La claque Broadcom
On prend les mêmes et on recommence ! Ce soir, le CAC grappille 0,07% à 8 286 points. Le pétrole reste à des niveaux très élevés, reflet des fortes tensions géopolitiques. Le contexte est donc inchangé, mais on a tout de même l'impression qu'il s'aggrave un peu plus chaque jour en ce moment. La hausse du baril alimente bien sûr l'inflation et contribue à maintenir les taux obligataires à des niveaux inédits depuis la crise de 2008. En tout cas, pour ceux de long terme.
Le luxe pèse également sur l'indice français après une note de Bank of America évoquant un ralentissement de la demande au troisième trimestre. À l'inverse, Soitec bondit de 10,3% grâce à de meilleures perspectives commerciales. Publicis gagne 4,4%, porté par un important contrat avec PepsiCo. Et Voltalia chute de 17,7% suite à un avertissement sur ses résultats.
Wall Street évolue dans le vert cet après-midi (+1% sur le S&P 500, +1,4% sur le Nasdaq) malgré le recul de 6,6% de Broadcom. Le poids lourds des semi-conducteurs, capitalisé 1 750 milliards de dollars hier, a dévoilé des prévisions trimestrielles décevantes. Plus de 100 milliards de dollars de capi viennent ainsi de s'évaporer ça pique.
Les valeurs
Soitec
En tête du SBF 120, Soitec s'envole de 10,27% à 123,50 aujourd'hui et porte son incroyable progression à 422% depuis le début de l'année. Et pour cause, à peine plus d'un mois après avoir déjà relevé ses prévisions, le spécialiste français des matériaux pour semi-conducteurs remet ça. Pour son deuxième trimestre, Soitec anticipe désormais une croissance de son chiffre d'affaires d'environ 50% sur un an, contre un peu plus de 30% précédemment. La raison ? L'explosion de la demande pour ses composants destinés aux centres de données dédiés à l'intelligence artificielle, où les besoins pour faire circuler toujours plus vite d'immenses volumes de données s'envolent.
Cette activité liée à l'IA change désormais de dimension. Soitec prévoit qu'elle générera entre 250 et 300 millions d'euros de chiffre d'affaires sur l'ensemble de l'exercice, soit environ trois fois plus que l'an dernier et davantage que prévu par le marché. La demande est même suffisamment forte pour permettre au groupe de demander à certains de ses principaux clients de s'engager sur plusieurs années, avec des prix fixés à l'avance. Un atout majeur pour Soitec, qui gagne ainsi en visibilité sur ses futurs revenus. Après plusieurs années difficiles en Bourse, le groupe a vraiment trouvé dans l'IA un puissant et nouveau moteur de croissance.
Publicis
Publicis signe la deuxième meilleure performance du CAC 40 ce jeudi, avec un gain de 4,40% à 103,75. Le géant français de la publicité profite d'une nouvelle victoire commerciale majeure. Selon plusieurs médias, PepsiCo lui aurait confié l'intégralité de son budget publicitaire mondial, estimé à 1,7 milliard de dollars, au détriment de son concurrent américain Omnicom. Publicis travaillait déjà avec le groupe derrière Pepsi, Lay's ou Doritos dans plusieurs régions. Mais cette fois, le contrat change d'échelle et devient mondial. Une nouvelle démonstration de la capacité du leader français à gagner des parts de marché face aux autres géants de la publicité.
Cette victoire renforce aussi la confiance des banques et bureaux d'études. Bank of America estime que ce contrat pourrait apporter jusqu'à 1 point de croissance supplémentaire au chiffre d'affaires en 2027 et maintient sa recommandation à l'achat, avec un objectif de 113 (soit un potentiel de +10%). Publicis avait déjà remporté récemment plusieurs contrats importants, notamment auprès de Microsoft et Sanofi. Dans un secteur bouleversé par l'intelligence artificielle et l'évolution des habitudes publicitaires, le groupe continue donc de prendre l'avantage sur ses concurrents et d'enchaîner les gains de clients majeurs. Une dynamique qui se reflète en Bourse : le titre gagne désormais 16,5% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls
Voltalia
Coup de froid sur Voltalia, qui plonge de 17,69% à 5,35 ce soir après avoir revu ses ambitions à la baisse. Pourtant, l'activité du producteur d'énergies renouvelables accélère nettement : son chiffre d'affaires bondit de 30% au premier semestre, à 331 millions d'euros, tandis que ses performances opérationnelles s'améliorent. Mais tout se dégrade en bas des comptes. Voltalia accuse une perte nette de 43 millions d'euros, alors que le marché tablait sur un léger bénéfice. En cause : des projets devenus moins rentables, des coûts de réorganisation et plusieurs charges exceptionnelles.
