Les marchés : La secousse

La Bourse de Paris clôture en légère baisse ce soir : -0,23% à 8 199 points. Des échanges de tirs ont eu lieu entre Israël et l'Iran ces dernières heures, alimentant la volatilité des marchés. Tokyo a notamment perdu 3,85% cette nuit, après la chute de plus de 4% du Nasdaq vendredi soir. Aux États-Unis, Wall Street rebondit après cette forte baisse des valeurs liées aux nouvelles technologies : pour l'heure, le S&P 500 et le Nasdaq reprennent respectivement 1% et 1,6%. Globalement, on assiste à un rebond généralisé des technos mondiales cet après-midi, après la secousse de vendredi soir et de cette nuit.

La situation semble en effet un peu moins tendue depuis cet après-midi, après l'annonce par l'Iran de l'arrêt de son opération militaire contre Israël et l'appel de Donald Trump à cesser immédiatement les attaques. Cette annonce, fragile, stabilise temporairement le baril autour des 95$ et apaise légèrement les craintes des investisseurs. Mais clairement, la séquence iranienne n'est pas terminée pour les marchés ! Dans ce contexte agité, on vous parle ce soir de notre nouvelle assurance-vie luxembourgeoise. Bonne lecture à tous.

Les valeurs : Bouygues et Orange

Le rachat de SFR est en bonne voie. Pour cette opération historique, le marché retient à la fois les promesses et les contraintes. Bouygues recule ce soir de 1,91% à 49,20 euros tandis qu'Orange progresse de 2,09% à 17,80 euros, les investisseurs analysant les conséquences du démantèlement de SFR entre les trois opérateurs français. Sur le papier, l'opération a de quoi séduire. Les synergies attendues dépassent désormais 2 milliards d'euros par an, un montant bien supérieur aux estimations initiales. Le retour à trois opérateurs pourrait également mettre fin à des années de guerre des prix et redonner un peu d'oxygène à un secteur arrivé à maturité. Mais cette belle promesse a un prix. Les coûts nécessaires pour intégrer les activités de SFR atteindraient près de 6,5 milliards d'euros au total, un niveau jugé particulièrement élevé par le marché.

Bouygues hérite de la plus grosse part des actifs et supportera logiquement la facture la plus importante, ce qui explique en partie la prudence des investisseurs sur le titre. À plus long terme, les bureaux d'études restent néanmoins optimistes. Au-delà des économies annoncées, la véritable création de valeur pourrait venir d'un marché télécoms plus discipliné, avec moins de promotions et une amélioration progressive des marges. Le dossier SFR entre désormais dans une longue phase d'exécution, où chaque opérateur devra démontrer sa capacité à transformer cette opération en véritable moteur de croissance. Depuis le début de l'année, Bouygues et Orange gagnent respectivement 11% et 25% à la Bourse de Paris.

L'intelligence artificielle continue de créer de nouveaux géants boursiers. Marvell Technology, spécialiste américain des puces et des infrastructures de centres de données, gagne encore 15% ce lundi à Wall Street. Capitalisée 260 milliards de dollars, l'action fera son entrée dans le S&P 500 à la fin du mois. Une consécration pour cette société qui affiche déjà une progression spectaculaire de plus de 250% depuis le début de l'année. Les investisseurs saluent l'explosion de la demande liée à l'IA, qui tire les commandes de ses composants utilisés pour faire circuler les données entre les milliers de processeurs installés dans les centres de données.

L'enthousiasme est tel que Jensen Huang, le patron de Nvidia, estime que Marvell pourrait devenir la prochaine entreprise valorisée 1 000 milliards de dollars en Bourse. Pour atteindre un tel niveau, le groupe devra encore multiplier sa valeur par quatre. Si cet objectif paraît ambitieux, il illustre surtout la confiance des investisseurs dans les infrastructures qui alimentent la révolution de l'intelligence artificielle. Après Nvidia, Broadcom ou AMD, le marché cherche désormais les prochains grands gagnants de cette transformation technologique, et Marvell figure aujourd'hui parmi les candidats les plus surveillés. Un dossier à surveiller de près !

Le coin des smalls : M6

Le marché retrouve de l'intérêt pour M6. L'action bondit de 11,85% à 12,84 euros après des informations de presse évoquant un possible rapprochement entre M6, TF1 et le groupe CMA CGM (propriétaire de BFMTV-RMC). Selon plusieurs scénarios évoqués, TF1 pourrait récupérer la chaîne M6 tandis que CMA CGM reprendrait certaines chaînes secondaires du groupe. Aucune annonce officielle n'a été faite à ce stade, mais les investisseurs spéculent déjà sur une opération qui pourrait fortement valoriser l'entreprise.

