Le plan d'épargne retraite n'est qu'une enveloppe fiscale ! Le « produit financier » à l'intérieur peut ressembler à s'y méprendre à une assurance vie... ou à un compte titres. Un détail d'importance avant de choisir !

Vous voulez ouvrir un plan d'épargne retraite (PER) ? Avant toute autre réflexion, la première question à vous poser est de savoir si ce placement a un intérêt pour vous, fiscalement parlant. En bref, le PER a un avantage massue pour les ménages imposables : ce que vous y versez chaque année est déduit de votre revenu annuel déclaré au fisc. En revanche, si vous n'êtes pas ou peu imposable, ce produit n'est pas nécessairement le plus intéressant... Pour cette première question, et pour savoir combien vous pouvez déduire fin 2021, les réponses sont sur votre dernier avis d'imposition, rubrique « plafond épargne retraite ».

Plan d'épargne retraite : les 3 questions à vous poser avant d'investir

Passée cette première étape cruciale, la deuxième question est de savoir quel PER choisir. A l'image du palmarès des PER publié l'an passé par MoneyVox, sont habituellement comparés les fonds disponibles, les frais, la qualité du conseil ou des gestionnaires, etc. Mais saviez-vous que coexistent deux grandes familles de PER parmi les plans « individuels », commercialisés par les banques, courtiers, fintechs ou assureurs ? D'un côté, le « PER assurance », de l'autre le « PER bancaire » aussi appelé le « PER compte titres ».

PER assurance : un contrat... d'assurance vie « retraite »

L'immense majorité des PER commercialisés aux particuliers sont des PER assurance. En forçant le trait : une assurance vie enveloppée dans un plan d'épargne retraite. Fiscalement parlant, il s'agit d'un PER, bloqué jusqu'à la retraite sauf cas de déblocage anticipé (achat de résidence principale, accident de la vie, etc.), avec une déduction fiscale à l'entrée, etc. Autant de différences avec l'assurance vie.

Mais, financièrement parlant, les PER assurance disposent d'un fonds en euros, l'historique support star de l'assurance vie, et de fonds en unités de compte (UC).

PER bancaire : un compte titres... orienté « retraite »

Les « PER bancaires » ou plus précisément les « PER compte titres » partagent les atouts fiscaux du PER assurance. Mais, d'un point de vue financier, il s'agit d'un produit différent. Zéro fonds en euros disponible. Pas de fonds en UC non plus mais il ne s'agit que d'une distinction juridique : vous y retrouvez le même type de support, des fonds d'investissement (OPCVM, SCPI, etc.), lesquels peuvent potentiellement être plus variés puisque vous pouvez théoriquement investir sur des actions en direct.

A la différence des PER assurance, gérés par des assureurs, les PER bancaires sont gérés par des gestionnaires d'actifs. Une grande banque peut proposer l'un comme l'autre : c'est le cas du Crédit Agricole qui propose un PER géré par sa filiale d'assurance (Predica) et un autre géré par sa filiale Crédit Agricole Titres. Une exception ! Toutes les autres banques proposent uniquement un PER assurance.

Simple différence technique... et grosse différence de frais

Le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), entité liée à la Banque de France mêlant associations de consommateurs et d'épargnants, banques ou assureurs, a publié un premier rapport cinglant sur les PER, « jeune » placement lancé à l'automne 2019. Le niveau de frais, en particulier sur les PER assurance, y est pointé du doigt dans ce rapport signé par le présidente du comité, Corinne Dromer, et qui n'engage pas tous les membres du CCSF.

Frais moyens des PER individuels
Type de fraisMoyenne
Frais sur versement3,18%
Frais de gestion du fonds en euros0,87%
Frais de gestion des supports en UC0,85%
Frais d'arbitrage0,72%

Source : CCSF.
Moyennes calculée sur la base du panel de 34 PER individuels « assurance ».

