Les marchés : 8 600 points !

Les marchés avancent en ordre dispersé ce jeudi. À Paris, l'ambiance reste clairement positive : le CAC 40 franchit pour la première fois de son histoire le seuil des 8 600 points et inscrit un nouveau record absolu à 8 642 points en séance. L'indice est porté par une salve de résultats d'entreprises bien accueillis et par un apaisement relatif des craintes autour de l'intelligence artificielle.

Engie s'envole de plus de 7% après l'annonce d'une acquisition majeure au Royaume-Uni et le relèvement de ses perspectives. Schneider Electric confirme sa dynamique avec des ventes en forte croissance et une marge en amélioration, tandis qu'AXA (+1,6%) et Bouygues (+2,3%) progressent également après leurs publications.

À Wall Street, le ton est plus nuancé. Le Nasdaq recule de 1,2%, pénalisé par Nvidia (-4%), dont les prévisions n'ont pas totalement convaincu malgré une croissance spectaculaire du chiffre d'affaires et des bénéfices. Le message du marché est clair : même des résultats impressionnants ne suffisent plus si les investisseurs doutent de la soutenabilité du cycle de l'IA. En revanche, certaines valeurs logicielles comme Snowflake (+4%) tirent leur épingle du jeu, preuve que la rotation sectorielle se poursuit au sein même de la tech.

Sur le front géopolitique, le pétrole progresse de 2% après la reprise des discussions entre Washington et Téhéran sur le nucléaire iranien. Les États-Unis maintiennent la pression avec de nouvelles sanctions, tout en laissant la porte ouverte à une solution diplomatique. Les prochaines heures pourraient être décisives.

Les valeurs : Engie, Schneider Electric, Worldline

Engie a fortement impressionné les marchés en annonçant le rachat du distributeur d'électricité britannique UK Power Networks pour environ 18 milliards d'euros, la plus grosse acquisition de son histoire. Cette opération, combinée à des résultats annuels meilleurs que prévu, a fait bondir l'action en tête du CAC 40 ce jeudi : +7,23% à 29,53 euros.

Grâce à ce rachat, le groupe va se renforcer dans les activités liées aux réseaux électriques, qui offrent des revenus plus stables et plus prévisibles que ses activités historiques, notamment dans le gaz. UK Power Networks gère un immense réseau qui alimente Londres et une grande partie du sud-est de l'Angleterre, avec 8,5 millions de clients. Pour financer l'opération, Engie va s'endetter, émettre de nouvelles actions et vendre certains actifs.

L'entreprise estime que cette acquisition augmentera nettement ses bénéfices dans les prochaines années et lui permet déjà de relever ses objectifs financiers pour 2026 et 2027. Même si certains bureaux d'études jugent le prix élevé, beaucoup considèrent que c'est un choix stratégique majeur : il améliore la qualité et la visibilité des revenus, réduit les risques liés aux fluctuations des marchés de l'énergie et offre un important potentiel de croissance, notamment avec le développement des centres de données et l'électrification de l'économie au Royaume-Uni. En résumé, Engie se transforme en misant davantage sur des infrastructures électriques stables et rentables à long terme, ce qui rassure les investisseurs. Son action s'est envolée de plus de 46% en 2026, et gagne déjà 32% cette année.

Schneider Electric a terminé 2025 sur une très bonne note, après une période plutôt décevante en Bourse. L'entreprise profite pleinement de l'essor de l'intelligence artificielle, car elle fournit des équipements indispensables aux centres de données, comme les systèmes électriques, de refroidissement ou d'alimentation. La demande pour ces infrastructures a fortement augmenté en fin d'année, surtout en Amérique du Nord mais aussi en Europe et en Asie, ce qui a permis au groupe d'atteindre un chiffre d'affaires trimestriel record (11,09 milliards d'euros). Sur l'ensemble de l'année, la croissance a été plus forte que prévu et les profits ont bien progressé. La rentabilité s'améliore également, et la génération de trésorerie a été solide.

Même si le résultat net recule de 2% sur un an, à 4,16 milliards d'euros, et que le dividende est un peu inférieur à certaines attentes (4,20 euros), les résultats sont globalement très positifs. En Bourse, l'action a d'ailleurs nettement monté après l'annonce : +3,00% à 273,90 euros.

