Le sujet était sur la table depuis plusieurs années, il a désormais de bonnes chances de se concrétiser. Le jeudi 12 mars dernier, l'Elysée a annoncé que le Fonds d'épargne serait mis à contribution pour financer six nouveaux réacteurs nucléaires EPR de 2e génération, un projet à près de 73 milliards d'euros.
Le Fonds d'épargne ? Il s'agit du « pot commun », géré par la Caisse des Dépôts, le bras financier de l'Etat, dans lequel se déverse environ 60% de l'argent collecté sur les Livrets A, les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS) et les Livrets d'épargne populaire (LEP). Un argent utilisé ensuite pour financer la construction et la rénovation des logements sociaux, mais aussi des projets d'intérêt général portés par les collectivités locales. Fin 2024, dernier chiffre disponible, ce Fonds d'épargne centralisait plus de 440 milliards d'euros.
Logement social, PME, nucléaire... A quoi sert l'argent du Livret A, du LDDS et du LEP ?
Le nucléaire sert-il l'intérêt général ? A cette question, la Présidence de la République répond oui. Ce n'est pas le cas, en revanche, de tous les Français. Un sondage réalisé par notre partenaire YouGov France (1) indique que 48% des personnes interrogées sont assez ou très défavorables au projet de financer les nouveaux réacteurs nucléaires avec l'argent des livrets réglementés. Le camp favorable à cette idée est réduit à 34%, tandis que 18% des sondés ne savent pas trancher.
A la même question déjà posée en février 2023 par YouGov France pour MoneyVox, le rapport de force était inversé : 45% des sondés y étaient favorables, 38% défavorables.
Le financement du nucléaire avec l'argent du Livret A divise les Français
« Il y a une crainte que l'Etat se serve »
A cette défiance renforcée, toutefois, ne correspond pas nécessairement un regain d'hostilité à l'égard de l'énergie nucléaire. « Une partie de la population y est effectivement défavorable, mais elle reste minoritaire », note l'économiste Philippe Crevel. « En revanche, Les Français sont généralement hostiles à l'idée même du fléchage de leur épargne », poursuit le directeur du Cercle de l'Epargne. « Il y a une crainte que l'Etat se serve et leur “pique“ leur argent. Même si, dans les faits, il n'y a aucun risque sur cette épargne, garantie par l'État, et sur le taux de rémunération, qui n'a rien à voir avec le financement du nucléaire. »
Début 2025, la perspective de faire appel à l'épargne populaire pour financer certains programmes de défense avait rencontré une défiance encore plus forte, avec seulement 19% de sondés favorables.
Les Français refusent que l'argent de leur Livret A finance la défense
Il existe, par ailleurs, sur le sujet, une nette différence entre les hommes et les femmes. Les premiers sont majoritairement favorables à cette perspective (47%, contre 39% défavorables), alors que les femmes y sont nettement défavorables (55%, contre 22% favorables). Un écart qui s'explique par la moindre adhésion, déjà observée, des femmes au nucléaire. Dans un sondage réalisé par l'Ifop en septembre 2022, seules 56% des femmes étaient favorables à la construction de nouvelles centrales, contre 75% des hommes (2).
Un risque de décollecte ?
Comment réagiraient les Français concernés si la volonté élyséenne de mettre le Fonds d'épargne à contribution pour financer le nucléaire se concrétisait ? Cela pousserait une majorité d'entre eux (44%) à modifier leurs habitudes : 18% des sondés laisseraient leur argent sur les livrets réglementés, mais cesseraient d'y effectuer des dépôts. Surtout, 26% iraient encore plus loin en retirant leur argent déjà placé. A l'inverse, 39% ne changeraient rien à leurs habitudes et continueraient d'y épargner.
Il existerait donc bien un risque de décollecte, alors que le Livret A, le LDDS et le LEP sortent déjà d'une année 2025 difficile.
Livret A : pourquoi il a fini 2025 dans le rouge pour la première fois en 10 ans
Priorité aux alternatives sécurisées
A celles et ceux qui décideraient de ne plus faire confiance aux livrets réglementés, une question se poserait : où placer mon épargne de précaution ? 30% des sondés ne savent pas répondre à cette question.
Sans surprise, la majorité des autres (55%) privilégieraient des placements sécurisés, présentant une totale garantie du capital. Le placement star du moment tout d'abord : 35% des déçus du Livret A opteraient ainsi pour les fonds euros de l'assurance vie. 25% flécheraient leur épargne vers un livret bancaire ordinaire, le produit le plus proche du Livret A (garantie du capital, disponibilité immédiate des fonds) ou vers un compte à terme, également sécurisé.
Pour 39% des sondés, ce retrait constituerait une opportunité de flécher tout ou partie de leur épargne vers des produits plus risqués : des unités de compte (15%), des produits boursiers (12%), mais aussi des placements alternatifs à fort risque de volatilité, comme les cryptomonnaies, l'or ou les matières premières.
(1) Etude réalisée en ligne par YouGov pour MoneyVox, du 20 au 23 mars 2026, auprès d'un échantillon de 1 056 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus. (2) Source : Ifop, Les Français et le nucléaire : adhésion et traits d'image.

















