Les marchés : Le duel des géants
Les marchés mondiaux évoluent dans le rouge. Le CAC 40 cède 0,52% à 8 081 points ce soir. Wall Street recule également, avec des pertes comprises entre 0,5% et 0,8% sur ses principaux indices. Tous les regards sont tournés vers Washington, où Donald Trump reçoit son homologue chinois Xi Jinping. Commerce, intelligence artificielle, terres rares, Ukraine, Moyen-Orient : les sujets ne manquent pas entre les deux premières puissances économiques mondiales. Les investisseurs espèrent notamment des avancées sur les relations commerciales et le conflit iranien, même si Téhéran a réaffirmé mercredi à l'ONU son refus de céder aux pressions américaines.
Sur le front économique, les dernières statistiques américaines compliquent encore l'équation pour la Fed. L'activité manufacturière a nettement accéléré, avec un indice passé de 53,9 à 57 points, son plus haut niveau depuis plus de quatre ans. Une bonne nouvelle pour la croissance, mais qui pourrait aussi conforter la Banque centrale dans sa volonté de maintenir des taux élevés pour lutter contre l'inflation. Les taux d'emprunt américains restent d'ailleurs proches de leurs sommets de 2007, malgré une légère détente ce jeudi. En Europe, l'indice Ifo du climat des affaires allemand surprend également à la hausse, atteignant son meilleur niveau depuis mai 2023.
Du côté des valeurs, Christian Dior se distingue avec une envolée de plus de 15%, portée par des informations selon lesquelles la famille Arnault étudierait une simplification de la structure capitalistique de LVMH. Le géant du luxe reste, lui, quasiment stable, on en reparle dans cette édition. Sur le reste du marché, la prudence domine. Entre des taux toujours élevés et des tensions géopolitiques persistantes, les investisseurs attendent surtout de voir si la rencontre entre Trump et Xi débouchera sur des avancées concrètes ? Affaire à suivre !
Les valeurs
Christian Dior s'envole de 15,28% à 421 euros après l'annonce d'une vaste simplification de la structure de contrôle de LVMH. La famille Arnault va fusionner Financière Agache, Agache et Christian Dior pour ne conserver qu'une seule holding cotée, rebaptisée Agache, qui détiendra 49,76% du capital et 65,55% des droits de vote de LVMH. Mais ce qui fait surtout bondir le titre, c'est l'offre publique visant les 2,44% de Christian Dior encore détenus par des actionnaires minoritaires.
Son prix sera fixé à 95% de l'actif net réévalué (voir lexique). Sur la base des cours du 23 septembre, cela aurait représenté 469,05 ? par action, soit une prime de 27,3%. Le timing est également favorable à la famille Arnault : LVMH chute 38% depuis le début de l'année et évolue sur un plus bas de six ans, ce qui réduit le coût de l'opération. L'action LVMH réagit à peine et clôture à l'équilibre ce soir, à 397,10 ?. Christian Dior signe désormais une baisse de 29% en 2026.
Paradoxe pour EssilorLuxottica. Le groupe dévoile aujourd'hui une nouvelle offensive spectaculaire dans les lunettes intelligentes avec Meta mais l'action cède 3,50% à 144,70 euros. Les deux partenaires ont présenté la troisième génération des Ray-Ban Meta, une nouvelle gamme de lunettes audio sans caméra et de nombreuses nouvelles fonctionnalités liées à l'intelligence artificielle. D'ici la fin de l'année, leur gamme doit dépasser 100 styles différents.
L'enjeu dépasse largement le simple gadget technologique. Meta et EssilorLuxottica cherchent à faire des lunettes l'un des prochains grands supports physiques de l'intelligence artificielle, avec assistants personnels, navigation ou fonctions audio directement accessibles devant les yeux. Le potentiel est considérable, mais le marché reste très exigeant : une innovation prometteuse ne garantit ni son adoption massive ni sa rentabilité immédiate. Depuis le début de l'année, l'action recule de 46%.
