Les marchés : Le calme avant la tempête ?

On retient notre souffle ! Marc vous en parlait ce matin, les États-Unis pourraient frapper très fortement l'Iran ce week-end. Nous consacrons une partie de cette édition à ce sujet sensible pour les marchés. En attendant, le CAC 40 avance ce soir de 0,88% à 8 372 points et signe une performance de 0,40% sur la semaine, malgré ce contexte toujours très tendu au Moyen-Orient. La relative accalmie sur le pétrole (-5% aujourd'hui) offre un peu de répit aux marchés, même si le Brent reste proche des 100$ le baril.

Les investisseurs demeurent préoccupés par le risque de retour de l'inflation, alimenté par l'énergie chère et l'annonce de nouveaux droits de douane américains visant 60 partenaires commerciaux. Cette inquiétude maintient les taux d'intérêt à long terme proches de niveaux records depuis plusieurs années, voire décennies, selon les échéances. À Paris, les résultats d'entreprises ont animé la séance aujourd'hui : Carrefour recule de 4,8% après une rentabilité décevante, tandis qu'Argan bondit de 15% grâce à son projet de fusion avec le belge WDP.

Wall Street rebondit également légèrement, mais les valeurs technologiques restent fragilisées par les doutes sur la rentabilité des investissements massifs dans l'intelligence artificielle. Dans les premières heures d'échanges, le S&P 500 et le Nasdaq gagnent respectivement 0,5% et 0,1%. Pour notre part, on se méfie grandement du cocktail explosif qui agite en ce moment les marchés et dont nous vous parlions hier soir.

Sans transition ! Un petit mot pour remercier chaleureusement les abonnés de Bourse Privée qui nous ont fait part de nombreux retours positifs ces derniers jours, au sujet de nos dernières publications, de nos nouveaux formats et de la refonte intégrale du site. Bonne lecture à tous.

Les valeurs : Dassault Systèmes

Dassault Systèmes rassure enfin la Bourse ! L'éditeur de logiciels signe la plus forte hausse du CAC 40 ce vendredi : +7,90% à 19,88 euros. Après plusieurs publications décevantes et une chute de près de 40% sur un an, le marché salue surtout l'absence de nouvelle mauvaise surprise ? Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires atteint 1,56 milliard d'euros, en hausse de 4% à taux de change constants (voir lexique). La croissance accélère dans les activités les plus stratégiques : les revenus de la plateforme 3DEXPERIENCE et du cloud progressent chacun de 14%. Les contrats récurrents augmentent de 6%, tandis que la marge opérationnelle atteint 30%. Le bénéfice par action ajusté gagne 8%, à 0,31 ?. Ces chiffres montrent que la transition vers les abonnements et les logiciels hébergés en ligne renforce progressivement la visibilité du modèle économique.

Le groupe confirme également ses objectifs pour 2026, avec une croissance attendue entre 3% et 5% à taux de change constants. UBS et JP Morgan ont relevé leurs objectifs de cours dans la foulée, respectivement à 20,50 ? et 22 ?. La prudence reste toutefois nécessaire : le segment des Sciences de la vie recule encore de 4% et l'Europe demeure pénalisée par la faiblesse de l'automobile. Ce rebond traduit donc davantage un retour de la confiance qu'un redressement déjà totalement acquis. Autre sujet important : le risque que l'IA continue de bouleverser complètement le secteur des éditeurs de logiciels ? Affaire à suivre pour l'action qui réduit ses pertes à 17% depuis le début de l'année.

Dernier du CAC et du SBF ce soir, Carrefour recule de 4,85% à 15,70 euros après des résultats semestriels mitigés. Les ventes ont progressé de 1,9% au deuxième trimestre, mieux que prévu, grâce notamment aux baisses de prix engagées en France. Mais la rentabilité a déçu : le résultat opérationnel atteint 757 millions d'euros, contre 779 millions attendus, pénalisé par des difficultés en Argentine et par l'intégration de Cora et Match, deux autres enseignes de supermarchés.

