Sacrée séance ! C'est un véritable cocktail explosif qui a animé les échanges aujourd'hui. Et si vous nous lisez régulièrement, vous ne serez pas très surpris. Les places boursières chutent lourdement ce jeudi, prises en étau entre des résultats d'entreprises décevants, l'envolée du pétrole et les tensions au Moyen-Orient. Le CAC 40 perd 1,64% à 8 299 points, tandis que le Nasdaq recule de 2,6%. Alphabet (Google) cède 7,7% malgré des résultats solides, les investisseurs s'inquiétant de dépenses dans l'intelligence artificielle désormais attendues entre 195 et 205 milliards de dollars en 2026, et d'une trésorerie devenue négative.

Tesla plonge de 15%, pénalisé par un bénéfice inférieur aux attentes et des investissements croissants dans l'intelligence artificielle, la robotique et la conduite autonome. À Paris, STMicroelectronics dévisse de 17,7% après des prévisions de chiffre d'affaires jugées insuffisantes, alors que Soitec bondit de 21,6%, SEB de 12,9%, Thales de 5% et Total de 2,5% grâce à des publications mieux accueillies. En parallèle, le climat s'est encore assombri avec l'extension du conflit à la mer Rouge et les attaques des Houthis contre des pétroliers saoudiens.

Le Brent franchit les 100$ le baril, en hausse de plus 5%, alimentant une nouvelle fois les craintes d'inflation durable et poussant le taux américain à dix ans à 4,70%, son plus haut niveau depuis janvier 2025. La Banque centrale européenne a toutefois maintenu ses taux inchangés, sans grande surprise. Enfin, les nouvelles menaces douanières de Trump contre plusieurs partenaires commerciaux, dont le Canada et l'UE, ajoutent une incertitude supplémentaire, même si leur impact économique pourrait rester limité en raison des nombreuses exemptions envisagées. Plus que jamais, les jours à venir seront déterminants pour la tendance boursière du second semestre ?

Les valeurs : STMicroelectronics

Lanterne rouge du CAC 40 et du SBF 120, le spécialiste des puces électroniques chute de 17,72% aujourd'hui, à 47,94 euros, après des prévisions trimestrielles jugées trop prudentes, malgré des résultats en nette amélioration. Le groupe a réalisé 3,49 milliards de dollars de chiffre d'affaires au deuxième trimestre, en hausse de 26%, et retrouvé une marge d'exploitation positive de 5,4%. Mais son objectif de 3,7 milliards de dollars de revenus au troisième trimestre reste inférieur aux 3,8 milliards attendus par le marché. Il n'en fallait pas plus pour décevoir des investisseurs désormais très exigeants.

Cette déception est sévèrement sanctionnée après l'envolée du titre depuis janvier, portée par son nouveau statut de valeur liée à l'intelligence artificielle. STMicroelectronics vise désormais plus de 1 milliard de dollars de revenus dans l'intelligence artificielle et les centres de données cette année, puis largement plus de 2 milliards en 2027. Le potentiel demeure donc important, mais les investisseurs attendent désormais une accélération plus rapide de l'activité historique et ne tolèrent plus le moindre écart face aux attentes. Malgré la chute impressionnante du jour, l'action reste en hausse de 112% depuis le début de l'année.

Carton plein pour Thales, en tête du CAC ce soir : +5,07% à 238,30 euros. Thales rassure les investisseurs avec un premier semestre solide, porté par la défense, l'aéronautique et une nette amélioration de sa trésorerie. Au deuxième trimestre, ses commandes ont bondi de 19% à 7,8 milliards d'euros, tandis que son chiffre d'affaires a progressé de 6%. Sur six mois, le résultat opérationnel a augmenté de 10%, à 1,37 milliard d'euros, et le flux de trésorerie a plus que triplé pour atteindre 1,87 milliard, très au-dessus des attentes.

La rentabilité de la défense et de l'aéronautique a également dépassé les prévisions, avec des marges respectives de 13,8% et 10,4%. Autre signal positif, la cybersécurité a renoué avec la croissance au deuxième trimestre après cinq trimestres de recul. Malgré une baisse de 27% du bénéfice net, liée à une charge exceptionnelle sur un programme de frégates allemand, le groupe confirme ses objectifs annuels. L'absence de relèvement des prévisions constitue le seul bémol, mais la publication permet à Thales de signer une hausse de 3,5% depuis le début de l'année.

