Les marchés : le pétrole à 100$ !
Pas facile. Le CAC 40 gagne un petit 0,14% à 8 318 points ce mardi, freiné avant tout par la nouvelle poussée du pétrole. Le Brent frôle à nouveau les 100$ le baril, alors que les tensions au Moyen-Orient et les perturbations dans le détroit d'Ormuz continuent d'alimenter les craintes sur l'approvisionnement mondial. Vous connaissez la chanson par cur : une hausse du pétrole, c'est un risque inflationniste plus fort et une incitation pour les banques centrales à remonter leurs taux. En Europe, une nouvelle hausse des taux de la BCE dès jeudi est justement anticipée par les marchés. Aux États-Unis, Wall Street rouvre ses portes après un week-end prolongé : le Nasdaq et le S&P 500 reculent de 0,4% pour le moment.
Les investisseurs restent préoccupés par la combinaison d'un pétrole cher et de taux obligataires élevés. Ils attendent désormais les chiffres de l'inflation américaine vendredi. L'enjeu est central car une inflation persistante, renforcée par le choc énergétique, pourrait pousser les banques centrales à maintenir des taux élevés plus longtemps et continuer à peser sur les marchés actions, en particulier technologiques.
Au risque de mettre hors de lui Trump et de lui assurer une défaite aux midterms. En plus des tensions actuelles, le risque politique devrait en effet surgir dans les prochains jours, à mesure que les élections américaines de novembre approchent ! Mais c'est une autre histoire.
Les valeurs
Bic
Bic recule de 0,45% ce mardi à 66,60 euros, après la présentation de son nouveau plan stratégique à horizon 2030. Le fabricant de stylos, briquets et rasoirs veut renouer avec une croissance durable, mais surtout relever sa rentabilité. D'ici quatre ans, le groupe vise environ 3% de croissance annuelle des ventes, une marge supérieure à 15,5% et entre 900 et 950 millions d'euros de trésorerie générée sur la période 2027-2030. Bic prévoit également 80 millions d'euros d'économies annuelles à terme et entend continuer à augmenter progressivement son dividende.
Pour atteindre ces objectifs, le groupe mise notamment sur l'accélération de Tangle Teezer, sa marque de brosses à cheveux, tout en cherchant à relancer ses métiers historiques. Aux États-Unis, Bic identifie par exemple de nouveaux relais de croissance pour ses briquets, grâce à de nouveaux usages et circuits de distribution. Les analystes d'Alphavalue jugent les objectifs 2030 réalistes et favorables à la rentabilité future. Mais le marché veut désormais des preuves. Après plusieurs années difficiles, les investisseurs attendent de voir ce plan se traduire concrètement dans les résultats. Une prudence toute relative toutefois : depuis le début de l'année, l'action gagne déjà 29%.
Rubis
Ce soir, Rubis gagne 1,65% à 34,42 euros, porté par un premier semestre meilleur que prévu et, surtout, par le relèvement de ses objectifs annuels. Le spécialiste de la distribution d'énergies affiche un chiffre d'affaires en hausse de 18%, à 4,1 milliards d'euros, soutenu par une demande solide et la progression des volumes de ventes. Les bénéfices accélèrent également : le résultat net grimpe de 17%, à 191 millions d'euros.
Fort de cette dynamique, Rubis relève ses ambitions pour 2026. Le groupe vise désormais un résultat opérationnel compris entre 775 et 825 millions d'euros, contre 740 à 790 millions auparavant, et surtout au-dessus des attentes du marché. Une confiance saluée par les investisseurs, même si Rubis prévient que des prix du pétrole durablement élevés pourraient légèrement freiner la demande au second semestre. Le titre gagne désormais 7% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls : Rapid Nutrition
Vous ne connaissez probablement pas Rapid Nutrition. Cette petite société spécialisée dans les produits et services liés à la santé et au bien-être se fait pourtant remarquer en Bourse ce soir : le titre éligible au PEA-PME s'envole de 37,05% ce soir à 3,81 euros et porte sa hausse à 41% depuis le début de l'année. Le marché salue une accélération spectaculaire de son activité, avec un chiffre d'affaires en hausse de 227,5% au premier semestre et une marge brute qui progresse de 122,3% sur un an.