Le groupe maintient néanmoins ses objectifs pour 2026 et vise un résultat opérationnel d'environ 2,35 milliards d'euros. Pour y parvenir, il devra augmenter cet indicateur de 11% au second semestre, après seulement 4% au premier. L'essentiel de l'effort reposera sur Cora et Match, qui ont perdu 75 millions d'euros sur les six premiers mois mais devraient se rapprocher de l'équilibre d'ici la fin de l'année. Cette forte dépendance à leur redressement explique la prudence des investisseurs, alors que la faiblesse persistante du marché argentin éloigne également la perspective d'une cession attractive. Depuis le début de l'année, l'action progresse désormais de 10% (hors dividendes).

Le coin des smalls : Argan

La foncière française s'envole de 14,98% à 75,20 euros après l'annonce de son projet de fusion avec l'une de ses concurrentes belges, WDP. L'opération donnerait naissance à un leader européen de l'immobilier logistique, présent dans huit pays, avec un patrimoine de 13 milliards d'euros et plus de 700 millions d'euros de loyers annualisés. Les actionnaires d'Argan recevraient trois actions WDP pour chaque titre détenu, ainsi qu'un dividende exceptionnel de 11 ? par action. L'ensemble valorise Argan à 79,22 ? par action, soit une prime d'environ 21% par rapport au cours précédant l'annonce. Le projet est soutenu par les principaux actionnaires des deux groupes, ce qui rend sa réalisation très probable.

Les assemblées générales devraient se prononcer en novembre 2026, avant une finalisation attendue au premier trimestre 2027. Derrière cette fusion présentée comme amicale, WDP prendrait toutefois le contrôle du nouvel ensemble. Certains bureaux d'études soulignent aussi que la valorisation proposée reste inférieure à la valeur estimée du patrimoine d'Argan. L'opération permet néanmoins au groupe français de changer d'échelle, de répondre aux enjeux de succession de son fondateur et de poursuivre son développement sans être freiné par les contraintes liées à son actionnariat. Introduit en Bourse à 15 ? en 2007, Argan affiche une progression de plus de 400% hors dividendes sur près de vingt ans. +85% en 2026.

Le monde d'après : Guerre commerciale : nouvel épisode

Les États-Unis imposent depuis ce matin de nouveaux droits de douane à une soixantaine de pays, officiellement pour les pousser à mieux lutter contre les produits issus du travail forcé? C'est bien sûr une man ?uvre de l'administration Trump pour esquiver les contraintes de la justice américaine. L'Union européenne, le Royaume-Uni, le Mexique et le Canada sont taxés à 10%, tandis que la Chine, le Japon, la Suisse ou la Corée du Sud subissent un taux de 12,5%. L'énergie et certaines matières premières devraient être épargnées, car vitales pour l'économie américaine.

Ces surtaxes remplacent les droits temporaires de 10% instaurés en février et permettent à Washington de maintenir la pression sur ses partenaires commerciaux, après les taxes annoncées contre le Brésil (25%) et le Canada (50% !). Les États-Unis s'appuient cette fois sur une base juridique déjà utilisée pour l'acier, l'aluminium ou l'automobile, afin de réduire le risque d'une nouvelle annulation par la Cour suprême. Cette offensive confirme que l'accès au marché américain reste un levier central de la politique commerciale de Trump, au risque de raviver les tensions et les craintes de guerre commerciale. Il ne manquait plus que ça !

Un week-end dangereux ?

On va rester prudents car les prochaines lignes ne constituent qu'une hypothèse ? Lundi, les marchés pourraient rouvrir sous forte tension. Trump affirme être proche d'autoriser une « attaque massive » contre l'Iran, potentiellement plus importante que les précédentes opérations américaines. Aucune décision ni aucun calendrier n'est officiellement confirmé, mais Washington se dit prêt, après treize nuits consécutives de frappes et de nouvelles menaces de « punition militaire majeure ».

