Le gouvernement s'est par exemple penché cet été sur un durcissement de la fiscalité de l'épargne salariale - une « des pistes qu'on regarde, comme d'autres », selon le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure le 7 septembre sur RTL - avant que Matignon n'écarte cette option.

« L'épargne est intéressante pour le politique parce qu'elle constitue une assiette fiscale qui est large, visible, et relativement facile à mobiliser », analyse Timothée Waxin, directeur de la faculté et enseignant-chercheur à l'école de commerce EMLV, à La Défense près de Paris.

Selon la Banque de France, les principaux placements des Français ont en effet atteint fin 2025 un niveau historiquement élevé dans le pays, à 6.590,5 milliards d'euros. Soit près de deux fois la dette publique française.

Ce montant est constitué pour près d'un tiers par de l'assurance vie, un produit d'épargne d'autant plus facilement dans le viseur des parlementaires qu'il a beaucoup enflé ces derniers trimestres et qu'il profite d'un régime fiscal avantageux.

Les plus-values réalisées après un certain nombre d'années sont en effet soumises à un taux inférieur à celui du prélèvement forfaitaire unique, ou « flat tax », qui s'applique par défaut aux revenus du capital, comme ceux issus des dividendes par exemple.

Certaines voix s'élèvent aussi pour une taxation progressive du patrimoine, afin de faire contribuer davantage les plus grandes fortunes. Outre la gauche qui réclame l'instauration d'une taxe Zucman, la Cour des comptes a proposé cette semaine une réforme intégrant une plus forte taxation des patrimoines les plus élevés.

« L'imposition du patrimoine est grevée de nombreuses dérogations qui la rendent au final dégressive pour les patrimoines les plus importants », met en avant la Cour.

« Grande transmission »

S'attaquer à l'épargne s'avère aussi tentant puisque « les marges de manœuvre sur les prélèvements qui portent sur le travail sont devenues très étroites », souligne M. Waxin. Mais attention à ne pas braquer l'opinion publique, très attachée à son bas de laine.

« Plus la poche d'épargne va être importante, plus son rendement budgétaire va être élevé », note M. Waxin. « Mais plus elle va être détenue par les ménages et plus son coût politique va être augmenté », prévient l'universitaire.c« C'est là tout l'arbitrage auquel vont être confrontés les décideurs politiques », conclut-il.

Il ne faudrait pas non plus froisser les assureurs, qui gèrent les contrats d'assurance vie : ils sont un allié de poids des finances publiques en achetant à tour de bras, pour le compte de leurs assurés, les titres de dette française.

Les initiatives de taxation peuvent également fleurir autour de l'épargne transmise d'une génération à l'autre, puisque là encore, les montants en jeu sont colossaux.

Le Conseil supérieur du notariat (CSN) estime à quelque 6.200 milliards d'euros le patrimoine qui pourrait être transmis en France entre 2025 et 2040, selon un rapport publié mardi.

Ce sont les années « de la grande transmission », liée au vieillissement et au décès des baby-boomers, qui auront alors 80 ans et plus.

« C'est le plus grand changement de richesse jamais réalisé en France, donc fatalement ça aiguise pas mal d'appétits », constate Guillaume Larmaraud, du cabinet de consultants Colombus consulting, « y compris du politique qui se dit « peut-être qu'il y a quelque chose à faire » » en matière de fiscalité.

Au risque de faire fuir le capital hors de France ? « Les modifications fiscales n'ont que peu orienté jusqu'à maintenant les grandes stratégies de nos clients », répond Vincent Etievant, ingénieur patrimonial chez Milleis Banque Privée.

Ce qui préoccupe certaines grandes fortunes de la Côte d'Azur qu'il conseille, c'est surtout le spectre d'une crise financière. « Ils ont peur de ce qu'il se passe, au niveau politique, économique », mais également « de ce qui va se passer l'année prochaine », raconte le banquier privé.