Cette hypothèse séduit d'autant plus que le secteur audiovisuel traverse une période difficile, avec un marché publicitaire sous pression et une concurrence toujours plus forte des plateformes comme Netflix, YouTube ou Amazon. Pour les investisseurs, un rapprochement permettrait de réaliser des économies, de renforcer les positions des différents acteurs et de mieux résister à cette concurrence. Plusieurs banques jugent désormais ce scénario crédible, même si des obstacles réglementaires restent à franchir. En attendant, le marché continue de parier sur une opération qui pourrait redessiner le paysage audiovisuel français. Avec la hausse du jour, le titre de M6, éligible au PEA-PME, affiche désormais une progression de 5% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : 200 milliards sur la table

L'Europe veut accélérer dans l'intelligence artificielle et le cloud souverain. La Commission européenne a précisé les contours de son grand plan d'action pour faire du continent un acteur majeur de l'IA, avec l'objectif de mobiliser 200 milliards d'euros d'investissements. L'enjeu est stratégique : réduire la dépendance européenne aux géants américains et chinois, protéger les données sensibles, et développer des technologies conformes aux règles et aux valeurs européennes.

Le cœur du plan repose sur la création de grandes infrastructures de calcul. Bruxelles prévoit notamment la mise en place de 19 fabriques d'IA à travers l'Europe, dont 5 gigafabriques, avec 20 milliards d'euros dédiés à ces installations. La future loi sur le cloud et l'IA doit aussi permettre de tripler la capacité des centres de données européens d'ici cinq à sept ans. Pour les entreprises européennes du cloud, comme OVHcloud, c'est une opportunité importante, alors que le marché reste aujourd'hui largement dominé par Amazon, Microsoft et Google.

Au-delà des infrastructures, l'Europe veut aussi favoriser l'accès à des données de qualité, développer les compétences, simplifier la réglementation et faire émerger ses propres champions technologiques. Dans cette course, Mistral AI apparaît comme l'un des meilleurs candidats pour incarner cette souveraineté européenne. Mais après les promesses de l'UE, place aux actes ! Ceux de Bruxelles seront suivis de près dans les mois à venir, d'autant que l'écart se creuse chaque jour un peu plus avec les États-Unis et la Chine.

L'agenda du lundi : Une semaine décisive

Cette semaine devrait rester dominée par une question simple : l'inflation va-t-elle forcer les banques centrales à durcir encore leur ton ? Aux États-Unis, les chiffres des prix à la consommation de mai, attendus mercredi, puis les prix à la production jeudi, seront très surveillés, car ils diront si la hausse de l'énergie liée aux tensions au Moyen-Orient se diffuse plus largement dans l'économie. La confiance des ménages américains, publiée vendredi, comptera aussi beaucoup après un net recul en mai.

En Europe, la réunion de la Banque centrale européenne, mercredi et jeudi, sera l'autre grand rendez-vous. Les marchés chercheront à savoir si la BCE privilégie la lutte contre l'inflation (hausse des taux) ou la prudence face au ralentissement économique (statu quo). En toile de fond, la Bourse restera sensible au pétrole et aux nouvelles venant du Moyen-Orient, mais aussi à la nervosité autour des valeurs liées à l'intelligence artificielle, après le récent trou d'air des semi-conducteurs, provoqué par des prises de bénéfices, des valorisations jugées élevées et les résultats décevants de Broadcom.

Côté entreprises, Oracle publiera ses résultats mercredi soir et Adobe jeudi soir, deux rendez-vous importants pour juger la solidité de la demande dans le cloud, les logiciels et l'IA. Enfin, l'IPO très attendue de SpaceX, visée autour du 12 juin sur le Nasdaq, devrait capter une partie de l'attention et tester l'appétit des investisseurs pour les grandes valeurs de croissance. On en reparle très vite !

Demain à la une : Une baisse marquée ?

Au programme de ce mardi : prudence après la correction des valeurs liées à l'intelligence artificielle, tensions géopolitiques au Moyen-Orient et attente des grands rendez-vous macroéconomiques de la semaine. Les investisseurs surveilleront notamment les prix du pétrole, sensibles aux échanges de frappes entre Israël et l'Iran, car une nouvelle hausse de l'énergie pourrait raviver les craintes d'inflation et peser sur les marges des entreprises.

Sur le plan économique, l'agenda de demain paraît relativement léger, mais les marchés se positionneront déjà avant l'inflation américaine attendue mercredi et avant la décision de la Banque centrale européenne jeudi. Enfin, après la baisse des valeurs technologiques des derniers jours, les investisseurs chercheront à savoir si le mouvement est une simple respiration ou le début d'une correction plus profonde.

Le lexique : Ratio de solvabilité

Le ratio de solvabilité mesure la capacité d'un assureur à tenir ses engagements envers ses clients, même en cas de difficultés : hausse des sinistres, baisse des marchés financiers ou autre choc défavorable. Il compare les fonds propres dont dispose l'assureur au capital minimum nécessaire pour couvrir ses risques. Par exemple, un ratio de 200% signifie que l'assureur possède deux fois plus de ressources que le minimum réglementaire exigé.