Les marchés : la Fed entre deux feux
Les marchés tentent de reprendre leur souffle, mais la nervosité reste intacte. Le CAC 40 cède 0,26% à 8 281 points. À Wall Street, le S&P 500 gagne environ 0,6% et le Nasdaq 0,5% après trois séances de baisse. Le principal soulagement vient du pétrole, qui se stabilise malgré une nouvelle escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran. Deux nouvelles apaisent quelque peu les craintes. La Chine s'est dite prête à participer à la sécurisation de la navigation au Moyen-Orient, tandis que Chevron a obtenu l'accès à de nouveaux gisements au Venezuela. Deux éléments susceptibles, à terme, de réduire les tensions sur l'approvisionnement mondial en pétrole. Mais ces espoirs restent clairement très fragiles.
Le véritable point de tension reste le marché obligataire. Les taux américains évoluent toujours à des niveaux très élevés, nourris par la crainte qu'un pétrole durablement cher ne ravive l'inflation. Et c'est tout le paradoxe de la séance : dans le même temps, l'économie américaine commence à ralentir. Le secteur privé n'a créé que 38 000 emplois en août, contre 47 000 attendus, soit le rythme le plus faible depuis janvier. En temps normal, ce ralentissement renforcerait les chances de voir la Fed baisser ses taux, une bonne nouvelle pour les marchés. Mais la remontée des prix de l'énergie complique tout. La Banque centrale se retrouve prise entre deux feux : soutenir l'activité sans laisser l'inflation repartir.
Tous les regards se tournent désormais vers le rapport officiel sur l'emploi américain, attendu vendredi après-midi. Une nouvelle dégradation du marché du travail renforcerait normalement les anticipations de baisse des taux. Mais tant que le pétrole restera élevé et que les tensions au Moyen-Orient persisteront, la Fed conservera une marge de manuvre réduite. Cette équation entre croissance, inflation et taux d'intérêt devrait continuer à dicter la tendance des marchés dans les prochaines séances. Affaire à suivre !
Les valeurs : Stmicroelectronics
STMicroelectronics se distingue dans un CAC en baisse, en gain de 3,34% à 43,72 euros, portée par un double soutien de banques. Citi passe à l'achat et relève son objectif de cours de 62 à 65 euros, tandis que BNP Paribas maintient son opinion positive et porte sa cible de 72 à 73 euros. Des niveaux qui font ressortir des potentiels théoriques d'environ 50% et 70% par rapport au cours actuel.
De quoi offrir un peu d'air au titre, alors que plusieurs grands fabricants américains de semi-conducteurs, dont Nvidia, Micron et AMD, ont récemment reculé à Wall Street. Mais la tendance de fond reste fragile. Au prix actuel, STMicroelectronics évolue encore sous ses principales moyennes de court et moyen terme, perd près de 5% sur un mois mais s'envole toujours de 95% depuis le début de l'année.
Technip Energies
Acheter la rumeur, vendre la nouvelle ! Mardi soir, nous vous parlions de l'appel d'offre auquel le groupe parapétrolier participait, auprès de SpaceX. En indiquant bien sûr que rien n'était signé. Patatras ! Technip Energies chute de 4,72% à 29,86 euros après des informations de BFM Business selon lesquelles le groupe français n'aurait finalement pas été retenu pour le contrat estimé à 10 milliards de dollars. Ce projet porte sur la production de carburant destiné à Starship, la mégafusée développée par l'entreprise d'Elon Musk.
Un concurrent américain aurait remporté l'appel d'offres, même si Technip Energies refuse de commenter à ce stade ces informations. La déception est d'autant plus forte que l'action avait gagné 4,12% mardi, portée par l'espoir de voir le groupe décrocher ce contrat grâce à son expertise dans le gaz naturel liquéfié et à sa présence en Louisiane. SpaceX prévoit justement d'y développer une immense base estimée à 100 milliards de dollars, destinée à accueillir à terme des milliers de vols de Starship vers la Lune, Mars ou pour déployer des centres de données dans l'espace. Depuis le début de l'année, l'action Technip Energies cède désormais 8% à la Bourse de Paris.
Le coin des smalls : 2Crsi
Le spécialiste français des serveurs informatiques s'envole de 9,25% ce mercredi soir, à 28,10 euros, après une nouvelle note favorable de Portzamparc, la filiale de BNP Paribas spécialisée dans les petites et moyennes valeurs cotées. Éligible au PEA-PME, 2CRSi reste ainsi dans sa sélection de valeurs préférées. Portzamparc maintient sa recommandation à l'achat et son objectif de cours de 63,80 euros (potentiel de +128%).
Malgré son spectaculaire rebond des derniers mois, Portzamparc considère que l'action dispose donc d'un potentiel encore très important. Le courtier met notamment en avant un environnement particulièrement porteur, alimenté par l'explosion des investissements dans l'intelligence artificielle et par les besoins croissants en serveurs et infrastructures informatiques. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 145%.
L'événement du mercredi
Yen : le piège monétaire
Le yen reste sous très forte pression. Fin juillet, la devise japonaise est tombée à près de 164 yens pour 1 dollar, son plus bas niveau depuis quarante ans. Tokyo et Washington ont alors massivement soutenu la monnaie japonaise, permettant au dollar de revenir vers 155 yens. Mais une grande partie du terrain a déjà été reperdue : le billet vert évolue de nouveau autour de 159 yens. Malgré des moyens considérables, le problème de fond reste donc entier.