Surtout, le groupe abandonne son objectif de redevenir bénéficiaire en 2026 et suspend également cette ambition pour 2027. Même recul sur le dividende, le projet d'un premier versement en 2028 est en effet suspendu. Certes, Voltalia maintient ses objectifs de performance opérationnelle, mais le marché attendait surtout que la forte croissance de l'activité commence enfin à produire des bénéfices. Il faudra patienter plus longtemps que prévu ? Et c'est précisément cette visibilité dégradée que les investisseurs sanctionnent lourdement aujourd'hui. Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME cède 31,5%.
Le top / flop de la semaine
Retour de vacances difficile pour les indices boursiers, plombés par le retour de l'inflation et par la remontée généralisée des taux. Le CAC perd 1,65% sur la semaine et le CAC Mid et Small -0,8%. Outre Atlantique, le S&P grapille de 0,16% et le Nasdaq cède 0,16%.
Le monde d'après
Spectaculaire mais décevant
Broadcom a livré un troisième trimestre spectaculaire. Son chiffre d'affaires atteint 29,6 milliards de dollars, en hausse de 86% sur un an, tandis que son bénéfice net bondit à 13,1 milliards, soit plus du triple de l'an dernier. Le moteur de cette croissance reste l'activité de semi-conducteurs, en particulier les puces destinées aux centres de données. Leurs ventes ont flambé de 221%, à 16,7 milliards de dollars. Et Broadcom accélère encore en prévoyant déjà 21,7 milliards au quatrième trimestre sur ce seul segment.
Des chiffres impressionnants, mais pas assez pour Wall Street. Il faut s'y habituer : même le spectaculaire devient décevant, lassant et peut faire perdre des dizaines voire des centaines de milliards de dollars aux champions de la cote. Les attentes étaient en effet encore plus élevées. Les investisseurs en veulent plus, toujours plus ! Broadcom vise environ 34,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires au prochain trimestre, presque deux fois plus qu'un an auparavant, sans parvenir pour autant à surprendre positivement les investisseurs.
Le véritable enjeu se joue désormais à plus long terme. Le concurrent de Nvidia ambitionne de porter ses revenus liés aux centres de données à environ 58 milliards de dollars en 2026, 115 milliards en 2027 et jusqu'à 230 milliards en 2028. Une trajectoire de croissance considérable, mais qui place aussi la barre extrêmement haut. Le groupe devra en effet prouver, trimestre après trimestre, que les investissements de ses grands clients restent suffisamment soutenus et que la concurrence ne vient pas enrayer cette accélération. Aucun faux pas ne sera pardonné.
En baisse de 6,6% à 343$ ce jeudi, l'action Broadcom est désormais à l'équilibre en 2026 (+295% sur trois ans).
Demain à la une
56 000 jobs ?
L'emploi américain sera le rendez-vous économique incontournable de ce vendredi. Après la mauvaise surprise de juillet, marquée par 23 000 destructions de postes, les économistes n'attendent qu'un rebond limité en août, avec environ 56 000 créations d'emplois et un taux de chômage stable à 4,1%. L'enjeu est majeur, à moins de deux semaines de la prochaine réunion de la Fed. Un marché du travail plus solide que prévu renforcerait le scénario d'une hausse des taux dès le 16 septembre et pourrait remettre les marchés obligataires sous pression.
En Europe, les ventes au détail de juillet permettront également de mesurer la résistance de la consommation, alors que l'inflation de la zone euro vient de remonter à 3,3% sur un an. Mais le véritable arbitre sera américain. Avec un baril de Brent au-dessus de 95$ sur fond de nouvelles frappes entre les États-Unis et l'Iran, les marchés sont pris en étau entre deux risques : une inflation persistante qui pousserait les taux encore plus haut, et un ralentissement de l'emploi qui fragiliserait l'économie ?
Le lexique
Allocation : socle et satellite
Dans une allocation boursière, l'approche « socle et satellite » consiste à construire le portefeuille autour d'un c ?ur largement diversifié, puis à lui ajouter quelques positions plus ciblées. Le socle doit représenter l'essentiel de l'investissement : par exemple, un ETF répliquant le MSCI World, qui donne accès à plusieurs centaines de grandes entreprises internationales et limite le risque lié à un seul secteur. Les satellites servent ensuite à renforcer certaines convictions, avec un poids plus réduit.
Un ETF thématique consacré à la défense et à l'aéronautique peut ainsi compléter le socle pour profiter d'une hausse durable des budgets militaires. Mais ces placements sont généralement plus concentrés, plus volatils et plus sensibles aux effets de mode ou aux valorisations élevées. L'idée est donc simple, le socle apporte la diversification et la robustesse, les satellites cherchent davantage de performance, mais avec un risque supérieur.