Cette croissance repose principalement sur ses activités historiques, puisque l'acquisition de cinq centres HealthShop+ en Australie n'a encore que très peu contribué aux résultats. Financée entièrement avec la trésorerie du groupe, sans émission de nouvelles actions, cette opération devrait surtout soutenir les prochains mois. La direction anticipe désormais un chiffre d'affaires record au second semestre 2026, porté par l'intégration de HealthShop+ et le développement de produits plus rentables.
Le monde d'après : le cuivre vaut de l'or
Le cuivre continue de grimper et atteint un nouveau record historique à la Bourse des métaux de Londres. La tonne s'échange autour de 14 500$, après avoir touché un sommet proche de 14 600$. Depuis le début de l'année, le métal rouge gagne environ 17%, et près de 50% sur douze mois. Cette envolée reflète une inquiétude simple : la demande progresse vite, mais l'offre peine à suivre.
Le cuivre est un métal essentiel pour l'industrie. Il est utilisé dans les réseaux électriques, les véhicules électriques, les centres de données liés à l'intelligence artificielle, les infrastructures de défense et la transition énergétique. Or, la production reste fragile. Au Chili, premier producteur mondial, la production aurait reculé de 9,4% sur un an, notamment à cause de conditions météorologiques défavorables. D'autres incidents miniers, notamment en Indonésie, ont aussi alimenté les tensions sur l'offre.
À cela s'ajoute la menace de nouveaux droits de douane aux États-Unis. Les opérateurs anticipent de possibles surtaxes sur le cuivre, ce qui pousse certains acteurs à sécuriser leurs stocks à l'avance. Les importations américaines de cuivre raffiné ont d'ailleurs atteint un niveau record en juillet, à 225 000 tonnes. Pour les marchés, cette hausse du cuivre confirme que la course à l'électrification, à l'IA et aux infrastructures critiques continue de faire monter le prix des matières premières stratégiques. Et ce n'est que le début.
Demain à la une : les portes des 100$
Ce mercredi devrait être une séance de transition, avec toujours la même équation pour les marchés : pétrole cher, inflation et taux d'intérêt. Le Brent reste aux portes des 100$ le baril, sur fond de fortes tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L'Agence américaine de l'énergie publiera ses nouvelles prévisions sur le marché pétrolier mondial, particulièrement attendues alors que les investisseurs cherchent à déterminer si la crise actuelle peut provoquer une nouvelle envolée durable des prix de l'énergie.
Mais l'essentiel se jouera surtout jeudi et vendredi. La Banque centrale européenne devrait relever ses taux de 0,25 point jeudi, avant les prix à la production américains le même jour, puis surtout l'inflation vendredi. Une nouvelle poussée des prix renforcerait encore le scénario d'une hausse des taux de la Fed la semaine prochaine. D'ici là, une adjudication (voir lexique) de 39 milliards de dollars de dette américaine à 10 ans constituera demain un test intéressant. Alors que les rendements restent sous pression, elle permettra de mesurer l'appétit des investisseurs pour les obligations américaines.
Le lexique : adjudication
Une adjudication est une vente organisée par enchères, souvent utilisée par un État pour emprunter de l'argent sur les marchés. Concrètement, le Trésor met en vente de nouvelles obligations et les investisseurs, principalement les banques et grands établissements financiers, indiquent le montant qu'ils souhaitent acheter et le rendement qu'ils exigent. Les offres les plus avantageuses pour l'émetteur sont servies en priorité. Une adjudication permet donc de déterminer à quel taux un État peut se financer à un instant donné.
Elle est très suivie par les marchés car une forte demande traduit généralement la confiance des investisseurs et peut faire baisser les rendements, tandis qu'une demande faible peut obliger l'État à offrir des taux plus élevés. Aux États-Unis, par exemple, les adjudications de bons du Trésor à 10 ans sont particulièrement surveillées car elles donnent une indication précieuse sur l'appétit des investisseurs pour la dette américaine.









