix de produits et à des hausses de prix, tandis que les ventes progressent de plus de 13% aux États-Unis, son premier marché. Vetoquinol génère également 59 millions d'euros de cash sur le semestre. Après plusieurs mois difficiles en Bourse, cette publication rassure clairement les investisseurs. L'action, éligible au PEA-PME, cède désormais 7% depuis le début de l'année, à 77,40 euros.
Le résultat du vendredi : la hausse des taux se précise
L'inflation américaine accélère en août et renforce nettement le scénario d'une nouvelle hausse des taux. Les prix à la consommation ont progressé de 0,4% sur un mois, après seulement 0,1% en juillet, notamment sous l'effet du rebond de l'essence. Sur un an, l'inflation atteint 3,4%, conformément aux attentes du marché. Mais le signal le plus surveillé vient de l'inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie : elle progresse de 0,3% sur un mois, davantage que prévu, même si elle ralentit légèrement à 2,4% sur un an.
Ajoutés à la hausse des prix à la production, à la solidité de l'emploi et à un pétrole toujours supérieur à 100$ le baril, ces chiffres renforcent fortement les anticipations d'un nouveau durcissement monétaire. La réaction est immédiate : les marchés évaluent désormais à 90% la probabilité d'une hausse des taux de 0,25 point dès la réunion de la Banque centrale américaine des 15 et 16 septembre, contre environ 70% avant la publication.
Le monde d'après : le cloud propulse Oracle
Oracle démarre son exercice 2027 en force. Le géant américain des logiciels d'entreprise gagne 2% à Wall Street après des résultats meilleurs que prévu. Son chiffre d'affaires a progressé de 30%, à 19,35 milliards de dollars, tandis que son bénéfice par action a bondi de 30%, à 1,92$, au-dessus des attentes des bureaux d'analyse. Cette bonne publication confirme la montée en puissance du groupe dans les infrastructures cloud, devenues essentielles pour faire tourner les modèles d'intelligence artificielle.
Le moteur principal s'appelle Oracle Cloud Infrastructure, ou OCI. Il s'agit de l'activité qui loue aux entreprises de la puissance de calcul, du stockage et des serveurs pour leurs applications, notamment dans l'IA. Les revenus d'OCI ont bondi de 121%, à 7,4 milliards de dollars, après une hausse déjà très forte de 93% au trimestre précédent. Le carnet de commandes impressionne aussi : les engagements restants à livrer atteignent 664 milliards de dollars, en hausse de 46%, portés par plus de 30 milliards de dollars de nouveaux contrats cloud liés à l'IA.
Oracle relève aussi ses objectifs annuels, avec un bénéfice par action désormais attendu à 8,10$. Mais certains bureaux d'analyses restent plus prudents. RBC Capital Markets, la banque d'investissement de Royal Bank of Canada, reconnaît la solidité du trimestre, mais s'inquiète du coût des investissements nécessaires pour développer les infrastructures cloud d'Oracle. Selon elle, cette course à l'IA risque de peser sur les marges, même si la croissance reste impressionnante. Pour les investisseurs, Oracle confirme qu'il fait partie des grands gagnants de la ruée vers l'IA, mais il doit encore prouver que cette croissance spectaculaire du cloud peut se transformer durablement en rentabilité.
Le lexique : résultat opérationnel
Le résultat opérationnel mesure le bénéfice généré par l'activité courante d'une entreprise, avant les charges financières, les impôts et les éléments exceptionnels. Il permet donc de savoir si le cur du métier est réellement rentable. Pour les investisseurs, c'est un indicateur très utile car il aide à évaluer la qualité de la croissance : une hausse du chiffre d'affaires est positive, mais elle l'est beaucoup moins si les coûts augmentent encore plus vite.
À l'inverse, un résultat opérationnel qui progresse plus rapidement que les ventes traduit souvent une amélioration des marges et de l'efficacité de l'entreprise. Il permet aussi de comparer plus facilement plusieurs sociétés d'un même secteur, indépendamment de leur niveau d'endettement ou de leur fiscalité. Il ne doit toutefois jamais être analysé seul : sa tendance, sa marge opérationnelle et sa capacité à se transformer en trésorerie sont tout aussi importantes.














