Les marchés : Un niveau critique ?
Le CAC 40 démarre la semaine sans éclat, en hausse de 0,33% à 8 306 points. La séance est restée particulièrement calme en l'absence de Wall Street, fermée pour la fête américaine du Travail. Quelques valeurs soutiennent néanmoins l'indice français, en particulier STMicroelectronics (+4,08%), Schneider Electric (+2,60%) et Legrand (+2,59%).
Sur le front géopolitique, les négociations entre l'Iran et Oman autour d'une nouvelle route maritime dans le détroit d'Ormuz entretiennent un léger espoir d'apaisement. Mais les actes l'emportent largement sur les pourparlers : les frappes entre Washington et Téhéran se poursuivent et l'Iran menace désormais d'instaurer une zone d'exclusion dans une partie du détroit. Bref, un pas en avant, deux en arrière.
Conséquence immédiate, le pétrole repart à la hausse. Le Brent gagne 1,9% à 97,7$ le baril, après avoir déjà bondi de près de 8% la semaine dernière. Pour les marchés, une énergie durablement plus chère risque d'alimenter l'inflation et pousser les banques centrales à durcir encore leur politique monétaire. C'est précisément ce qui devrait rythmer la semaine. La BCE devrait en effet relever son taux directeur jeudi, alors que les marchés anticipent déjà un nouveau relèvement d'ici la fin de l'année.
Même tension au Japon, où la probabilité d'une hausse des taux en septembre atteint désormais 75%. Aux États-Unis, les prochains chiffres de l'inflation seront donc scrutés de très près dans les prochains jours. Entre un Brent proche de son niveau critique des 100$, des tensions géopolitiques persistantes et des banques centrales toujours sous pression, les investisseurs ont peu de raisons de prendre des risques en ce début de semaine ! Bonne lecture à tous.
Les valeurs
Soitec ne ralentit plus. En tête du SBF 120, le titre gagne encore 11,73% à 143,35 euros, après +19% la semaine dernière. Le spécialiste français des matériaux pour semi-conducteurs reste porté par l'explosion de la demande liée aux centres de données pour l'intelligence artificielle. Le groupe anticipe désormais une croissance de son chiffre d'affaires d'environ 50% au deuxième trimestre, contre un peu plus de 30% auparavant. En première ligne : ses composants photoniques, indispensables pour transmettre toujours plus vite les gigantesques volumes de données générés par l'IA.
Jefferies relève aujourd'hui son objectif de cours de 85 euros à 98 euros, tout en maintenant sa recommandation de sous-performance. Une prudence marquée puisque cette nouvelle cible reste très inférieure au cours actuel. L'euphorie gagne aussi STMicroelectronics, en hausse de 4,08% et en tête du CAC 40, sans actualité propre. Le marché semble donc jouer plus largement le regain d'optimisme sur les semi-conducteurs dans le sillage de Soitec. Après un retournement spectaculaire, le titre affiche désormais une hausse supérieure à 521% depuis le début de l'année.
Nouvelle douche froide pour Worldline. Le spécialiste français des paiements chute de 2,31% à 14,21 euros, parmi les plus fortes baisses du SBF 120. Goldman Sachs maintient aujourd'hui sa recommandation à vendre, malgré un relèvement de son objectif de cours de 9,60 ? à 10,90 ?. Cette cible reste environ 20% sous le cours actuel et illustre la défiance persistante du marché envers le redressement du groupe.
Cette nouvelle baisse intervient pourtant après un net rebond du titre ces dernières semaines. Mais les investisseurs restent méfiants face à une activité toujours sous pression. Le consensus de marché anticipe encore une baisse d'environ 10% du chiffre d'affaires en 2026, à 3,64 milliards d'euros, ainsi qu'un recul du résultat opérationnel. Après plusieurs années de crise, Worldline doit désormais démontrer que sa restructuration peut réellement stabiliser son activité et ses résultats ? Depuis Le début de l'année, le titre cède désormais 13% à la Bourse de Paris (-82% en 2025).
Le coin des smalls : Eutelsat
L'opérateur satellitaire français gagne 2,96% ce lundi à 1,84 euro, après avoir été retenu dans un projet de connectivité par satellite au Groenland, soutenu par l'Union européenne ainsi que par les gouvernements danois et groenlandais. Grâce à son réseau OneWeb, composé de satellites assez proches de la Terre, le groupe français fournira un accès internet aux communautés isolées et aux infrastructures essentielles du territoire.
Au-delà de ce contrat, l'annonce confirme le potentiel de OneWeb pour connecter les régions où les réseaux traditionnels sont difficiles à déployer. Une activité stratégique pour Eutelsat, qui cherche à s'imposer face à Starlink sur le marché de l'internet par satellite. Avec la hausse du jour, le titre éligible au PEA-PME affiche désormais une progression de 8% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : L'IPO attendra !
