Les marchés : -1,2% sur la semaine

La Bourse de Paris termine la semaine en baisse. Le CAC 40 cède 0,65% à 8 259 points ce soir (-1,23% depuis lundi). Les investisseurs restent prudents face à un contexte international tendu, avec plusieurs foyers de tensions géopolitiques. Ils s'interrogent aussi sur l'évolution future des taux d'intérêt ainsi que sur les premiers résultats des grandes entreprises américaines. Dans ce climat d'incertitude, certains secteurs souffrent particulièrement. Les valeurs du luxe reculent nettement. Après -3,2% hier, Kering cède 4,2% ce soir. Le secteur automobile est lui aussi en baisse, pénalisé par la perspective d'une concurrence chinoise de plus en plus féroce en Europe. Renault (-2,9%) et Stellantis (-3%) figurent parmi les plus fortes baisses journalières du CAC.

Les valeurs : Thales, Sanofi et Vusion Group

Thales s'offre la première place du CAC ce soir (+2,55% à 261,60€) après avoir confirmé que ses résultats et objectifs pour 2025 sont en ligne avec ses attentes. L'entreprise se montre confiante sur sa croissance, notamment dans la défense, et maintient ses ambitions en matière de chiffre d'affaires, de rentabilité et de génération de trésorerie. La direction prévoit toujours une hausse du chiffre d'affaires comprise entre 6% et 7% pour 2025, avec une rentabilité solide et une bonne visibilité sur le carnet de commandes. Même si la croissance pourrait ralentir en fin d'année en raison d'une base de comparaison élevée, l'augmentation des capacités de production, notamment pour les radars, soutient la dynamique du groupe. Dans l'aéronautique, l'activité reste bien orientée, portée par l'avionique et le marché de la maintenance, favorisé par la reprise du trafic aérien. Des tensions persistent toutefois sur la chaîne d'approvisionnement, en particulier pour les sièges et les moteurs. Les activités spatiales devraient légèrement progresser d'une année à l'autre. Sur le plan financier, Thales confirme ses prévisions de chiffre d'affaires annuel, entre 21,8 et 22 milliards d'euros. Dans l'ensemble, le message envoyé au marché est celui d'un groupe solide, confiant dans ses perspectives et bien positionné pour les années à venir. Après +66% en 2025, l'action décolle de 13% depuis le 1er janvier.

Sanofi Selon la banque suisse UBS, Sanofi rencontre des difficultés pour préparer l'après-Dupixent, son médicament phare. Dupixent génère aujourd'hui l'essentiel de la croissance du groupe, mais ses brevets commenceront à expirer au début des années 2030, ce qui menace fortement les revenus futurs. Sanofi a pourtant fortement investi en recherche et développement depuis fin 2023 pour trouver de nouveaux médicaments capables de prendre le relais. Mais en 2025, plusieurs essais cliniques très attendus ont déçu. Des traitements prometteurs contre la bronchite du fumeur, la dermatite atopique ou encore certaines formes de sclérose en plaques n'ont pas montré des résultats suffisants, et l'un d'eux a même été refusé par l'autorité sanitaire américaine, la FDA. Ces échecs ont pesé sur la confiance des investisseurs, l'action Sanofi a reculé de 12% en 2025 (hors dividendes). Face à cette situation, UBS a abaissé son objectif à 88€ sur le titre, estimant que le portefeuille de médicaments en développement n'est pas assez solide pour compenser la future baisse des ventes de Dupixent. Même en supposant des succès importants, les revenus potentiels des nouveaux traitements resteraient très inférieurs à ceux de Dupixent, développé avec le partenaire américain Regeneron. À ces difficultés s'ajoutent des risques sur l'activité vaccins et sur Beyfortus, un traitement destiné à protéger les nourrissons contre un virus respiratoire aux États-Unis. Sans acquisitions importantes, il sera difficile pour le groupe de retrouver une dynamique de croissance durable... Ce soir, Sanofi cède 1,04% à 80,78€.

Vusion Group L'action de Vusion, éligible au PEA-PME, perd 25% cette semaine (à 145,20€). Cette baisse s'explique surtout par une note plus prudente des analystes de BNP Paribas, qui s'interrogent sur la capacité du spécialiste des étiquettes électroniques pour les magasins à maintenir une très forte croissance après 2026. Selon eux, les commandes pourraient temporairement ralentir, ce qui a inquiété les investisseurs et provoqué des prises de bénéfices massives. Une partie des doutes concerne le contrat géant signé avec Walmart, qui représente un enjeu majeur pour Vusion. Les États-Unis concentrent désormais l'essentiel de son activité, et certains craignent que ce contrat arrive progressivement à maturité, entraînant un ralentissement de la croissance. Cela ne signifie pas un effondrement de l'entreprise, mais plutôt une transition vers un rythme moins spectaculaire qu'auparavant. La baisse du titre a aussi été amplifiée par des vendeurs à découvert (voir lexique), des investisseurs qui parient sur la baisse de l'action. Vusion a déjà connu ce type d'attaques par le passé, souvent à l'origine d'une forte volatilité du cours, sans que cela ne remette durablement en cause ses performances économiques. De son côté, la direction se veut rassurante. Elle affirme que la croissance doit se poursuivre en 2027 et 2028, grâce à de nouveaux projets et à des tests en cours chez d'autres distributeurs dans le monde. Même si un ralentissement ponctuel était observé dans quelques années, la trajectoire globale resterait positive. La valorisation actuelle de l'action apparaît donc plus attractive. En résumé, le marché craint surtout un passage à vide temporaire, tandis que la direction parle plutôt d'un simple ralentissement, sans remise en cause de la croissance à long terme.