Pour 2026, Schneider Electric prévoit une nouvelle hausse de son activité et de ses marges, avec des objectifs jugés crédibles par le marché. Les centres de données devraient rester le principal moteur de croissance, devant l'industrie et les infrastructures, tandis que le secteur du bâtiment commence à se redresser. Au final, le groupe apparaît comme une valeur solide, bien positionnée pour bénéficier durablement de la croissance liée à l'intelligence artificielle. Après -2,5% en 2025, l'action gagne environ 17% depuis le 1er janvier.

L'action Worldline s'envole de 12,92% à 1,63 euros, en tête du SBF 120, après une publication annuelle sans mauvaise surprise. Le spécialiste des paiements affiche un excédent brut d'exploitation de 841 millions d'euros, conforme à ses objectifs, pour un chiffre d'affaires de 4,5 milliards d'euros, en repli de 2,4%. Malgré une lourde perte liée à d'importantes dépréciations comptables, le marché retient surtout l'atteinte d'objectifs commerciaux et la confirmation d'un plan de redressement.

Surtout, la direction met en avant un recentrage stratégique avec des cessions en cours, dont celle des activités en Inde, et une réduction d'environ 30% des effectifs. Pour 2026, la croissance devrait être modeste, comprise entre 1% et 4%, avec une rentabilité en retrait et un flux de trésorerie toujours négatif. Pour Worldline, c'est une année de transition. Mais le groupe assure que les bases d'une entreprise plus solide sont désormais posées, un message que le marché entend saluer à court terme. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 4% (après -81% en 2025 !).

Le monde d'après : le nouveau géant boursier

La Bourse de Séoul signe un spectaculaire retour en grâce. Porté par l'essor de l'intelligence artificielle et de la robotique, l'indice boursier local, le Kospi, bondit de près de 50% depuis le début de l'année, après +75% l'an dernier. Cette envolée propulse la capitalisation totale du marché coréen à 3 760 milliards de dollars, devant Paris et ses 3 690 milliards. Un symbole fort pour une place longtemps pénalisée par l'incertitude politique et la « décote coréenne » liée à la gouvernance des grands conglomérats familiaux.

Le contexte a radicalement changé. L'élection du président Lee Jae-myung et ses promesses de réformes favorables au marché ont dissipé une partie du risque politique. Surtout, la dynamique sectorielle joue à plein. Samsung Electronics (+82% depuis janvier), SK Hynix (+69%) ou encore les constructeurs Hyundai (+105%) et Kia (+69%) profitent du supercycle des puces mémoire et des investissements massifs dans l'IA. La pénurie de composants pour les centres de données alimente clairement la flambée des marges et soutient les cours de Bourse.

Pour les stratégistes, la Corée du Sud incarne désormais l'un des visages les plus intéressants du boom mondial de l'intelligence artificielle. Tant que les dépenses technologiques restent élevées, en particulier aux États-Unis, et que la tension sur les puces perdure, le marché coréen devrait conserver ses atouts. Reste à savoir si la décote historique sera définitivement gommée cette année ou si cette renaissance peut encore durer. Affaire à suivre !

Demain à la Une : négociations USA / Iran

Quel est le programme de la dernière séance de la semaine ? Côté économie, on attend les chiffres d'inflation en France et en Allemagne. La croissance française du quatrième trimestre sera également révisée. Du côté des entreprises, Vallourec publiera ses résultats annuels.

Sur le front géopolitique, de nouvelles négociations entre Américains et Iraniens doivent reprendre cet après-midi. Cette troisième session de pourparlers indirects en Suisse pourrait influencer les marchés dès demain, selon son issue attendue dans les prochaines heures...

Le lexique : Les turbos

Les turbos sont des produits dérivés à effet de levier qui permettent d'amplifier les variations d'un actif sous-jacent (action, indice, matière première, etc.), à la hausse ou à la baisse. Ils possèdent une barrière désactivante : si cette barrière est atteinte, le turbo est automatiquement désactivé et perd tout ou partie de sa valeur. Ils s'adressent donc aux investisseurs avertis.