« Une formidable opportunité de moderniser notre rapport à la rémunération », vante le ministère du Travail. Cet objectif s'est fait attendre, puisque comme la plupart des pays européens - Italie, Grèce, Slovaquie, Lituanie et Malte exceptées - la France avait raté en juin le délai officiel pour inscrire en droit français le texte voté par les 27 en 2023.
Mais après de longues consultations sur fond de fronde patronale européenne, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, avait, à la date butoir, annoncé transmettre un projet de loi au Conseil d'Etat, défendant un « équilibre entre les positions » des uns et des autres.
Le projet de loi final qui sera présenté à 14h en conseil des ministres est « extrêmement proche », d'après le ministère, du projet initial que l'AFP avait pu consulter en juin. Selon celui-ci, les entreprises devront déclarer régulièrement des informations sur les niveaux de rémunération pour un même travail ou un travail de valeur égale, ventilés par sexe, et publier une fourchette de salaires dans leurs offres d'emploi.
Long chemin parlementaire
Dans le privé comme dans le public, les employeurs devront faire ces déclarations avec des modalités et un calendrier différents selon leur taille et par catégorie d'emploi à partir de certains seuils. Mais « personne n'aura accès à aucune information individuelle », insiste le ministère.
En cas d'écart trop important non justifié, les entreprises devront engager des mesures rectificatives, mais sans sanction. En revanche, des pénalités financières pourront être décidées si les informations ne sont pas publiées.
Si l'écart s'est réduit depuis les années 1990, en France, le salaire moyen des femmes dans le privé reste encore inférieur de 22% à celui des hommes selon l'Insee (2024), en partie car elles travaillent plus souvent à temps partiel. Cependant, même à temps de travail égal, l'écart est encore de 14%. Pour le même emploi dans le même établissement, il est toujours de 3,6%. Pour les fonctionnaires, ces écarts sont de 10% dans l'ensemble, 8% à temps de travail égal et 2% à emploi comparable.
Selon un sondage Ifop pour le gouvernement, 70% des Français considèrent que les entreprises ne sont pas transparentes sur les salaires et 29% de ceux qui travaillent estiment avoir déjà été victime de discrimination salariale, avec davantage de femmes concernées que d'hommes.
Après le conseil des ministres, le texte suivra un long chemin parlementaire, avec un passage dans l'agenda parlementaire très étroit d'ici à l'élection présidentielle. L'Assemblée nationale reprendra ses travaux d'octobre à février, avec un agenda déjà bien rempli par la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles et surtout les discussions budgétaires.
Texte « imbuvable », « monstre de complexité »...
La bataille parlementaire s'annonce âpre, car syndicats et patronat espèrent chacun pouvoir influer sur le texte final.
Côté syndicats, plusieurs points font l'objet de vigilance : les seuils à partir desquels les entreprises sont concernées, le nombre de salariés nécessaires par catégorie ouvrant à comparaison, les décisions prises par décret et le rôle des représentants du personnel. « Le texte est imbuvable, pas du tout opérationnel », critique Myriam Lebkiri, référente sur les questions d'égalité femmes-hommes à la CGT, pour qui « on ne peut pas transposer une directive plus mal que ce qui est prévu ».
Le texte doit s'appliquer aux entreprises à partir de 50 salariés, comme c'est le cas pour l'actuel index de l'égalité professionnelle dit Pénicaud. Le patronat s'y oppose, car le texte européen évoque le volontariat jusqu'à 100 salariés.
Dénonçant un « monstre de complexité », le Medef « plaide pour que de futurs débats modifient le texte dans le sens d'une plus grande simplicité », quand le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) a appelé jeudi à « la suspension de la procédure de transposition », dénonçant « un surcoût hors de portée » pour les entreprises françaises.
Le patronat « fait un procès en usine à gaz à cette disposition, parce qu'en fait, ils ne veulent pas de transparence », a récemment accusé la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, reçue par l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis).

