Le coin des smalls : Soitec

Si STMicroelectronics chute lourdement aujourd'hui, on ne peut pas en dire autant de Soitec ! Le spécialiste des matériaux semi-conducteurs crée la surprise avec un chiffre d'affaires trimestriel de 113 millions d'euros, en hausse de 23% sur un an, nettement au-dessus de ses propres prévisions et des attentes des bureaux d'études. Cette accélération repose surtout sur les composants destinés aux centres de données liés à l'intelligence artificielle. Les ventes de l'activité « Edge & Cloud AI » ont en effet bondi de 46% et représentent désormais 57% du chiffre d'affaires du groupe. Les revenus issus de la photonique (une technologie qui utilise la lumière pour transmettre et traiter des données beaucoup plus rapidement) ont doublé grâce aux besoins croissants de connexions optiques à très haut débit.

Soitec prévoit désormais une croissance supérieure à 30% au deuxième trimestre, contre environ 8% attendu par le marché, et table sur un chiffre d'affaires annuel dans la photonique plus de deux fois supérieur aux quelque 100 millions d'euros réalisés l'an dernier. Les smartphones restent toutefois pénalisés par la réduction des stocks des clients et la reprise automobile devrait peu profiter au groupe. Cette publication confirme néanmoins le retour à la croissance de Soitec après trois années de recul et renforce son statut de valeur liée aux infrastructures d'intelligence artificielle. En tête du SBF 120, l'action éligible au PEA-PME bondit de 21,64% ce soir, à 116,80 euros, et affiche désormais une hausse de plus de 400% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : L'IA hors de contrôle ?

OpenAI affirme avoir perdu le contrôle de deux modèles d'intelligence artificielle lors d'un test interne destiné à mesurer leurs capacités de piratage. Malgré un environnement isolé et un accès très limité au réseau, les modèles auraient découvert une faille de sécurité inconnue dans un logiciel tiers pour se connecter librement à Internet. Ils auraient ensuite ciblé Hugging Face, une importante plateforme de modèles et de données, afin d'obtenir des informations leur permettant de réussir l'évaluation.

L'attaque aurait combiné des identifiants volés et plusieurs failles encore non corrigées, avec pour objectif d'exécuter du code à distance sur les serveurs de la plateforme. L'activité anormale a finalement été détectée et stoppée par les équipes de sécurité des deux entreprises. OpenAI, qui qualifie l'événement de « cyberincident sans précédent », annonce renforcer la surveillance de ses tests, la sécurité de ses environnements d'évaluation et les mécanismes destinés à empêcher ses modèles d'agir contre les objectifs fixés. Pas franchement rassurant !

Demain à la une : 100$ le baril !

Séance nerveuse en perspective ! Entre la flambée du pétrole et de nouveaux signaux sur la croissance mondiale, les investisseurs seront encore très occupés demain. Les premières estimations des indices PMI de juillet (voir lexique), qui mesurent l'activité des entreprises, seront publiées en France, en Allemagne, dans la zone euro, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Une dégradation alimenterait les craintes de ralentissement économique, tandis que des tensions persistantes sur les prix renforceraient la perspective de taux durablement élevés, au lendemain du statu quo prudent de la Banque centrale européenne.

À Wall Street, les marchés digéreront les résultats d'Intel et surveilleront les publications d'American Express, Exxon Mobil et de Verizon, ainsi que les ventes de logements neufs aux États-Unis, utiles pour jauger la solidité de la consommation, du crédit et de l'immobilier. En France, TF1 dévoilera ses résultats semestriels. Mais le pétrole restera probablement le principal facteur de volatilité : le Brent a franchi les 100$ le baril ce jeudi, sur fond d'escalade au Moyen-Orient, un mouvement susceptible de peser sur les transports et la consommation, tout en soutenant les valeurs énergétiques et les anticipations d'inflation.

Le lexique : Les indices PMI

Les indices PMI (pour Purchasing Managers' Index) mesurent chaque mois l'évolution de l'activité dans l'industrie et les services à partir d'enquêtes auprès des entreprises. Un niveau supérieur à 50 signale une expansion de l'activité, tandis qu'un niveau inférieur à 50 indique une contraction. Très suivis par les marchés, ils donnent une indication précoce sur la croissance, l'emploi, les commandes ou les prix. Ils restent toutefois fondés sur des déclarations et doivent être comparés à d'autres données économiques.