Les marchés
Le décrochage français
Ce soir, le CAC 40 cède 0,04% à 8 078 points, à l'équilibre sur la semaine, après six baisses hebdomadaires consécutives ? Depuis le 10 septembre, l'indice français fait du surplace, coincé entre 8 050 et 8 215 points. Les séances se suivent et se ressemblent : peu de volatilité, mais une pression persistante. À l'approche de l'élection présidentielle, les actions françaises paient clairement les inquiétudes autour de la gabegie financière et du manque de courage politique.
Quand on parle de manque de courage, on ne cible pas seulement le gouvernement actuel. Nous incluons plus largement les candidats à la présidentielle. Comme le veut l'adage : « On fait campagne en vers, mais on gouverne en prose. » Et c'est particulièrement vrai en France.
Et le décrochage fait mal. Depuis le début de l'année, le CAC recule désormais de 1%, quand l'Euro Stoxx 50 gagne 8,7%. Face à Wall Street, l'écart vire même au gouffre : +12,6% pour le S&P 500 et +16% pour le Nasdaq. En Bourse, la France ne baisse pas seulement, elle décroche ?
Et la sanction ne s'arrête pas aux actions. Sur le marché obligataire aussi, la France décroche. Le taux à 10 ans atteint désormais 4,7%, un sommet depuis 2008 et la crise des subprimes. Surtout, l'écart avec l'Allemagne grimpe à 1,1 point, là encore à un plus haut depuis de nombreuses années. La défiance envers la France se paie désormais au prix fort.
Maigre consolation, nous ne sommes pas les seuls à faire n'importe quoi avec les finances publiques. Le rendement américain à dix ans évolue toujours au-dessus de 5%, à des niveaux qui n'avaient plus été observés depuis près de vingt ans. Plus les taux sont élevés, plus le financement des entreprises coûte cher et plus les obligations sont des alternatives crédibles aux actions.
Un mot enfin de Wall Street, où les grands indices évoluent à l'équilibre dans les premières heures d'échanges. Le sommet Trump-Xi n'a pas vraiment changé la donne. Washington et Pékin ont prolongé leur trêve commerciale jusqu'au 10 janvier, évitant ainsi une nouvelle escalade immédiate. Mais aucune avancée décisive n'a été annoncée sur les principaux sujets de friction, notamment le commerce, les matières premières et l'intelligence artificielle. Bonne lecture à tous.
Les valeurs
Airbus
Airbus perd un peu d'altitude ce vendredi et recule de 1,02% à 192,40 ?. L'avionneur a identifié un défaut de qualité sur plusieurs centaines d'A321 Neo, susceptible de réduire la résistance à la corrosion d'une partie du fuselage. De quoi inquiéter les investisseurs, alors que le groupe cherche à accélérer la production de son modèle phare. Airbus se veut toutefois rassurant : la sécurité des vols n'est pas en cause, les appareils peuvent continuer à voler et une solution corrective est disponible.
En Bourse, le véritable enjeu concerne les livraisons d'appareils. Airbus maintient son objectif de 870 avions livrés en 2026, ainsi que ses prévisions de 7,5 milliards d'euros de résultat opérationnel et de 4,5 milliards d'euros de trésorerie générée. La banque d'investissement américaine Jefferies estime que le correctif devrait limiter les conséquences sur les livraisons prévues en 2026. Après plusieurs exercices perturbés par des difficultés d'approvisionnement, Airbus doit surtout éviter qu'un nouveau problème industriel ne ralentisse sa montée en cadence. Depuis le début de l'année, le titre cède désormais 3% (+28% en 2025).
Alten
Enfin une publication qui fait plaisir au marché ! Le groupe de conseil en ingénierie et technologies bondit de 7,70% à 76,25 ?, après avoir relevé pour la deuxième fois ses objectifs annuels. Au premier semestre, son résultat opérationnel progresse de 23,2%, à 187,3 millions d'euros, tandis que sa marge s'améliore nettement à 8,9%, contre 7,3% un an plus tôt.
