Les marchés : La pression retombe (un peu ?)
Les marchés européens retrouvent un peu d'air. Le CAC 40 gagne 0,57% à 8 187 points ce jeudi, porté par une petite baisse des taux obligataires américains et surtout par le recul du pétrole. La décision de la Fed est désormais digérée : la Banque centrale américaine a sans surprise relevé hier soir ses taux de 0,25 point, dans une fourchette comprise entre 3,75% et 4%. Une première depuis 2023, mais sans véritable surprise pour les investisseurs. Le marché regarde déjà plus loin, d'autant que la majorité des responsables de la Fed envisagent encore au moins une hausse supplémentaire d'ici la fin de l'année.
Le véritable coup de pouce de la séance vient finalement du pétrole. Le Brent chute de 2% et revient autour de 103,5$ le baril, son plus bas niveau depuis une semaine. Pékin aurait demandé à l'Iran d'user de son influence sur les Houthis afin de limiter les attaques autour des grandes routes maritimes du Moyen-Orient. Dans le même temps, l'Arabie saoudite espère remettre en service dans les prochains jours environ la moitié de la capacité de son oléoduc Est-Ouest dont nous vous parlions ces derniers jours. Deux nouvelles qui réduisent légèrement, très légèrement, les craintes de nouvelles perturbations de l'approvisionnement mondial.
Ce reflux du pétrole offre un répit bienvenu mais fragile aux marchés. Une énergie moins chère réduit bien sûr les pressions inflationnistes et, par ricochet, la pression exercée sur les banques centrales pour relever davantage leurs taux. Mais avec un Brent toujours supérieur à 100$ et une situation géopolitique loin d'être stabilisée, les nuages n'ont pas disparu... Après plusieurs semaines dominées par le pétrole et les taux, les investisseurs profitent donc surtout d'une accalmie précaire plutôt que d'un véritable retournement de tendance !
Les valeurs
Premier du SBF 120 ce soir, Exosens s'envole de 8,37% à 58,90 euros après avoir relevé, une nouvelle fois, ses objectifs 2026. Le spécialiste des technologies de vision nocturne profite à plein de la hausse des dépenses militaires et d'une montée en cadence plus rapide que prévu de ses capacités de production. Le groupe vise désormais un chiffre d'affaires compris entre 558 et 570 millions d'euros, contre 520 à 540 millions auparavant, soit environ 20% de croissance sur un an. Son résultat brut d'exploitation ajusté est attendu entre 186 et 192 millions d'euros, contre 168 à 178 millions précédemment. En somme, des prévisions nettement supérieures aux attentes du marché.
La dynamique commerciale reste particulièrement forte. Exosens a notamment décroché un contrat portant sur 17 000 tubes intensificateurs destinés aux forces tchèques, tandis que les besoins explosent dans les drones, la lutte anti-drones et la surveillance longue distance. Pour y répondre, le groupe prévoit de tripler ses capacités de production de caméras thermiques et de doubler celles des caméras infrarouges refroidies. Cette accélération commerciale et industrielle rassure également sur la rentabilité future, malgré des investissements importants. En Bourse, le champion français gagne désormais 21% depuis le début de l'année.
Le partenariat entre Renault et le chinois Geely change de dimension au Brésil. Les deux groupes vont investir 319 millions d'euros supplémentaires, portant à 899 millions d'euros les sommes engagées dans leur coentreprise, détenue à 26,4% par le constructeur chinois. Modernisée depuis le début de l'année, l'usine Renault de Curitiba produit déjà un premier modèle hybride Geely et accueillera un nouveau véhicule électrique à partir de décembre 2026. Pour Geely, l'accord offre un accès rapide aux capacités industrielles et au réseau commercial de Renault au Brésil.
Pour Renault, l'intérêt est double : mieux rentabiliser son usine et accélérer dans l'électrification grâce à la plateforme technologique de son partenaire chinois. Un premier modèle Renault reposant sur cette architecture est attendu dès 2027. Cette alliance illustre surtout la volonté de Renault de réduire sa dépendance à une Europe peu dynamique et très concurrentielle, en accélérant son développement en Amérique latine, mais aussi en Corée du Sud et en Inde. Ce soir, Renault signe l'une des meilleures performances du CAC 40 (+2,41% à 28,95 euros, -18% en 2026).
Le coin des smalls : Eurobio Scientific
Le spécialiste français du diagnostic médical s'envole de 23,04% ce jeudi, à 25,10 euros. La raison est simple : Eurobio Scientific s'apprête à quitter la Bourse. Son principal actionnaire, EB Développement, qui détient déjà plus de 90% du capital, veut racheter les dernières actions en circulation au prix de 25,30 ? par titre. Une offre supérieure de 24% au cours de clôture d'hier, qui explique l'envolée du jour. L'opération valorise le groupe à environ 255 millions d'euros.
