Les marchés : de record en record

Les marchés boursiers sont hésitants en cette fin de mois de février. À Paris, le CAC 40 clôture en baisse de 0,47%, à 8 581 points, après une succession de records historiques ces derniers jours. Sur la semaine, le CAC signe une performance de 0,77%. +5,6% sur le mois. Pas mal !

Mais globalement, les investisseurs préfèrent rester prudents face aux nombreux sujets d'actualité, notamment les tensions géopolitiques et les pourparlers entre l'Iran et les États-Unis. Les résultats des entreprises influencent aussi la tendance : certaines actions reculent après des perspectives jugées décevantes par le marché, comme Saint-Gobain (-0,7%) ou Teleperformance (-3,6%), à l'inverse de Biomérieux (+3,7%) dont les résultats sont globalement bons.

Les valeurs : Téléperformance, Saint-Gobain, Cegedim

Téléperformance cède 3,56% à 51,48€ après une publication annuelle qui ne rassure pas le marché, déjà très sceptique sur les acteurs de la relation client, jugés vulnérables face à l'essor de l'intelligence artificielle. Si les résultats de 2025 sont globalement en ligne avec les attentes, le quatrième trimestre a légèrement déçu, avec un recul organique du chiffre d'affaires de 0,6%, là où le marché attendait une légère hausse. La faiblesse persistante des activités spécialisées entretient aussi les doutes. Sur l'ensemble de l'exercice, le chiffre d'affaires recule de 0,7% à 10,3 milliards d'euros, pour une marge opérationnelle ramenée à 14,6%.

Le vrai point noir reste toutefois la trésorerie. Le spécialiste de la relation client externalisée vise un flux de trésorerie de 800 à 850 millions d'euros en 2026, en baisse sur un an, notamment à cause d'effets de change défavorables. Dans un dossier où les investisseurs réclament de la visibilité, ce signal l'emporte sur le reste. La nomination de Jorge Amar, expert reconnu de l'IA, au poste de directeur général à partir de mi-mars, marque bien une volonté d'accélérer la transformation du groupe, mais elle ne suffit pas encore à dissiper les inquiétudes sur la croissance, le cash et les perspectives du secteur. Depuis le début de l'année, le titre cède 16%.

Saint-Gobain Le groupe de matériaux de construction abandonne 0,71% à 86,24€ après une publication correcte, mais sans l'élan suffisant pour rassurer le marché sur 2026. En 2025, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros, en léger repli de 0,2%, pénalisé par une activité toujours difficile en Amérique du Nord. Si les prix ont soutenu l'activité, les volumes restent mal orientés, en baisse de 1,3% sur l'année, avec une dégradation marquée au quatrième trimestre sur le continent américain.

Mais la sanction boursière vient surtout des perspectives de 2026 ! La direction vise une marge d'exploitation supérieure à 15%, un objectif inférieur aux attentes du consensus, qui tablait plutôt sur 15,8%. Le groupe a en outre prévenu que le premier semestre serait affecté par des conditions météorologiques défavorables en Europe et en Amérique du Nord, ce qui alimente la crainte de révisions en baisse des prévisions. Dans un contexte où les investisseurs sont déjà attentifs au ralentissement du marché immobilier américain, ce discours prudent l'emporte sur des résultats pourtant solides, d'où le repli du titre en Bourse. Depuis le début de l'année, Saint-Gobain perd environ 1% à la Bourse de Paris.

Cegedim Le marché ne pardonne pas ! Cegedim chute de 9,32% à 10,70€, fragilisé par une fuite de données. Son logiciel MonLogicielMedical.com, utilisé par environ 3 800 médecins en France, a été attaqué fin 2025, provoquant une fuite massive de données administratives de patients. Selon les informations relayées par les autorités et les médias, jusqu'à 15 millions de dossiers pourraient être concernés. Le groupe précise que les dossiers médicaux sont restés intègres, mais reconnaît la compromission de données dont des noms, coordonnées et commentaires administratifs.

Au-delà de l'aspect technique, le risque réputationnel et réglementaire pèse sur le dossier. Saisie de la CNIL, enquête judiciaire et exigences du ministère de la Santé alimentent l'incertitude. Malgré les commentaires du groupe, la fuite de données fragilise la confiance et explique la correction du titre en Bourse. Décidément, la France vit une période très difficile en matière de cyberattaques... Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME cède un peu plus de 21%.

Le monde d'après : Netflix gagne en renonçant

Netflix rassure Wall Street en renonçant à racheter Warner Bros Discovery. Pourtant favori, le groupe de streaming a confirmé qu'il ne s'alignerait pas sur l'offre relevée de Paramount à 31$ par action, jugeant l'opération non créatrice de valeur pour ses actionnaires. À ce prix, Warner est valorisé autour des 110 milliards de dollars. Une décision saluée par le marché : le titre bondit d'environ 8% à New York, mettant fin à plusieurs mois d'incertitudes qui avaient pesé sur l'action, en repli de près de 40% depuis les premières rumeurs de rapprochement. Pour Netflix, la discipline financière prime. Au prix exigé pour surenchérir, le risque de surpayer un actif complexe à intégrer entre studios, chaînes télévisées et plateforme HBO Max, devenait trop élevé. En prime, le groupe percevra 2,8 milliards de dollars d'indemnités de rupture, renforçant sa trésorerie. La direction a d'ores et déjà annoncé la reprise des rachats d'actions, signal clair envoyé aux investisseurs sur la priorité donnée à la création de valeur organique (voir lexique). Certes, l'abandon prive Netflix d'un catalogue prestigieux et qui aurait consolidé sa domination dans la guerre du streaming. Mais le marché préfère voir le groupe se concentrer sur ses fondamentaux : pouvoir de fixation des prix, marges solides et capacité d'exécution. En évitant une coûteuse bataille d'enchères, Netflix gagne en flexibilité financière et rassure les investisseurs, désormais plus attentifs à la rentabilité qu'à la croissance à tout prix.

Le lexique : Valeur organique

La valeur organique désigne la croissance réelle d'une entreprise issue de son activité propre, sans tenir compte des effets liés aux acquisitions, aux cessions ou aux variations de change. Autrement dit, elle mesure la progression “naturelle” du chiffre d'affaires ou des bénéfices grâce au développement des ventes, à l'innovation, aux gains de parts de marché ou à l'amélioration des prix. Pour l'investisseur, c'est un indicateur précieux car il permet de savoir si une société crée de la richesse par elle-même, de façon durable, et non simplement en rachetant d'autres entreprises. On parle aussi de “croissance organique”.