La recommandation du jour : Le Takaichi Trade

Les marchés financiers s'emballent autour de ce que les investisseurs appellent le « Takaichi trade », un pari lié à l'arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi, première femme Première ministre du Japon. Très populaire dans l'opinion, elle défend une politique de fortes dépenses publiques pour relancer l'économie, avec un plan massif de soutien de plus de 100 milliards d'euros. Cette stratégie est perçue comme très favorable aux entreprises japonaises à court terme, mais négative pour la monnaie japonaise et la dette de l'État. Ces derniers jours, les investisseurs ont estimé qu'elle pourrait provoquer des élections législatives anticipées afin d'obtenir une majorité au Parlement et appliquer pleinement son programme. Cette perspective a provoqué une forte réaction des marchés : les actions japonaises ont atteint un nouveau pic historique, le yen s'est affaibli et les taux d'intérêt sur la dette publique ont nettement augmenté, signe que les marchés s'attendent à plus de croissance, mais aussi à plus d'endettement. Si Sanae Takaichi remporte ces élections, plusieurs secteurs devraient en profiter, notamment les infrastructures, l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs et l'énergie. Toutefois, après la forte hausse récente de la Bourse japonaise, certains bureaux d'études appellent à la prudence. Ils estiment que l'enthousiasme actuel pourrait retomber si les promesses politiques ne se traduisent pas rapidement par des réformes concrètes.

Le résultat du vendredi : Les premiers résultats

Comme le veut la tradition, les grandes banques américaines ont ouvert le bal de publication des résultats annuels. Globalement, elles ont bien résisté à la fin de l'année 2025, malgré un contexte politique et économique instable marqué par des tensions commerciales et des blocages budgétaires. Les banques d'investissement ont été les grandes gagnantes de cette période, profitant du retour en force des fusions-acquisitions et d'une forte activité sur les marchés financiers. Goldman Sachs a très bien tiré parti de la volatilité des marchés et de l'engouement pour les valeurs technologiques. La banque a enregistré des résultats supérieurs aux attentes, avec des revenus records dans le courtage actions et une forte hausse des commissions liées aux opérations de fusions-acquisitions, dont elle est restée le leader à Wall Street. Cette dynamique a été renforcée par l'abandon de certaines activités jugées peu rentables, comme sa carte bancaire lancée avec Apple. Morgan Stanley a également affiché une excellente performance, avec un bénéfice annuel record. Sa stratégie axée sur les clients fortunés et sur le financement par la dette a porté ses fruits, tout comme son implication dans de grandes introductions en Bourse. La banque se prépare désormais à une concurrence accrue en 2026 et s'intéresse aussi aux produits financiers liés aux cryptoactifs. En revanche, toutes les banques n'ont pas connu le même succès. JPMorgan a déçu avec un recul de ses profits dans la banque d'investissement. Citigroup, malgré une hausse de 66% de son cours de Bourse en 2025, a vu ses résultats pénalisés par une forte hausse de ses coûts. Sa direction a annoncé de nouvelles suppressions de postes, misant sur l'automatisation et l'intelligence artificielle pour réduire les dépenses. Bank of America a de son côté enregistré des résultats conformes aux attentes, avec une progression de l'activité de trading et des prêts aux entreprises.

Le monde d'après : Le secteur auto sous pression

Le marché automobile européen traverse une période difficile, principalement à cause de la montée en puissance des constructeurs chinois, dont BYD. Selon la banque américaine Citi, ces derniers pourraient atteindre près de 10% de parts de marché en Europe dès cette année, contre environ 7% en 2025. Cette progression s'explique notamment par le ralentissement de la demande en Chine, qui pousse les groupes chinois à exporter davantage vers l'Europe. Dans ce contexte, les constructeurs européens souffrent en Bourse. Stellantis perd notamment 2,9%* aujourd'hui, notre opération baissière sur le titre. Le secteur automobile a nettement sous-performé le reste du marché en 2025 et continue de reculer début 2026. Les droits de douane américains, la concurrence accrue en Europe et les difficultés sur le marché chinois pour les groupes allemands continuent de peser lourdement sur les résultats et les perspectives. La concurrence chinoise exerce aussi une pression directe sur les prix des voitures. Citi anticipe ainsi une baisse des prix en 2026, ce qui pèserait sur la rentabilité de Volkswagen, Stellantis et Renault. Cette situation inquiète les marchés et explique les baisses des derniers jours en Bourse. Renault fait toutefois figure d'exception relative. Même si Citi a abaissé son objectif de cours à 38€, la banque estime que le groupe résiste mieux que ses concurrents grâce à des lancements commerciaux réussis. Sa part de marché en Europe a progressé sur un an et pourrait se maintenir autour de 10% en 2026. À l'inverse, Stellantis continue de perdre des parts de marché au profit des groupes chinois, sans perspective claire de redressement à court terme. D'autres grands établissements partagent le diagnostic de Citi. En décembre, UBS soulignait que la percée des constructeurs chinois représente aujourd'hui le principal défi pour l'industrie automobile européenne. Et pour cause, leurs gains de parts de marché se sont faits en grande partie au détriment des groupes du Vieux Continent depuis plusieurs années. Affaire à suivre !

Le lexique : Les ventes à découvert

Les ventes à découvert sont des opérations financières qui consistent à vendre un actif, le plus souvent une action, que l'on ne possède pas encore, dans l'espoir de le racheter plus tard à un prix inférieur. Concrètement, l'investisseur emprunte l'actif, le vend immédiatement au prix du marché, puis attend une baisse de sa valeur pour le racheter et le restituer à son prêteur. Si le prix a effectivement baissé, la différence entre le prix de vente initial et le prix de rachat génère un gain. En revanche, si le prix augmente, l'investisseur subit une perte, qui peut être importante puisque le prix d'un actif peut théoriquement monter sans limite.