C'est la deuxième tentative en deux ans. En 2024, EB Développement avait déjà proposé 25,30 ? par action, sans réussir à réunir suffisamment de titres pour retirer Eurobio Scientific de la cote. Cette fois, le scénario paraît beaucoup plus proche de son dénouement : avec plus de 90% du capital déjà détenu, les dernières actions pourraient être rachetées et Eurobio Scientific pourrait alors disparaître de la Bourse de Paris, plus de vingt ans après son introduction. Avec le bond de ce jeudi, le titre, éligible au PEA-PME, affiche désormais une hausse de 3% cette année.
Le monde d'après : La guerre du mobile spatial
Le mobile par satellite entre dans une nouvelle phase. Derrière Starlink, déjà en avance avec près de 700 satellites capables de connecter directement les smartphones, les concurrents s'organisent. Le principal enjeu est de permettre à un téléphone classique d'envoyer des messages, de passer des appels ou d'accéder à certains services même sans réseau mobile terrestre. Pour les opérateurs télécoms, cela peut devenir un nouveau relais de croissance, notamment dans les zones mal couvertes ou lors de situations d'urgence.
Plusieurs annonces très récentes montrent que le marché se structure. L'américain Viasat s'allie à l'émirati Space42 pour créer Equatys, une coentreprise qui prévoit une constellation de 2 800 satellites en orbite basse, avec un investissement compris entre 800 millions et 1 milliard de dollars. En Europe, le luxembourgeois SES veut fabriquer des satellites dédiés au mobile spatial avec le français Elveo, en s'appuyant sur les opérateurs télécoms pour toucher les clients finaux. Aux États-Unis, Iridium, récemment racheté par Rocket Lab pour 8 milliards de dollars, avance vers un accord mondial d'itinérance signé avec Deutsche Telekom.
Mais la marche reste haute face à SpaceX. Le groupe d'Elon Musk bénéficie d'une avance industrielle considérable, renforcée par la méga fusée Starship, qui doit lui permettre de lancer beaucoup plus de satellites à la fois. Amazon prépare aussi son offensive, avec une demande portant sur plus de 5 000 satellites dédiés au mobile spatial. Pour les investisseurs, cette bataille ne se jouera pas seulement dans l'espace : elle opposera des groupes capables de financer des constellations très coûteuses, de signer avec les opérateurs télécoms et de convaincre les régulateurs sur l'accès aux fréquences.
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Demain à la une : Le dernier choc
Demain, la Banque du Japon devrait provoquer le dernier choc monétaire de la semaine. Après la Fed et la Banque d'Angleterre, Tokyo devrait à son tour durcir sa politique, avec une hausse de 0,25 point de son taux directeur, porté à 1,25%. Les taux japonais atteindraient ainsi leur plus haut niveau depuis plus de trente ans. Juste avant, l'inflation d'août donnera le ton. Un chiffre plus élevé que prévu conforterait ce scénario, tandis qu'une surprise à la baisse pourrait semer le doute.
Mais l'enjeu dépasse largement le Japon : une hausse des taux et du yen pourrait accélérer le débouclage du carry trade, ces stratégies financées à bas coût en yens pour investir ailleurs dans le monde, singulièrement aux États-Unis. Actions, obligations et devises pourraient donc être secouées ce vendredi. D'ailleurs, la nervosité pourrait encore monter d'un cran en fin de séance à l'occasion de la séance des quatre sorcières (voir lexique). En synthèse, après la Fed, la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon, les taux restent clairement le principal juge de paix des marchés.
Le lexique : Les quatre sorcières
Les séances des quatre sorcières sont des journées particulières en Bourse. Quatre grandes familles de produits dérivés arrivent à échéance en même temps, notamment les contrats à terme et les options sur indices et sur actions. Elles ont lieu quatre fois par an, le troisième vendredi de mars, juin, septembre et décembre. À cette occasion, de nombreux investisseurs institutionnels doivent clôturer, renouveler ou ajuster leurs positions.
En conséquence, les volumes d'échanges peuvent bondir et provoquer des mouvements brusques, parfois sans lien direct avec l'actualité économique. Pour l'investisseur particulier, rien ne change sur le fond : les fondamentaux des entreprises restent les mêmes. En revanche, la volatilité peut temporairement s'accentuer, surtout en fin de séance. C'est précisément cette concentration inhabituelle d'échéances, et l'agitation qu'elle peut provoquer, qui a donné naissance à l'expression des « quatre sorcières ».










