En un an, de décembre 2020 à décembre 2021, les prix ont augmenté de 2,8% selon l'Insee. Au plus haut depuis septembre 2008 ! L'inflation pèse par définition sur le pouvoir d'achat... Mais cet indicateur a aussi de nombreuses conséquences automatiques ou indirectes. Tour d'horizon.

Les perdants de l'inflation

Un cercle infernal. Les prix augmentent... poussant de fait l'indice des prix à la consommation (IPC) à un niveau inédit depuis 2008, à 2,8% en décembre comme en novembre 2021... hausse qui provoque d'autres mauvaises surprises.

Propriétaires. La sentence était connue dès la mi-décembre : depuis 2018, la valeur locative cadastrale, c'est-à-dire le loyer théorique que pourrait appliquer un propriétaire s'il mettait en location son logement, et qui sert de base au calcul de la taxe foncière est revalorisée chaque année en fonction de l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) du mois de novembre. L'an passé, cette base a ainsi été quasi inchangée, avec un IPCH de 0,2%. Mais la donne change cette année : l'IPCH de novembre 2021 est de 3,4% ! Sollicitée par MoneyVox, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) confirme que « le taux de revalorisation est bien de 3,4% pour 2022 ». Autrement dit : sauf improbable baisse décidée au niveau local, la taxe foncière risque de grimper de minimum de 3,4%, puisque la base de la formule de calcul augmente de 3,4%. Une hausse à laquelle peut s'ajouter une augmentation communale ou départementale, même si cette hausse annoncée pourrait freiner les ardeurs de communes tentées d'augmenter encore plus fortement cet impôt local. A noter : d'autres impôts locaux – tels que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères – sont calculés sur cette même base et subiront donc une même augmentation de 3,4% minimum.

Certains locataires. Attention casse-tête : l'indice de référence des loyers (IRL) est calculé sur la base d'une moyenne de l'inflation des 12 derniers mois, hors tabac et hors loyer. Ainsi, au 4ème trimestre 2021, l'IRL remonte en flèche à 1,61% contre 0,83% au trimestre précédent. Or, les propriétaires bailleurs peuvent revaloriser leur loyer réclamé à leurs locataires chaque année au premier trimestre sur la base de cet indice de référence : « Si une clause du bail le prévoit, le loyer peut être révisé une fois par an, à la date indiquée au bail ou, à défaut, à la date anniversaire du bail », détaille l'agence du logement (Anil).

Les « gagnants » de l'inflation

Les gagnants de l'inflation ? Disons les « gagnants » de l'inflation, entre guillemets ! Car toute revalorisation annuelle proche de l'inflation ne fait que compenser la hausse des prix... Autrement dit, vous y perdez moins que d'autres. A part si vous augmentez votre salaire de 5% en 2022, difficile de parler de gagnants... Il n'empêche, certaines hausses automatiques sont plus conséquentes que les autres.

Certains salariés. Le salaire minimum n'augmente certes que de 0,9% au 1er janvier 2022 mais cette hausse automatique est consécutive à une autre augmentation automatique du Smic, au 1er octobre 2021, de 2,2%. S'il n'a fait l'objet d'aucun « coup de pouce » du gouvernement, en profitant de deux hausses automatiques, le Smic suit le rythme de la hausse des prix. Entraînant dans son sillage les salaires dont la convention collective ou l'accord de groupe prévoit une revalorisation automatique à chaque hausse du Smic. Le Smic brut mensuel est désormais de 1 603,13 euros, et le Smic net de 1 269 euros.

Salaire : quelle augmentation devez-vous réclamer face aux 2,8% d'inflation ?

Détenteurs ou futurs détenteurs de LEP. Face à un Livret A rémunéré à 1%, des livrets bancaires proches de zéro ou des fonds en euros de l'assurance vie qui passent petit à petit sous la barre de 1%, le Livret d'épargne populaire (LEP) va faire office de quasi anomalie dans le paysage de l'épargne sans risque. La nouvelle formule de calcul de son taux lui confère le rôle de rempart à l'inflation pour les 15 millions d'épargnants modestes qui y ont accès. Avec un rendement net de tout impôt de 2,2%, il remplit quasiment ce rôle.

LEP à 2,2% : avez-vous droit à ce super livret sans le savoir ?

Des hausses à confirmer...

