« Une situation improbable qui reviendrait à segmenter les activités hors et à domicile ! » Voici comment Marie Béatrice Levaux, présidente de la Fédération des particuliers employeurs de France (Fepem), a qualifié la décision récente du Conseil dÉtat, rendue le 30 novembre mais médiatisée fin janvier.
Rembobinons : ladministration fiscale commente la loi dans le Bulletin officiel des finances publiques (Bofip-impôts), afin dapporter un degré de précision supplémentaire au code général des impôts. Dans le Bofip, en 2017, Bercy a intégré les « prestations extérieures comprises dans une offre globale » demploi à domicile dans le champ des dépenses donnant droit au crédit dimpôt de 50%. Par exemple : un accompagnement pour une « activité périscolaire (gymnase, ludothèque, visite du zoo, etc.) », un transport école/domicile, le transport dune personne âgée par son employé à domicile, etc. Problème : le Conseil dÉtat a cassé ce commentaire du Bofip. Résultat : ces services risquaient dêtre exclus du crédit dimpôt, dès cette année, pour la déclaration des revenus 2020.
Plus dinfos : Crédit dimpôt emploi à domicile : les services qui sont désormais exclus
Une situation très mal accueillie à la Fepem, qui avait choisi de sabstenir de réagir publiquement, en privilégiant « une position dattente » avant que Bercy ne clarifie sa position. « Vais-je devoir segmenter un contrat de travail demploi à domicile pour les trajets à lécole ? Ou pour aller faire les courses ? », a demandé Marie Béatrice Levaux, ce matin lors dune visioconférence, au ministre délégué chargé des Comptes publics Olivier Dussopt, la présidente de la Fepem ajoutant que « près de 5 millions de personnes » touchant ce crédit dimpôt demandent à être rassurés
En 2021 : une circulaire pour éviter tout changement
Le locataire de Bercy a immédiatement éteint le début dincendie : « Cette décision du Conseil dÉtat naura aucune conséquence, ni pour les particuliers employeurs, ni pour les salariés », a affirmé Olivier Dussopt lors de cette visioconférence organisée par la Fepem.
Comment Bercy peut ainsi saffranchir dune décision du Conseil dÉtat ? En sappuyant sur une circulaire (1) datant davril 2019, qui reprend elle aussi cette doctrine intégrant certains services rendus hors du domicile dans le cadre dun contrat demploi à domicile. Olivier Dussopt a souligné que le Conseil dÉtat na cassé quun commentaire fiscal, dans le Bofip-Impôts, or, « le poids juridique dune circulaire est plus important » que celui dun commentaire fiscal.
Conséquence, comme Bercy la réaffirmé dans la foulée de cette visioconférence dans un communiqué : « Pour limposition des revenus de lannée 2020 et jusquà nouvel ordre, aucune des activités qui y étaient auparavant éligibles nest exclue du champ du crédit dimpôt. Continuent ainsi à ouvrir droit au bénéfice du crédit dimpôt les dépenses engagées au titre des services à la personne mentionnés à larticle D. 7131-1 du code du travail réalisés pour partie en dehors du domicile, sous réserve quils soient compris dans une offre globale de services. »
En 2022 : une mesure inscrite dans la loi
Léquilibre réglementaire de cette doctrine fiscale reste toutefois bien précaire Ce quOlivier Dussopt a reconnu implicitement : « Nous allons regarder sil est nécessaire de sécuriser et ce sera probablement nécessaire ce dispositif via un projet de loi de finances ou via un projet de loi de financement de la Sécurité sociale. » Sous-entendu : ce sujet a de grandes chances de sinviter au menu du projet de loi de finances pour 2022.
Position que le communiqué de Bercy est là encore venu confirmer : « Le gouvernement proposera au Parlement, si nécessaire, des aménagements ultérieurs aux textes en vigueur afin de conforter la sécurité juridique des contribuables ainsi que des opérateurs concernés et de préserver ainsi la stabilité du cadre fiscal dont bénéficie le secteur des services à la personne. » Fin de la polémique ?
Des particuliers employeurs et prestataires de services soulagés
Cette clarification d'Olivier Dussopt a évidemment été accueillie favorablement par la présidente de la Fepem, Marie Béatrice Levaux, non sans rappeler l'importance de la « sécurisation » de cette décision dans la loi.
Par ailleurs, la Fédération du service aux particuliers (FESP), qui représente les entreprises prestataires de services (Acadomia, Anacours, Age d'Or Services, Babychou Services Complétude, Shiva, etc.), organisait elle aussi un séminaire ce matin. Olivier Dussopt y est aussi intervenu, de quoi « rassurer tous les professionnels et consommateurs utilisateurs de services à la personne » selon un communiqué de la FESP.
« Cette décision de bon sens est extrêmement positive en pleine crise sanitaire, car le portage de repas à domicile, le transport de personnes âgées vers les lieux de vaccination ou encore laccompagnement des enfants à lécole sont plus que jamais essentiels », se félicite par ailleurs dans un communiqué Amir Reza-Tofighi, président de la Fédésap, autre fédération de services à la personne (Familles-Services, Moplyz, Fami'Dom, Maison & Services, Point d'Orge, etc.).
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