Les marchés

La croissance rassure et inquiète

Les marchés hésitent ce mercredi. Le CAC 40 cède 0,39% à 8 123 points, tandis que Wall Street s'enfonce dans le rouge, avec des replis de 0,5% à 1% sur le S&P 500 et le Nasdaq. La séance avait pourtant bien commencé, portée par la poursuite du recul du pétrole. Mais le Brent est repassé au-dessus des 100$ le baril, rappelant à quel point la détente géopolitique au Moyen-Orient reste fragile.

Dans le même temps, l'économie européenne surprend par sa résistance. En France, l'activité du secteur privé renoue avec la croissance : l'indice PMI composite bondit à 51,2 en septembre, contre 48,5 en août, au plus haut depuis plus de deux ans. Dans la zone euro, il atteint 53,1, un sommet de 41 mois. Une bonne nouvelle pour la croissance, mais pas forcément pour les marchés : plus l'économie résiste, plus les banques centrales peuvent être tentées de maintenir des taux élevés. C'est tout le paradoxe actuel : une bonne nouvelle économique peut devenir une mauvaise nouvelle boursière.

À Wall Street, les regards se tournent déjà vers la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, prévue demain à Washington. Là aussi, l'activité a fortement accéléré en septembre : l'indice composite américain s'envole à 58,4 points, son plus haut niveau depuis plus de cinq ans. En parallèle, Trump évoque une réunion de trois heures « très bonne » avec des représentants iraniens et annonce de nouvelles négociations, sans pour autant dissiper les tensions. Mais comme souvent avec ses déclarations, les marchés attendent surtout les actes !

Les valeurs

BNP Paribas

BNP Paribas confirme ses ambitions. À l'occasion d'une conférence organisée par Bank of America, la première banque française a réaffirmé son objectif de faire progresser son bénéfice par action de plus de 10% par an entre 2025 et 2028. Pour y parvenir, elle entend poursuivre ses économies, simplifier son organisation et déployer davantage l'intelligence artificielle dans ses activités. La direction vise ainsi une amélioration de sa rentabilité, avec des coûts qui représenteraient moins de 56% de ses revenus en 2028, contre environ 60% aujourd'hui.

Et la banque prépare déjà l'après-2028. Ces gains d'efficacité devraient lui permettre de dégager davantage de bénéfices et d'augmenter les sommes reversées aux actionnaires. Son nouveau plan stratégique, attendu le 2 février 2027, précisera ses ambitions jusqu'en 2030. Après avoir longtemps souffert des inquiétudes liées à son litige au Soudan, BNP Paribas retrouve les faveurs des investisseurs grâce à l'amélioration de ses résultats et au renforcement de sa solidité financière. Malgré un repli de 1,09% à 100,20€ ce soir, le titre affiche une progression de plus de 24% depuis le début de l'année, contre environ 20% pour l'indice des banques européennes.

Canal +

Canal+ se retrouve au cœur d'un nouveau bras de fer fiscal. Dans le cadre du budget 2027, Bercy envisage de faire passer la TVA sur la télévision payante de 10% à 20%. Un coup dur potentiel pour le groupe, qui réalise environ 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France. La mesure pourrait lui coûter 200 millions d'euros par an, notamment parce qu'il ne pourrait pas répercuter immédiatement la hausse sur ses abonnés déjà engagés. Pour une offre à 29€, la facture pourrait augmenter de près de 3€ par mois. Mais la riposte pourrait dépasser la simple hausse des tarifs.

La direction envisagerait effectivement des suppressions de postes et pourrait revoir ses investissements dans le cinéma français, pourtant fixés à 980 millions d'euros sur cinq ans. Rien n'est encore décidé, la hausse de TVA reste un projet et ces mesures sont des scénarios envisagés par le groupe. Mais l'incertitude pèse déjà en Bourse : le titre perd 5,76% aujourd'hui, à 2,35£. Canal pourrait donc devoir choisir entre augmenter ses prix, absorber une partie de la taxe ou réduire ses dépenses. Rien n'est toutefois acté, la réforme devra encore franchir les étapes budgétaires avant une éventuelle application en 2027. Depuis le début de l'année, l'action Canal+ cède près de 12% à la Bourse de Londres.

Le coin des smalls

Semco Technologies

Encore peu connue du grand public, cette entreprise française fabrique des composants essentiels à la production des puces électroniques de nouvelle génération. Portée par l'essor de l'intelligence artificielle, Semco Technologies accélère ! Au premier semestre, son chiffre d'affaires grimpe de 19,6%, à 19,9 millions d'euros, tandis que son bénéfice net bondit de 39,3%, à 5,8 millions d'euros. Autrement dit, près de 30% de ses ventes se transforment en bénéfices. Une performance saluée en Bourse : le titre gagne 11,85% ce mercredi, à 48,60€.

Semco confirme ses ambitions pour 2028, avec plus de 55 millions d'euros de chiffre d'affaires attendus et une rentabilité toujours élevée. Pour répondre à la demande, le groupe prévoit d'agrandir fortement ses capacités de production dès 2027. Le bureau d'analyse TP ICAP Midcap estime même que les objectifs pourraient être atteints en avance et maintient son conseil d'achat, avec un objectif de 52€. Depuis le début de l'année, le titre s'envole de 73%.