Alten profite notamment d'une hausse de la demande dans l'aéronautique et la défense. Pour 2026, la direction vise désormais une croissance organique comprise entre 1,7% et 1,9%, contre 1,4% à 1,8% précédemment, et une marge d'environ 9,2%. La croissance reste modeste, mais la rentabilité se redresse beaucoup plus vite que prévu. Et c'est exactement ce que le marché récompense aujourd'hui. Avec la hausse du jour, le titre progresse de 4% depuis le début de l'année à la Bourse de Paris.
Le coin des smalls
D.A.T.E
D.A.T.E réussit ses premiers pas en Bourse. La PME française, fondée en 1979, fabrique des systèmes de refroidissement sur mesure pour des équipements sensibles : avions de chasse, sous-marins, radars, mais aussi centres de données et ordinateurs quantiques. Son premier grand client est Thales, avec lequel elle a signé un contrat-cadre de dix ans. D.A.T.E a levé 12,6 millions d'euros lors de son introduction en Bourse, une opération qui a suscité une demande 1,8 fois supérieure aux titres proposés. Pour sa première séance ce vendredi, l'action bondit de 11,05%, à 21,50 ?.
Derrière cet engouement, des ambitions de croissance considérables. L'entreprise éligible au PEA-PME a réalisé 3,8 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 et vise plus de 35 millions en 2030, soit une activité multipliée par plus de neuf en cinq ans. Le groupe compte notamment sur les besoins croissants de refroidissement dans la défense et les technologies de pointe. Les 12,6 millions levés en Bourse doivent lui permettre d'augmenter ses capacités de production et d'accélérer son développement international. Reste désormais à transformer ces perspectives en commandes, puis en chiffre d'affaires et en bénéfices !
Le secteur de la semaine
Cette semaine, les logiciels sont à l'honneur avec trois publications intéressantes chez nos éditeurs small caps. Witbe a confirmé son redressement opérationnel, avec un chiffre d'affaires en hausse de +10% au S1 2026 et surtout un EBITDA record de 1,6 M ?, contre une perte un an plus tôt. La marge atteint ainsi 18,7%, portée à la fois par la croissance de l'activité et par les importantes réductions de coûts engagées depuis 2024.
La recommandation du jour
Nouveau conseil de long terme !
L'IA a besoin de puces ? mais aussi de beaucoup d'électricité. Et derrière l'explosion des data centers, la modernisation des réseaux électriques et le développement des renouvelables se cache un marché beaucoup moins médiatisé : celui des câbles.
Cet après-midi, nous avons recommandé à la Communauté Bourse Privée un leader mondial européen, positionné au c ?ur de ces grandes tendances de long terme. L'entreprise profite à la fois de l'électrification de l'économie, des investissements massifs dans les réseaux et de l'essor des infrastructures liées à l'intelligence artificielle.
Sa croissance accélère, sa rentabilité progresse et sa direction vient encore de relever ses objectifs pour 2026. Après un récent repli du titre, nous estimons que le point d'entrée boursier redevient intéressant à long terme.
Le résultat du vendredi
Le low cost ne connaît pas la crise
Excellent thermomètre du consommateur américain, Costco continue d'afficher une croissance impressionnante. Sur le dernier trimestre, les ventes du géant de la distribution ont bondi de 11,2%, à 93,9 milliards de dollars. Les ventes réalisées via les canaux numériques progressent de près de 20%.
Le bénéfice net atteint 3 milliards de dollars, contre 2,61 milliards un an auparavant, soit 6,75$ par action. Ce chiffre bénéficie toutefois à hauteur de 0,15$ d'un élément exceptionnel lié à des remboursements de droits de douane. Sur l'ensemble de son exercice décalé, Costco a généré 297,2 milliards de dollars de ventes, en hausse de 10,1%.
Pourquoi une telle résistance malgré l'inflation ? Le modèle du groupe repose précisément sur des prix bas, des volumes importants et des abonnements qui fidélisent ses clients. Dans un environnement où les ménages surveillent plus que jamais leurs dépenses, Costco peut clairement gagner en attractivité.