L'introduction en Bourse d'Anthropic pourrait finalement attendre quelques semaines ! Selon des sources proches du dossier, le créateur de Claude ne devrait pas lancer son IPO avant la mi-octobre, alors que son prospectus était initialement attendu dès la semaine prochaine. C'est une opération très surveillée à Wall Street, avec une valorisation attendue autour des 2 000 milliards de dollars. De quoi placer Anthropic parmi les plus grandes introductions en Bourse de l'histoire.
Ce décalage ne remet pas nécessairement l'opération en cause. Les entreprises ajustent régulièrement leur calendrier en fonction des conditions de marché, des échanges avec les régulateurs ou des derniers préparatifs financiers. Anthropic chercherait notamment à finaliser une ligne de crédit renouvelable de 15 milliards de dollars, avec le soutien de Morgan Stanley, Goldman Sachs, JPMorgan et Citi. Une étape clé avant le lancement de la dernière phase de cotation.
Pour les investisseurs, l'enjeu dépasse largement Anthropic. Cette IPO doit servir de test grandeur nature pour mesurer l'appétit de Wall Street pour l'intelligence artificielle. Après l'introduction record de SpaceX en juin, le marché veut savoir jusqu'où les investisseurs sont encore prêts à payer pour les champions de l'IA. Ce report rappelle surtout que même dans le secteur le plus recherché du moment, le timing reste crucial. Clairement, à de tels niveaux de valorisation, la moindre hésitation du marché peut coûter extrêmement cher ?
L'agenda : 2 risques à surveiller
Deux risques resteront au centre de l'attention cette semaine : les taux et le pétrole. Jeudi, la BCE devrait relever ses taux de 0,25 point, alors que le retour des tensions inflationnistes et la hausse de l'énergie compliquent son équation. Mais au-delà de la décision, les investisseurs scruteront surtout le discours de Christine Lagarde pour déceler d'éventuelles nouvelles hausses dans les prochains mois.
Aux États-Unis, l'inflation prendra ensuite le relais, avec les prix à la production jeudi puis, surtout, les prix à la consommation vendredi. Après des chiffres de l'emploi solides, une inflation persistante renforcerait le scénario d'une hausse des taux de la Fed dès septembre, avec le risque de tendre davantage les rendements obligataires et de peser sur les actions. Oracle publiera également ses résultats jeudi soir, offrant un nouveau test à l'engouement autour de l'intelligence artificielle.
Enfin, le conflit entre les États-Unis et l'Iran restera un puissant facteur de volatilité. Les tensions autour du détroit d'Ormuz maintiennent le pétrole proche de ses récents sommets et nourrissent précisément le risque que les banques centrales cherchent à contenir : le retour de l'inflation. On en reparle vite.
Demain à la une : Wall Street et l'or noir
Demain, Wall Street rouvrira ses portes, après un week-end prolongé par la fête du Travail. Une question sera au centre de toutes les attentions : jusqu'où le pétrole peut-il encore grimper ? Les investisseurs américains devraient réagir d'entrée de jeu à la nouvelle escalade entre les États-Unis et l'Iran autour du détroit d'Ormuz, qui a propulsé le Brent autour de 97$ le baril ces dernières heures. Une nouvelle poussée des cours raviverait les craintes d'inflation et accentuerait la pression sur les taux, déjà renforcée vendredi par la solidité de l'emploi américain.
En parallèle, la Chine publiera ses chiffres du commerce extérieur d'août, un indicateur clé pour mesurer la vigueur de la deuxième économie mondiale et susceptible de faire réagir les actions de plusieurs secteurs : luxe, matières premières et industrie. Le Japon dévoilera la seconde estimation de sa croissance au deuxième trimestre, avec un possible impact sur le yen et les anticipations autour de la Banque du Japon. Sur le CAC 40, une menace sera à surveiller dans les prochains jours : un retour vers les 8 130 points, qui effacerait l'intégralité des gains enregistrés depuis le début de l'année, encore proches de +2% ce lundi.
Le lexique : L'once
L'once est une unité de mesure utilisée pour peser l'or et les métaux précieux. Il s'agit plus précisément de l'once troy, qui correspond à environ 31,10 grammes. C'est la référence internationale sur laquelle se basent les marchés : le prix de l'or est toujours exprimé par once, ce qui permet de comparer facilement sa valeur d'un pays à l'autre et d'assurer une cotation uniforme à l'échelle mondiale. Ce soir, une once d'or vaut environ 4 400$ soit 3 800 euros.