RSA. Le revenu de solidarité active est revalorisé chaque année au 1er avril, en fonction de l'inflation. Mais attention : il prend en compte la moyenne de l'IPC sur les 12 derniers mois, arrêtée en février. De quoi modérer la hausse. Celle-ci devrait tout de même s'approcher des 2% puisque l'IPC a démarré son net rebond en mars dernier.

Allocations familiales et autres prestations familiales. AAH, Aspa, allocations familiales, pensions d'invalidité, prime d'activité... Toutes ces prestations sont, comme le RSA, réévaluées chaque année en fonction de l'inflation, au 1er avril.

APL. Une autre incidence de l'inflation... Les allocations personnalisées au logement sont – sauf en cas de gel décidé par le gouvernement comme en 2018 – réévaluées sur la base de l'indice de référence des loyers, évoqué plus haut, qui intègre lui-même l'inflation. Les APL devraient donc été réévaluées à la hausse au 1er octobre prochain, sur la base de l'IRL du 2ème trimestre 2022, et de façon plus franche qu'en octobre dernier (+0,42%).

Tarifs des péages d'autoroute. Les sociétés concessionnaires peuvent augmenter leurs tarifs sur la base de l'inflation, au 1er février. L'AFP a pu consulter courant décembre un document remis au ministère de la Transition écologique proposant une hausse de 2,05% sur le réseau Autoroutes du Sud de la France, et de 2,05% sur le réseau APRR.

Les « faux gagnants »

Des revalorisations, certes, mais dont les formules de calcul sont telles que la hausse ne permet pas de suivre le franc rebond de l'inflation. En raison de moyennes sur plusieurs mois provoquant une forte inertie, ou à cause d'une formule s'arrêtant quelques mois en amont, avant l'accélération de l'inflation.

Retraités. La pension de base est revalorisée de 1,1% au 1er janvier 2022, la faute à un calcul faisant la moyenne des IPC des 12 derniers mois (1), à fin octobre 2021. Ce même taux de 1,1% s'applique aussi à de nombreux régimes de retraite complémentaires : artisans, commerçants, agents non titulaires de la fonction publique...

Bénéficiaires du minimum vieillesse. L'ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), pendant du RSA à l'âge de la retraite, suit le même rythme de revalorisation (1) que les pensions de retraite de base : 1,1%.

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Foyers imposés. Les seuils du barème de l'impôt 2022, qui s'appliquera aux revenus 2021, pour l'impôt à payer en 2022, augmentent de 1,4%. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Un peu des deux... Une hausse des seuils du barème est plutôt une bonne nouvelle pour les contribuables, puisqu'une augmentation des seuils recule le niveau de revenus à partir duquel vous êtes imposé. Mais la hausse des prix (2,8%) va cette année deux fois plus vite que cette revalorisation du barème de 1,4%, la faute à une inflation retenue datant de quelques mois... Bref : le barème n'augmente pas assez vite pour suivre l'inflation et ce sera in fine plutôt défavorable aux ménages imposés.

Retraités touchant une rente viagère. Les rentes versées par l'assureur à l'âge de la retraite peuvent être revalorisées chaque année en fonction de l'inflation. Mais tout dépend de votre contrat.

Détenteurs de Livrets A. Certes, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a opté pour l'option « coup de pouce » : la formule de calcul, qui mixe inflation et un taux interbancaire (€ster) conduisait à un taux de 0,8%. Le Livret A passera à 1% en février 2022. Cela reste tout de même loin de l'inflation, à la différence du LEP.

Livret A : le rendement réel toujours largement négatif malgré le doublement du taux

Transport, énergie, alimentation... Les prix qui ont flambé en 2021

Comme l'explique le chef du département conjoncture de l'Insee, Julien Pouget, l'envolée de l'inflation est principalement due à la hausse des prix de l'énergie.

Le détail de l'analyse de l'Insee permet toutefois de relever quelques mouvements surprenants entre décembre 2020 et décembre 2021, conséquences de la crise sanitaire : +21% sur les fruits surgelés, +50% sur le gaz naturel et le gaz de ville, + 21% sur le gazole, mais -4,9% sur le matériel de nettoyage ou -3,9% sur les produits et appareils médicaux.

(1) Revalorisation prévue à l'article L161-25 du Code de la Sécurité sociale.