Plan épargne retraite : les frais qu'il faut réussir à comparer

C'est sur la base de ce rapport que le ministre de l'Économie Bruno Le Maire s'est basé pour évoquer un « succès extraordinaire » - près de 4 millions de PER, dont la moitié de PER individuels - au moment de souffler la 2ème bougie de cette réforme de l'épargne retraite. Succès assombri par la tarification pratiquée par les établissements financiers : « Je considère que les acteurs du marché prélèvent trop de frais. » Bercy planche déjà sur l'une des propositions de la présidente du CCSF : une affichage des frais totaux prélevés sur le contrat.

Les banques et assureurs devront faire des efforts de transparence et baisser les frais... mais Corinne Dromer regrette aussi le trop faible nombre de PER compte titres. Pourquoi ? Car, à ce jour, ces PER affichent des frais nettement plus faibles que les plans « assurance » ! Jugez plutôt le relevé du rapport du CCSF : 0% de frais sur versement, 0% de frais d'arbitrage, évidemment pas de frais de gestion du fonds en euros (support non disponible), et une facturation divergente pour les frais annuels de gestion mais bien plus faible que sur les PER assurance.

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Pourquoi si peu de PER bancaires sont-ils disponibles ?

Problème : seuls deux PER compte titres sont actuellement disponibles sur le marché du PER individuel, alors que le CCSF a pu scruter pas moins de 34 PER assurance. Les deux PER bancaires étudiés sont gérés par Crédit Agricole Titres, l'un étant commercialisé directement par la banque, l'autre par la fintech Yomoni. Cette dernière affiche des frais de gestion de seulement 0,3% !

Dans son rapport, la présidente du CCSF souligne aussi l'existence de PER assurance à frais réduits, en premier lieu sur internet. Or les courtiers web ne sont pas agréés pour vendre du PER compte titres : « Il faut noter que les courtiers ne peuvent pas distribuer de produit bancaire et donc de PER compte titres, seuls les conseillers en investissements financiers (CIF) sont habilités mais il semble qu'à ce jour, aucune offre de PER compte titres individuel ne soit disponible pour les CIF. »

Corinne Dromer compte sur les courtiers web et sur le PER compte titres pour bousculer le marché et faire baisser les frais : « Il sera intéressant de voir si les offres qui affichent des niveaux de frais bien plus bas vont constituer une incitation à plus de concurrence sur le marché des nouveaux PER. À cet égard, l'émergence d'une offre de PER en compte titres d'un grand réseau bancaire pourrait y contribuer. »

Autre rapport, publié début octobre par deux sénateurs de la commission des finances cette fois, et même regret d'un trop faible développement du PER compte titres : « Dans le déploiement des PER, ce sont ceux sous forme de contrat d'assurance vie qui ont conquis le marché, au détriment des PER sous forme de compte titres et ouverts auprès d'un gestionnaire d'actifs. (...) Pourtant, les PER compte titres ont aussi des atouts à faire valoir auprès des épargnants, dont la diversification des supports d'investissement et des frais moins élevés. »

La faille du PER bancaire : la transmission de patrimoine

Le PER compte titres a pour lui des frais réduits, mais il ne dispose pas du fonds en euros... et il affiche un atout en moins, rayon succession : en cas de décès, un PER assurance bénéficie de la même exonération de droits de succession que l'assurance vie si le décès survient avant les 70 ans de l'épargnant (abattement de 152 500 euros). Alors qu'un PER compte titres n'offre aucun avantage en cas de décès : l'épargne retraite du défunt intègre entièrement la succession.

PER bancaire VS assurance : résumé du match

Frais : avantage PER bancaire... mais il existe trop peu de PER bancaires pour effectuer une véritable comparaison tarifaire entre les deux familles.

Fonds disponibles : avantage PER assurance, grâce à la présence du fonds en euros. Même si ce support aux rendements actuellement très faibles n'est pas un support conseillé pour un horizon aussi lointain que la retraite.

Performances : match nul... faute d'historique suffisant sur les deux familles de PER.

Fiscalité : match nul pour l'imposition à l'entrée et à la sortie (à la retraite) entre les deux familles de PER. Les avantages sont les mêmes.

Succession : avantage PER assurance sur ce seul aspect fiscal. En cas de décès avant les 70 ans de l'assuré, le PER assurance profite du même abattement que l'assurance vie.

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