Les Français sont massivement favorables à l'idée de taxer les plus hauts revenus pour financer la relance de l'économie après la crise sanitaire. Par contre, hors de question de toucher à l'épargne accumulée depuis un an.

Faut-il s'inquiéter de la dette publique qui augmente en période de crise sanitaire ? Est-elle un danger immédiat ou plutôt à moyen terme pour les générations futures ? 31% des Français interrogés par OpinionWay (1), dans le cadre d'un sondage, pour Les Echos se disent « très inquiets ». Le total des « inquiets » grimpe même à 73%. Pourtant, une part importante des sondés souhaite une hausse des budgets de la Santé (68%), de la Recherche (58%), de la Police (44%) de l’Education nationale (42%), de la Justice (41%). Comment faire pour les financer ? En taxant les plus hauts revenus pour 72% des Français.

En février dernier, l’ancien patron de la SNCF Louis Gallois avait proposé la création d’un « impôt temporaire de solidarité » sur les plus hauts revenus, afin de financer l’aide aux Français les plus touchés par la crise, notamment les jeunes.

Bezos et Piketty sur la même longueur d'onde ?

Début avril, un expert du Fonds monétaire international (FMI), était favorable à un impôt supplémentaire pour faire preuve de solidarité avec ceux qui ont été les plus durement touchés par la pandémie. « Les pays […] peuvent envisager de prélever des contributions temporaires au recouvrement du Covid-19 en complément des taux les plus élevés de l'impôt sur le revenu des particuliers », indique le rapport, cité par Les Echos.

Aux Etats-Unis, le patron d'Amazon, Jeff Bezos, a récemment assuré qu'il soutenait l'idée d'une hausse des impôts sur les sociétés quand l'économiste français Thomas Piketty défend depuis le début de la crise sanitaire « un effort aux plus aisés » pour relancer l'économie et faire face à une « énorme augmentation de l'endettement public » .

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Interrogé par France Inter mercredi, le ministre de l'Intérieur, et ex du Budget, Gérald Darmanin, a évacué un nouvel impôt : « Nous ne reviendrons pas sur l’ISF ... On ne va pas changer la politique fiscale toutes les semaines » . Si rien ne devrait bouger d'ici la fin du mandat d'Emmanuel Macron, le sujet de la taxation des plus riches risque bien d'alimenter la campagne présidentielle à venir.

Dans un entretien accordé au Point début avril, la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann, ex membre du PS et désormais proche du PCF, explique que de retour au pouvoir, « nous augmenterons les impôts, mais pour les riches. Je suis pour le retour de l'ISF et je pense aussi qu'il faut réfléchir à la question de la transmission des héritages importants ». L'été dernier, la Fondation Jean Jaurès, un laboratoire d'idées proche du Parti socialiste, publiait un « Manifeste pour une imposition plus simple et plus équitable » incluant plusieurs mesures susceptibles de renforcer l'imposition des plus hauts revenus. A n'en pas douter, les propositions politiques à ce sujet devraient se multiplier dans les mois à venir.

Taxer l'épargne ?

En revanche, dans l'étude publiée par Les Echos, les sondés sont très hostiles à un impôt exceptionnel sur l’épargne. Seuls 20% sont favorables. « Dans un contexte encore marqué par les restrictions sanitaires, les ménages sont toujours en mode épargne forcée ce dont bénéficie le Livret A, estime Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne. « Par ailleurs comme le soulignent les enquêtes de l'Insee, les Français estiment qu'il est opportun d'épargner par précaution compte tenu des incertitudes sanitaires et économiques ». En mars, le Livret A a enregistré une collecte record, avec 2,8 milliards d'euros engrangés, selon les chiffres publiés mercredi par la Caisse des dépôts.

(1) Echantillon de 1001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. Les interviews ont été réalisées les 14 et 15 avril 2021