Reste que la qualité du modèle est déjà largement reconnue en Bourse : les attentes sont très élevées et la moindre déception pourrait être sévèrement sanctionnée. En hausse de 2,7% ce vendredi, l'action Costco progresse désormais de près de 7% à Wall Street en 2026.
Le monde d'après
Le grand virage de Qualcomm
Qualcomm doit tourner une page importante. Le spécialiste américain des puces pour smartphones va progressivement perdre Apple, l'un de ses grands clients historiques, qui remplace ses composants par ses propres technologies. L'enjeu est considérable : environ 7 milliards de dollars de revenus annuels sont concernés, sur 44 milliards de chiffre d'affaires. Mais Qualcomm affirme pouvoir compenser cette perte dès 2027 grâce à de nouveaux moteurs de croissance.
Le premier se trouve dans l'automobile. Les voitures embarquent toujours plus de logiciels, d'écrans, de capteurs et de systèmes connectés, au point de devenir de véritables « smartphones sur roues ». Qualcomm veut profiter de cette transformation et ambitionne de devenir dès l'an prochain le premier fournisseur de puces pour l'automobile, devant NXP, Renesas ou STMicroelectronics. Le groupe vise déjà plus de 7 milliards de dollars de revenus dans cette activité en 2026.
Mais son plus gros pari se joue désormais dans l'intelligence artificielle. Qualcomm veut s'imposer dans les data centers, ces immenses centres de calcul indispensables aux modèles d'IA. Cette activité pourrait générer 15 milliards de dollars de revenus en 2029, portée notamment par des contrats avec Meta et Amazon Web Services
Capitalisé 215 milliards de dollars, le groupe mise également sur les objets connectés, les lunettes IA, les casques et les appareils portables, appelés à devenir de nouveaux points d'accès aux agents intelligents. À Wall Street, Qualcomm veut ainsi prouver qu'il peut dépasser son statut historique de fournisseur de puces pour smartphones et se repositionner sur l'ensemble de la chaîne de l'intelligence artificielle.
Qualcomm signe une hausse de 4% ce vendredi à 202$ (+20% en 2026). Comme Costco et de nombreuses autres actions, le géant américain est éligible à Meilleurtaux Liberté Vie.
Demain à la une
C'est votre argent exceptionnel
L'IA et l'économie mondiale.
Le spread France-Allemagne au plus haut.
Non, la guerre en Iran n'est pas la raison de notre déroute.
Où va la Bourse ?
Quel placement privilégier ?
Quelles actions acheter ou vendre ?
Avec nos Jedi de l'économie et de la finance réunis autour de Marc Fiorentino : Léa Dauphas de Tac Economics, Andrzej Kawalec de Moneta AM, Eric Lewin de Bourse Direct et le monumental Jean-Marc Daniel.
À ne pas manquer !
Sur BFM Business, ce soir à 20h et en replay samedi à 9h, et dimanche à 11h et 21h.
Et en podcasts sur toutes les grandes plateformes.
Le lexique
Le spread
Le spread OAT ?Bund mesure l'écart entre le taux auquel la France et l'Allemagne empruntent à 10 ans. Le Bund allemand servant de référence en zone euro, cet écart représente en quelque sorte la prime de risque exigée par les investisseurs pour prêter à la France. Plus le spread grimpe, plus leur confiance se dégrade. Autour de 80 points de base, le marché entre généralement dans une zone de vigilance. Actuellement, l'écart dépasse les 110 points, un sommet depuis 2012.
Concrètement, les investisseurs réclament une rémunération plus élevée pour financer la France. Si cette défiance persiste, elle renchérit progressivement le coût de la dette publique, réduit les marges de man ?uvre budgétaires et peut peser sur les banques, les entreprises françaises et leurs conditions de financement. Le spread est donc bien plus qu'un indicateur obligataire : c'est un véritable thermomètre de la confiance des marchés dans les finances françaises.