Le pétrole sera le premier baromètre lundi matin. Les attaques des Houthis contre deux pétroliers saoudiens ont déjà propulsé le Brent au-dessus de 100$ le baril hier, avant un repli sous 96$ aujourd'hui. Il gagne encore 5% cette semaine (+15% la semaine passée). Le risque est désormais double : le détroit d'Ormuz est presque paralysé, tandis que celui de Bab el-Mandeb, à l'entrée de la mer Rouge, devient à son tour extrêmement dangereux. Les coûts d'assurance maritime y ont déjà doublé pour certains transporteurs.

En cas de frappes massives et de riposte iranienne, le baril pourrait bondir dès l'ouverture asiatique. Les actions reculeraient probablement, en particulier les compagnies aériennes, l'automobile, la chimie et les entreprises très dépendantes du transport. À l'inverse, le secteur pétrolier, la défense, le dollar et l'or pourraient jouer leur rôle de refuge relatif. On insiste sur le mot « relatif »?

Le principal danger dépasse toutefois la réaction immédiate des Bourses. Un pétrole durablement proche ou au-dessus de 100$ raviverait comme vous le savez l'inflation et compliquerait la tâche des banques centrales. Les marchés attribuent environ une chance sur trois à une hausse des taux de la Réserve fédérale dès la semaine prochaine, alors que le rendement américain à dix ans a déjà dépassé 4,70%, au plus haut depuis janvier 2025. On en reparle lundi !

Demain à la une : Une semaine décisive

Clairement, la semaine prochaine pourrait être décisive pour la tendance boursière des mois à venir. Elle s'annonce en effet particulièrement chargée. Le principal rendez-vous sera la décision de la Fed sur ses taux, mercredi soir. Les investisseurs surveilleront surtout le discours de son nouveau président, Kevin Warsh, et les indications données sur l'évolution future des taux, dans un contexte toujours marqué par les tensions inflationnistes et la hausse du pétrole. La Banque du Japon se prononcera également vendredi.

Le calendrier économique sera tout aussi dense jeudi, avec les premières estimations de croissance du deuxième trimestre aux États-Unis et dans la zone euro, ainsi que plusieurs indicateurs d'inflation. Ces publications pourraient provoquer des mouvements importants sur les marchés obligataires, le dollar et l'euro. Enfin, la saison des résultats entrera dans sa phase la plus intense. Microsoft, Meta, Amazon et Apple seront particulièrement attendus, notamment sur leurs investissements dans l'intelligence artificielle et leurs perspectives. À Paris, Airbus et L'Oréal publieront mercredi. Une semaine à haut risque de volatilité, durant laquelle les prévisions des entreprises compteront probablement davantage que leurs résultats passés. Sans oublier, bien sûr, l'évolution géopolitique au Moyen-Orient ?

Le lexique : « à taux de change constants »

Pourquoi certains résultats d'entreprise sont-ils présentés « à taux de change constants » ? Cette expression permet de mesurer l'évolution réelle de l'activité d'une entreprise en neutralisant les variations des devises. Une société internationale réalise souvent une partie de son chiffre d'affaires en dollars, en livres ou en yens, puis convertit ces montants dans sa monnaie de publication, par exemple l'euro. Si l'euro se renforce, les ventes réalisées à l'étranger valent mécaniquement moins une fois converties, même si les volumes vendus n'ont pas baissé. À l'inverse, un euro plus faible peut artificiellement améliorer les résultats publiés.

Présenter les chiffres à taux de change constants consiste donc à recalculer les résultats de la période avec les mêmes taux de conversion que l'année précédente. Cette méthode aide à distinguer la performance opérationnelle de l'entreprise de l'effet, parfois important mais purement comptable, des fluctuations monétaires. Elle ne remplace toutefois pas les résultats officiels : les variations de change ont bien un impact réel sur les comptes, les bénéfices et parfois la trésorerie.