A « situation dexception », en reprenant les termes dEmmanuel Macron, mesures dexception. Lexécutif a fait voter dimanche son plan de bataille pour lutter contre lépidémie de coronavirus et en limiter les conséquences économiques. Larticle 11 de cette loi dite « durgence », promulguée ce mardi au Journal officiel, est essentiellement dédié aux mesures daide pour les entreprises afin quelles puissent adapter leur organisation durant le confinement.
Mercredi, 24 ordonnances, notamment celles qui concernent le droit du travail, seront soumises au Conseil des ministres pour préciser ce que la loi durgence permet aux employeurs. Une chose est sûre, s'ils ont recours à ces dispositions, les salariés concernés vont voir leur quotidien un peu plus chamboulé encore.
Congés imposés unilatéralement par lemployeur
Ceux qui n'avaient pas prévu de poser des congés payés durant les prochaines semaines pourraient ainsi être contraints d'en prendre. En effet, à condition davoir obtenu un accord dentreprise ou de branche, lemployeur peut « imposer » ou « modifier les dates de prise dune partie des congés payés ».
Concrètement, les entreprises qui subissent actuellement une baisse conséquente de leur activité peuvent imposer aux salariés de prendre des congés payés durant cette période, ce, « en dérogeant aux délais de prévenance », en principe dun mois (hors accord dentreprise ou de branche spécifique). Toutefois, ces « vacances » imposées ne peuvent dépasser 6 jours ouvrables. Et seuls sont concernés les congés qui devaient être liquidés avant le 31 mai prochain. De même, la prise de jours de réduction du temps de travail (RTT) et autres jours de repos et de récupération peut aussi être modifiée ou imposée « unilatéralement » par lemployeur.
Mais ce n'est pas tout. Pour les employés des « entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique », la loi durgence autorise lemployeur à déroger à la règle du « repos hebdomadaire » et du « repos dominical ». Ces salariés pourront également dépasser les 35 heures hebdomadaires. Actuellement, il n'est pas permis de travailler plus de 44 heures hebdomadaires en moyenne sur 12 semaines consécutives. Ce seuil pourra être porté à 46 heures, comme le rapporte l'AFP qui cite le ministère du Travail. La durée maximale hebdomadaire, fixée à 48 heures, pourra quant à elle être portée jusqu'à 60 heures. Ces dispositions particulières peuvent concerner les salariés de « l'alimentation, de la production de matériel médical », a expliqué la semaine dernière la ministre du Travail Muriel Pénicaud.
Prime Macron : des règles assouplies...
« Nous suspendrons, pour les entreprises de moins de 250 salariés, lobligation davoir un accord dintéressement pour qu'elles puissent verser une prime sans charges et sans impôts jusquà 1000 euros afin de récompenser les salariés qui se rendent sur leur lieu de travail », a officialisé ce mardi le ministre de lEconomie Bruno Le Maire.
Il vient ainsi clarifier lune des mesures durgence qui introduisait, sans plus de précision, la possibilité de « modifier la date limite et les conditions de versement de la prime exceptionnelle de pouvoir dachat ». Il sagit de la fameuse prime Macron instaurée en réponse à la crise des Gilets Jaunes fin 2018. Dores et déjà, la plupart des entreprises de la grande distribution, dont Auchan, Intermarché, Système U, Leclerc, Lidl ou encore Carrefour, ont annoncé le versement d'une prime de 1 000 euros à leurs salariés.
... Idem pour le versement de l'épargne salariale
Les règles du jeu concernant le versement de lintéressement ou de la participation sont aussi modifiées. La loi prévoit en effet « de modifier [...] les dates limites et les modalités » de leur versement. Daprès Les Echos, qui a eu connaissance des ordonnances précisant l'application de la loi durgence, la date limite est repoussée au 31 décembre 2020.
Chômage partiel ouvert, allocation chômage prolongée
Lextension du chômage partiel est lune des premières mesures prises par lexécutif, avant même la présentation et le vote de la loi durgence. En moins dune semaine, le nombre dentreprises en ayant fait la demande a presque doublé, passant de 21 000 le 19 mars dernier à 37 000 aujourdhui, daprès le chiffrage communiqué ce mardi par le ministère du Travail. Et pour cause, la loi précise que « toutes les entreprises quelle que soit leur taille » peuvent y prétendre.
Outre le recours facilité au chômage partiel pour les entreprises dont le chiffre d'affaires connaît une forte baisse, ce dispositif intègre aussi un dédommagement accru pour les entreprises qui doivent verser à leur salarié 84% de leur rémunération (100% s'ils sont au SMIC).
Pour les chômeurs en fin de droits, la loi adoptée dimanche ouvre également la possibilité « dadapter, à titre exceptionnel, les modalités de détermination des durées dattribution des revenus de remplacement ». En clair, daprès les ordonnances consultées par Les Echos, les personnes ayant épuisé leurs droits le 12 mars vont continuer à recevoir leur allocation chômage le temps du confinement. Il en va de même pour lallocation de solidarité spécifique, versée sous conditions après lépuisement des droits au chômage, ou encore lallocation réservée aux travailleurs indépendants (dont les intermittents du spectacle).
Voir également : Les mesures de Pôle emploi pour les chômeurs avec le confinement
Sagissant des bénéficiaires de minimas sociaux - RSA notamment -, là encore, la loi rend exceptionnellement possible la « prolongation des droits » durant lépidémie.
Lire aussi : Impôts, salaire, logement... Ces aides pour les particuliers face à la crise du Covid-19
Davantage denfants de soignants chez les assistants maternels
« Afin de permettre aux parents dont lactivité professionnelle est maintenue sur leur lieu de travail de pouvoir faire garder leurs enfants dans le contexte de fermeture des structures daccueil », les assistants maternels vont pouvoir « à titre exceptionnel et temporaire » accueillir plus denfants.
Actuellement, hors dérogation, le nombre d'enfants accueillis simultanément par nounou est plafonné à 4. En pratique, daprès Les Echos, les assistants maternels pourront désormais garder jusqu'à 6 enfants afin de prendre en charge ceux des « personnels prioritaires et indispensables à la vie des Français ».




















