Précarité étudiante
Depuis septembre 2020, les restaurants universitaires servent des repas à un euro à tous les étudiants boursiers et à ceux qui ont des « difficultés financières », rappelle le site des Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous). Les autres étudiants paient 3,30 euros.
Ce dispositif s'inscrit dans un contexte de précarité étudiante, sur laquelle les syndicats étudiants alertent régulièrement.
La nourriture constitue la « principale variable d'ajustement » du budget des étudiants, selon une enquête de l'Union étudiante publiée début janvier - fondée sur un questionnaire auquel 5.282 étudiants ont répondu à l'automne 2025. 48% ont déjà renoncé à se nourrir pour des raisons financières, 23% y renoncent plusieurs fois par mois.
En 2024, environ 667.000 étudiants bénéficiaient du repas à 1 euro, soit une hausse de 5,3 % par rapport à 2023, selon le dernier rapport d'activité du Crous. Quelque 46,7 millions de repas à 1 euro et 3,30 euros ont été servis (+8,2 % par rapport à 2023).
Une généralisation pendant le Covid-19
Le repas à 1 euro avait été provisoirement élargi à tous les étudiants en 2021, pendant la pandémie de Covid-19. Puis avait été retirée, au grand dam des organisations étudiantes.
En janvier 2023, l'Assemblée nationale avait rejeté d'extrême justesse un texte des députés socialistes proposant l'accès à des repas à un euro pour tous les étudiants, une mesure alors évaluée à 90 millions d'euros.
Le texte, soutenu par toute la gauche, avait reçu l'appui des députés du Rassemblement national. Les députés macronistes avaient eux combattu une mesure jugée « injuste », insistant sur le fait qu'elle aurait bénéficié aussi à des étudiants de milieux aisés.
En janvier 2025, une proposition de loi socialiste similaire a cette fois-ci été approuvée à une écrasante majorité, la majorité des macronistes s'abstenant malgré leurs réticences. Le texte a été transmis au Sénat, mais n'a pas été examiné à ce jour.
Une revendication des organisations étudiantes
Vendredi, Sébastien Lecornu a promis que « pour tous les étudiants, le repas à 1 euro au restaurant universitaire sera une réalité à compter du mois de mai ».
« En tant que première organisation étudiante, on ne peut que se réjouir de cette annonce, c'est quelque chose qu'on demandait depuis des années », a réagi auprès de l'AFP Louise Lenglin, vice-présidente de l'association étudiante Fage.
« Mais ce n'est pas une réforme systématique », a-t-elle regretté, plaidant pour « des bourses à la hauteur, basée sur les revenus réels des étudiants ».
Selon elle, la promesse « a pour but d'occulter un projet de loi de finances qui reste austère pour les jeunes et ne va pas résoudre la précarité étudiante ».
Du côté du syndicat étudiant l'Unef, on craint des « effets d'annonce ». « On va voir si l'argent est réellement mis sur la table », a tempéré Salomé Hocquard, vice-présidente. « Il faut des investissements dans le bâti et dans le personnel sinon les Crous ne vont pas suivre. Les étudiants attendent ça pour pouvoir vivre dignement ».
L'Union étudiante salue une « victoire » mais refuse que cette mesure serve « à faire accepter un budget austéritaire et raciste ».
« Passer à un euro le repas pour tout le monde, c'est toujours un truc en plus mais c'est pas forcément essentiel car on a déjà un super tarif », a estimé Madeleine Pascal, 19 ans, étudiante en classe préparatoire à Paris. Non boursière, elle déjeune au Crous tous les jours, soit un budget d'environ 66 euros par mois.

