Le coin des smalls
Malgré la crise immobilière, Hexaom redresse nettement ses résultats. Au premier semestre, le constructeur de maisons individuelles voit son chiffre d'affaires progresser de 12,3%, à 343,9 millions d'euros, tandis que son bénéfice net bondit de 125%, à 12,6 millions d'euros. Les économies réalisées ces dernières années portent leurs fruits : le groupe gagne davantage sur chaque maison vendue. Il confirme ainsi son objectif de croissance de ses ventes d'environ 20% en 2026, avec une rentabilité supérieure à 5%. Pourtant, après avoir gagné plus de 4% en séance, le titre termine en baisse de 1,92%, à 20,40 euros. Depuis le début de l'année, il accuse un recul de 37%.
Ce qui inquiète les investisseurs, c'est surtout la suite. Les commandes de maisons individuelles ont reculé de 8,6% à fin août, signe que la reprise du marché immobilier reste fragile. Les contrats déjà signés devraient soutenir l'activité du groupe jusqu'à la fin de l'année, mais le ralentissement des nouvelles ventes pourrait peser sur ses résultats en 2027. Le groupe conserve néanmoins un atout important pour traverser cette période, 71 millions d'euros de trésorerie nette.
Le monde d'après : Le réveil allemand
L'économie allemande donne enfin des signes de reprise. Les cinq principaux instituts économiques du pays ont fortement relevé leurs prévisions de croissance pour 2026 : le PIB devrait progresser de 1,3%, contre 0,6% attendu il y a encore six mois. Pour la première économie européenne, cette révision est importante après plusieurs années de récession. Plusieurs moteurs expliquent ce rebond. Les exportations, la production industrielle et le climat des affaires se sont améliorés ces derniers mois.
Certains secteurs, comme la chimie, les produits pétroliers ou les équipements informatiques et électroniques, profitent d'une demande plus solide en zone euro, mais aussi du boom de l'intelligence artificielle et des centres de données. Sur le marché intérieur, les dépenses publiques jouent aussi un rôle clé : Berlin investit davantage dans la défense, les infrastructures, les écoles, les routes et les chemins de fer.
Cette amélioration reste toutefois fragile. La relance allemande repose en partie sur une hausse du déficit public, attendu à 4% du PIB cette année, puis 4,6% l'an prochain. Surtout, les faiblesses de fond n'ont pas disparu : l'investissement privé reste insuffisant et le vieillissement de la population pèse sur le potentiel de croissance. L'Allemagne reprend son souffle, mais ce redémarrage tient davantage du répit provisoire que d'une véritable transformation de son modèle économique.
Demain à la une : Retour aux fondamentaux
Au-delà de la prolongation de la trêve commerciale entre Trump et Xi, les marchés attendent désormais du concret. Droits de douane, intelligence artificielle, terres rares : ces dossiers resteront au c ?ur de l'attention demain et la semaine prochaine. Mais une fois le sommet passé, les investisseurs reviendront rapidement aux fondamentaux économiques.
Aux États-Unis, les commandes de biens durables donneront demain un nouvel aperçu de la dynamique de l'investissement, tandis que la confiance des consommateurs mesurée par l'Université du Michigan sera particulièrement surveillée après une première estimation en forte baisse, marquée par le retour des craintes inflationnistes.
Les résultats de Costco, publiés ce soir après la clôture de Wall Street, seront également décortiqués : le géant de la distribution est un excellent thermomètre de la consommation américaine. Enfin, deux sources de tension continueront de planer sur les marchés : des taux toujours très élevés et un pétrole qui reste particulièrement cher. À suivre !
Le lexique : L'actif net réévalué
L'actif net réévalué, ou ANR, correspond à la valeur estimée de ce qu'une entreprise possède, une fois ses dettes déduites. Il tient compte de la valeur actuelle de ses actifs, comme ses immeubles, ses participations ou sa trésorerie. Il est surtout utilisé pour analyser les holdings et les sociétés immobilières. Comparer l'ANR au cours de Bourse permet de voir si l'action se négocie en dessous ou au-dessus de cette valeur estimée. Mais l'ANR reste une simple estimation, car il dépend de la façon dont les actifs sont valorisés.










