Les marchés

Quand l'argent devient trop cher

Le CAC 40 cède 0,16% à 8 439 points ce soir, tandis que Wall Street progresse légèrement, toujours portée par la technologie avec un Nasdaq en hausse de 0,4%. Les investisseurs restent prudents avant les résultats très attendus de Nvidia demain soir à 22h20 et le symposium de Jackson Hole. En Europe, le climat des affaires allemand surprend positivement, tandis que les nouvelles sanctions américaines contre l'Iran entretiennent les tensions géopolitiques.

Prenons un peu de hauteur. La rentrée des marchés s'annonce sous haute tension, avec trois rendez-vous majeurs : le durcissement des sanctions américaines contre l'Iran (voire contre Pékin), les résultats de Nvidia demain et le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole vendredi. Le terrain est déjà miné par la guerre commerciale avec le Canada. Washington a imposé des droits de douane de 50% sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens, provoquant des représailles équivalentes d'Ottawa. Une nouvelle menace inflationniste alors que les taux américains restent élevés, autour de 4,7% à dix ans et 5,2% à trente ans.

L'Iran reste une autre source majeure de tension. Washington veut frapper les acheteurs de pétrole iranien, singulièrement chinois, tandis que Téhéran menace toujours de perturber le détroit d'Ormuz. Et avec un gallon d'essence désormais à 4,10$ aux États-Unis, le scénario d'une baisse durable des taux se complique encore ? En parallèle, l'intelligence artificielle reste au c ?ur du marché, mais la facture grimpe. Nvidia devrait augmenter de plus de 15% le prix de certains serveurs face à l'envolée du coût des puces mémoire, plaçant Samsung, SK Hynix et Micron au centre de la chaîne d'approvisionnement.

Surtout, le boom de l'IA dépend de plus en plus de la dette et des augmentations de capital, accentuant la bataille pour les capitaux disponibles entre États et grandes entreprises (principalement les technos aux États-Unis et le secteur de la défense en Europe). Bref ! Le vrai risque de cette rentrée est là : tout le monde veut du capital, mais le capital coûte de plus en plus cher. Une équation dangereuse pour le compartiment technologique... Bonne lecture !

Les valeurs

Exosens

Exosens met un pied de plus dans l'immense marché américain de la défense. Le spécialiste français des technologies de vision nocturne progresse de 1,50% ce soir à 60,90 ?, après avoir gagné jusqu'à 4% à l'ouverture. Sa filiale américaine vient de décrocher une première commande de 1 600 systèmes de vision nocturne pour l'armée américaine, avec des livraisons attendues dès la fin de l'année. Le montant n'a pas été communiqué, mais les bureaux d'études l'estiment à moins de 20 millions d'euros. Une commande encore modeste à l'échelle du groupe, mais dont la portée stratégique est bien plus importante.

Car il s'agit de la première concrétisation d'un accord bien plus important, susceptible de représenter jusqu'à 353 millions de dollars d'ici 2033. Pour Exosens, historiquement très présent en Europe, l'enjeu est majeur : s'installer durablement aux États-Unis, premier marché mondial de la vision nocturne militaire. Le groupe aborde cette offensive avec une activité déjà solide. Récemment, il a en effet relevé ses objectifs annuels et vise désormais 520 à 540 millions d'euros de chiffre d'affaires. Cette première commande ne change pas encore la dimension d'Exosens, mais elle pourrait bien marquer le début d'une longue série. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 26%

Air France-KLM

Le ciel du Moyen-Orient commence à se rouvrir, et Air France-KLM en profite en Bourse. Après les fortes perturbations provoquées par le conflit iranien, plusieurs compagnies commencent à rétablir leurs liaisons. Air France reprend progressivement certaines dessertes, tandis que Lufthansa, British Airways, KLM ou encore Singapore Airlines maintiennent plusieurs suspensions jusqu'à l'automne. Cette normalisation réduit une partie des risques opérationnels qui pesaient sur le secteur, même si la situation géopolitique reste très fragile.

Autre soutien pour le titre : Kepler Cheuvreux relève aujourd'hui sa recommandation d'« alléger » à « conserver ». Pas de véritable regain d'optimisme toutefois : le courtier maintient son objectif à 11,50 ?, sous le cours actuel. Le changement est donc surtout technique : Kepler considère désormais le titre correctement valorisé plutôt que surévalué. Bernstein reste également neutre, avec un objectif de 12,20 ?. Air France-KLM gagne ce soir 3,78% à 12,06 ? à la Bourse de Paris et porte sa progression depuis le début de l'année à 5%

Le coin des smalls

Carvolix

Carvolix s'envole de 17,32% à 7,18 ? ce mardi et porte désormais sa progression à plus de 310% depuis le début de l'année. Le marché salue son offensive en Arabie saoudite, où la medtech française lance un programme de coopération entre médecins français et saoudiens en cardiologie. Le groupe envisage également d'y implanter, à terme, une unité de production de dispositifs médicaux capable de servir plusieurs marchés internationaux. Un choix pleinement assumé par son fondateur Philippe Pouletty, qui préfère chercher des partenaires à l'étranger plutôt que, selon ses propres mots, « rester un peu sous la couette » en France.