Le secteur de la semaine

Shein et Temu lèvent le pied, le e-commerce français garde le rythme. Il conserve une dynamique solide en 2026, mais derrière la croissance du marché, les rapports de force commencent à évoluer. Selon la Fevad, la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, qui représente plus de 800 acteurs du secteur, les ventes en ligne ont atteint 52,2 Md€ au deuxième trimestre, en hausse de +8,5% sur un an. Sur l'ensemble du premier semestre, la progression ressort à +6,6%, un rythme proche des +7,1% enregistrés en 2025.

Nvidia, pas cher ?

Nvidia continue d'afficher une croissance spectaculaire, mais la Bourse valorise de moins en moins cher ses bénéfices. Le titre s'échange désormais autour de 17 fois les profits attendus sur douze mois, deux fois moins qu'à l'été 2025 et au plus bas depuis au moins dix ans. Un paradoxe alors que l'action gagne encore 21% en 2026 et que la première capitalisation mondiale pèse plus de 5 500 milliards de dollars.

Au dernier trimestre, ses revenus ont bondi de 106% et son bénéfice par action de 126%. Le groupe prévoit même une croissance supérieure à 70% pour son prochain exercice, contre environ 45% anticipés jusqu'ici par le marché. Mais les investisseurs doutent de la capacité de Nvidia à tenir durablement un tel rythme. La hausse du coût des puces mémoire devrait peser sur ses marges, tandis que plusieurs grands clients cherchent à développer leurs propres puces, devenant de facto de potentiels concurrents.

En face, la demande reste gigantesque. Nvidia pourrait générer près d'un milliard de dollars de trésorerie disponible par jour dès 2027. La Bourse ne remet donc pas en cause la puissance de Nvidia mais elle se demande surtout combien de temps le groupe pourra maintenir des niveaux de croissance et de rentabilité aussi exceptionnels.

Le monde d'après

Défense : nouvelle IPO ?

Sensofusion veut profiter de l'essor de la lutte anti-drones pour entrer en Bourse. L'entreprise finlandaise conçoit des systèmes de défense aérienne capables de repérer les drones hostiles, de suivre leur trajectoire, d'identifier la menace, puis de la neutraliser. Concrètement, ses solutions peuvent brouiller les fréquences radio utilisées pour piloter les drones, perturber leur navigation ou envoyer des drones intercepteurs pour les arrêter.

Ses produits Airfence 7 et Airfence Mini sont déjà utilisés dans plusieurs zones sensibles, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient, où les drones occupent une place croissante dans les combats. Le groupe prépare désormais une IPO à Helsinki avec l'objectif de lever environ 300 millions d'euros. Cette opération doit lui permettre d'accélérer sa croissance. Sensofusion compte en effet utiliser les fonds levés pour renforcer sa recherche et développement, augmenter ses capacités de production et consolider son bilan. L'entreprise pourrait être valorisée jusqu'à 1,3 milliard d'euros avant l'opération, soit plus du double de sa dernière valorisation connue.

Plusieurs investisseurs finlandais de référence, dont les caisses de retraite Elo, Ilmarinen et Varma, se sont déjà engagés à souscrire environ 170 millions d'euros d'actions. Le dossier arrive dans un contexte très favorable pour les technologies de défense. Au premier semestre, Sensofusion a plus que doublé son chiffre d'affaires, à près de 26 millions d'euros, tandis que son résultat opérationnel a également doublé, à 13,57 millions d'euros. Affaire à suivre !

Demain à la une

Prolongation de la trêve commerciale ?

Washington sera l'épicentre des marchés demain. Donald Trump recevra Xi Jinping à la Maison-Blanche pour un sommet sous haute surveillance. Commerce, droits de douane, intelligence artificielle et terres rares seront au cœur des négociations. Une avancée sur la trêve commerciale rassurerait les investisseurs. À l'inverse, un regain de tensions pourrait rapidement peser sur les actions, en particulier dans la technologie et l'industrie.

La séance sera également dense sur le front économique. En Europe, la France publiera ses indicateurs de confiance et l'Allemagne son très suivi indice Ifo du climat des affaires (voir lexique), avant une nouvelle décision de taux de la Banque nationale suisse. Aux États-Unis, les inscriptions au chômage et les ventes de logements neufs permettront de jauger la solidité de l'économie.

Le lexique

L'indice Ifo

L'indice Ifo du climat des affaires est l'un des principaux baromètres de l'économie allemande. Publié chaque mois par l'institut Ifo, il repose sur une enquête menée auprès de milliers d'entreprises, interrogées sur leur situation actuelle et leurs perspectives pour les prochains mois. Une hausse de l'indice traduit généralement une amélioration de la confiance des dirigeants, tandis qu'un recul signale un climat économique plus fragile.

Pour les investisseurs en Bourse, l'Ifo est particulièrement suivi car l'Allemagne est la première économie de la zone euro et un poids lourd industriel. Un chiffre meilleur que prévu peut soutenir les actions européennes, notamment les valeurs cycliques comme l'industrie ou l'automobile. À l'inverse, une forte dégradation peut raviver les craintes de ralentissement économique et peser sur les marchés.