Le yen souffre avant tout de l'écart de rémunération avec le dollar. La Banque du Japon a bien relevé ses taux à 1%, un sommet depuis 31 ans, mais les placements américains restent nettement plus rémunérateurs. Les investisseurs ont donc toujours intérêt à emprunter en yens à faible coût pour placer ailleurs (c'est le principe du carry trade, voir lexique). Et si la Fed relève encore ses taux, cet avantage du dollar devrait perdurer.
La Banque du Japon est ainsi prise dans un étau. Ce mercredi, son gouverneur Kazuo Ueda a ouvert la porte à une nouvelle hausse des taux dès septembre, tandis que plusieurs responsables monétaires appellent à agir plus rapidement. Mais relever brutalement les taux serait risqué alors que le marché obligataire japonais est déjà sous tension : le taux à dix ans a récemment atteint 3% pour la première fois depuis 1996.
Tout le paradoxe est là. Ne pas relever suffisamment les taux affaiblit le yen, renchérit les importations et alimente l'inflation. Les relever trop vite risque de fragiliser l'économie et les obligations japonaises. Et cela concerne directement les épargnants français. Le Japon est présent dans de nombreux ETF et fonds internationaux, et un yen faible peut réduire la performance en euros des actions japonaises non couvertes contre le change.
Surtout, le yen finance depuis longtemps de nombreuses opérations spéculatives mondiales. Un rebond brutal de la devise pourrait donc provoquer des débouclages massifs et de nouvelles secousses sur les marchés. Le yen est devenu bien plus qu'un sujet japonais, c'est désormais un risque mondial à surveiller de près. Un risque supplémentaire dont les marchés, déjà sous tension, se seraient volontiers passés.
Le monde d'après
L'IA à court de mémoire
La course à l'intelligence artificielle fait émerger une nouvelle pénurie dans la tech : celle des puces mémoire. Indispensables aux serveurs, aux cartes graphiques et aux centres de données qui font tourner les modèles d'IA, ces composants voient leurs prix s'envoler. Nvidia s'apprêterait ainsi à relever de 15% le prix de ses serveurs de dernière génération dès janvier. Apple, Qualcomm ou encore OVHcloud préparent eux aussi des hausses de tarifs.
La flambée touche toute la chaîne. La mémoire vive, qui permet de traiter rapidement les données, a vu ses prix bondir de 90% au premier trimestre 2026, puis encore de 58% au deuxième. Même envolée pour le stockage, indispensable pour conserver les gigantesques volumes de données liés à l'IA : +55%, puis +70% sur les mêmes périodes. Conséquence directe : faire tourner des modèles d'IA coûte de plus en plus cher. Et la facture pourrait finir par atteindre les consommateurs, via des ordinateurs, smartphones, consoles ou offres cloud plus onéreux.
Les grands gagnants sont les fabricants de mémoire, notamment Samsung, SK Hynix et Micron, portés par une demande mondiale exceptionnelle. Selon Gartner, le marché mondial des semi-conducteurs pourrait presque doubler en 2026, à 1 555 milliards de dollars, principalement grâce à la mémoire. Mais pour le reste de la tech, cette inflation devient un véritable enjeu de marges. L'IA ne manque plus de clients. Elle manque désormais surtout de composants pour tenir ses promesses.
Demain à la une
Broadcom : pas le droit à l'erreur !
La pression ne devrait pas retomber demain. Wall Street vivra un nouveau test avec un indice important d'activité des services américains. Le tertiaire représentant l'essentiel de l'économie américaine, les investisseurs scruteront surtout deux composantes : l'emploi et les prix. Une activité toujours robuste et des tensions inflationnistes persistantes pourraient renforcer les anticipations de hausse des taux de la Fed, à seulement 24 heures du très attendu rapport officiel sur l'emploi. Les chiffres de productivité et du coût du travail compléteront le tableau. En zone euro, les prix à la production apporteront une nouvelle indication sur les pressions inflationnistes.
Mais le premier verdict pourrait venir de l'intelligence artificielle. Broadcom publie ses résultats ce mercredi soir après la clôture de Wall Street : leur accueil sera donc à surveiller dès jeudi sur le Nasdaq et l'ensemble du secteur des semi-conducteurs. Après Nvidia, le marché voudra surtout vérifier que les investissements colossaux dans l'IA génèrent toujours une croissance à la hauteur des valorisations. Dans un environnement déjà fragilisé par la remontée des taux obligataires, Broadcom aura peu de marge d'erreur. Clairement, la moindre déception pourrait être sévèrement sanctionnée. On en reparle demain !
Le lexique
Le carry trade
Le carry trade est une stratégie qui consiste à emprunter dans une devise où les taux d'intérêt sont faibles pour placer cet argent dans une devise ou un actif offrant un rendement plus élevé. Par exemple, si les taux japonais sont nettement inférieurs aux taux américains, un investisseur peut emprunter en yens à faible coût, convertir ces yens en dollars puis acheter des obligations américaines mieux rémunérées. Le gain potentiel vient alors de l'écart de taux d'intérêt entre les deux pays.
Cette stratégie peut toutefois devenir risquée si les taux évoluent défavorablement ou si la devise empruntée se renforce fortement. Dans ce cas, le coût du remboursement peut augmenter et effacer le rendement obtenu. Le carry trade peut aussi amplifier les mouvements sur le marché des changes : lorsqu'il est massivement débouclé, les investisseurs rachètent rapidement la devise dans laquelle ils avaient emprunté, ce qui peut provoquer de fortes variations.