Et l'Arabie saoudite n'est qu'une pièce d'une stratégie beaucoup plus large. Le spécialiste des technologies cardiovasculaires développe notamment Tavipilot, une technologie mêlant intelligence artificielle et robotique pour assister les médecins lors de certaines interventions cardiaques. Carvolix vise une autorisation américaine de son robot dans les prochains mois, avant un lancement commercial en 2027. Après avoir récemment sécurisé jusqu'à 30 millions d'euros de financement, le titre, éligible au PEA-PME, dispose de plusieurs leviers pour accélérer. Mais après plus de 310% de hausse en 2026, le marché ne se contentera plus de promesses : Carvolix devra désormais transformer ses partenariats et ses avancées technologiques en ventes, puis en bénéfices.

La recommandation du jour

Nouveau conseil, nouvelle analyse

La Communauté Bourse Privée a reçu aujourd'hui une nouvelle recommandation de long terme sur une valeur défensive incontournable. Après un recul ces dernières semaines à la Bourse de Paris, le titre offre selon nous un point d'entrée intéressant pour les investisseurs de long terme. Analyse complète, objectif et principaux risques sont disponibles ici et dans vos boîtes mails.

Demain, place à l'intelligence artificielle ! Notre nouvelle analyse sectorielle fera le point sur le marché et présentera 15 valeurs incontournables, ainsi que plusieurs ETF pour s'exposer simplement à cette révolution de long terme. Mais prudence : après l'envolée de nombreuses valeurs technologiques, les valorisations sont devenues particulièrement exigeantes.

Sur une thématique aussi prometteuse que volatile, diversification et versements programmés sont essentiels : investir progressivement permet de lisser les points d'entrée et d'éviter de concentrer son portefeuille sur quelques champions déjà très valorisés. Une prudence d'autant plus nécessaire à la veille des résultats de Nvidia, véritable juge de paix pour toute la thématique IA ?

Le monde d'après

Et de six !

L'or poursuit sa remontée. L'once s'échange désormais autour de 4 650 dollars sur le Comex de New York, son plus haut niveau depuis mai, et enchaîne une sixième semaine de hausse. Depuis la mi-juillet, le métal précieux a gagné environ 16%. Ce rebond est alimenté par une inquiétude grandissante autour de la dette américaine, des taux longs et de la capacité des États-Unis à garder une trajectoire financière lisible.

Le principal moteur du mouvement vient du Trésor américain, qui veut doubler ses rachats d'obligations d'État à long terme pour faire baisser les rendements. Pour les investisseurs, cette intervention change la lecture habituelle du marché. Normalement, des taux élevés pénalisent l'or qui ne verse ni intérêt ni dividende. Mais si les autorités cherchent à contrôler les taux longs alors que l'inflation reste élevée, les taux réels (voir lexique) peuvent rester faibles, voire négatifs. C'est généralement un environnement très favorable à l'or, perçu comme une protection contre la perte de pouvoir d'achat.

À cela s'ajoutent les tensions géopolitiques, notamment entre les États-Unis et l'Iran, qui renforcent la demande pour les valeurs refuges. Les prochains rendez-vous seront donc déterminants : l'indice d'inflation PCE américain, très suivi par la Fed, la réunion de Jackson Hole et la décision de politique monétaire de septembre. Tant que les marchés auront du mal à lire la trajectoire des taux, de l'inflation et de la dette publique américaine, l'or pourrait continuer à jouer son rôle de refuge.

Demain à la une

Le juge de paix

Ce mercredi s'annonce comme l'un des grands tests de la semaine. Dès 14h30, les marchés auront les yeux rivés sur l'inflation PCE américaine, l'indicateur de prix privilégié par la Réserve fédérale. Le consensus table sur une inflation de 3,6% sur un an, et 3,3% hors alimentation et énergie. Une mauvaise surprise pourrait relancer la hausse des taux américains et peser sur les actions. À l'inverse, un chiffre plus rassurant offrirait une bouffée d'air aux marchés. La deuxième estimation du PIB américain et les commandes de biens durables compléteront ce menu macroéconomique déjà chargé.

Mais le véritable juge de paix arrivera après la clôture de Wall Street : Nvidia. Le géant des puces devra une nouvelle fois prouver que les centaines de milliards investis dans l'intelligence artificielle continuent d'alimenter une demande massive pour ses équipements. Ventes, marges et premières indications sur les puces Vera Rubin seront disséquées. Une déception pourrait secouer bien au-delà de Nvidia, tant le groupe est devenu le baromètre du Nasdaq et de toute la thématique IA. La première capitalisation mondiale pèse aujourd'hui 5 160 milliards de dollars ? Verdict demain soir et surtout jeudi !

Le lexique

Les taux réels

Les taux réels correspondent aux taux d'intérêt une fois l'inflation prise en compte. Le calcul est simple : on soustrait l'inflation au rendement affiché. Un placement qui rapporte 4% lorsque les prix augmentent de 3% offre ainsi un taux réel de 1%. C'est une notion essentielle : elle mesure ce que l'épargnant gagne réellement en pouvoir d'achat ou, à l'inverse, le coût réel d'un emprunt.

Des taux réels élevés rendent généralement les obligations et les placements rémunérés plus attractifs, mais peuvent freiner l'économie et peser sur les actions en augmentant le coût du financement. À l'inverse, des taux réels faibles ou négatifs favorisent souvent les actifs risqués et l'or. Car un placement peut afficher un rendement positif tout en faisant perdre du pouvoir d'achat si l'inflation progresse plus vite.