Les marchés : le Trésor calme le jeu

Petit répit ! Le CAC 40 signe une septième séance consécutive de baisse ce mercredi (-0,09% à 8 502 points). La volatilité a été très faible aujourd'hui, après le spectaculaire coup de chaud observé sur les marchés obligataires dont nous vous parlions mardi soir. À Wall Street aussi, le S&P 500 et le Nasdaq évoluent dans le vert dans les premières heures d'échanges, autour de +0,4%, aidés par la baisse des taux américains.

Et pour une fois, les nouvelles viennent directement du Trésor américain. Washington va doubler ses rachats d'obligations à long terme, de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération. Le taux américain à 30 ans, qui avait atteint mardi 5,34%, son plus haut depuis 2007, est retombé aujourd'hui à 5,18%. Une détente bienvenue, mais qui n'efface évidemment pas les inquiétudes sur la dette, les déficits et l'inflation. On y revient dans l'événement du mercredi.

Car l'inflation continue justement de montrer les dents. En zone euro, elle a été confirmée à 2,9% sur un an en juillet, contre 2,8% en juin, notamment sous l'effet de la hausse du baril. Au Royaume-Uni, elle remonte elle aussi à 2,9%, contre 2,6% en juin. Le Brent reste parallèlement au-dessus des 91$ le baril, toujours soutenu par les tensions au Moyen-Orient.

Les valeurs : Stellantis

Enfin un peu d'air pour Stellantis ! Le constructeur automobile signe la meilleure performance du CAC 40, avec une hausse de 5,84% à 4,64 euros. Aucun chiffre spectaculaire ni annonce majeure derrière ce rebond : après avoir perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le début de l'année, le titre profite surtout de rachats à bon compte. Les investisseurs semblent également accueillir favorablement les efforts du groupe pour défendre ses positions en Amérique du Sud, l'un de ses marchés les plus rentables. Au Brésil, Stellantis lance notamment la nouvelle Jeep Avenger, tandis qu'en Argentine il s'appuie sur la marque chinoise Leapmotor pour renforcer son offre face à la montée en puissance de BYD.

Mais ce rebond ne fait pas disparaître les difficultés. La concurrence chinoise devient de plus en plus forte et pourrait obliger Stellantis à réduire ses prix ou à dépenser davantage pour rester compétitif, avec un risque direct sur sa rentabilité. Plusieurs bureaux d'études doutent ainsi de la capacité du constructeur à maintenir durablement des marges élevées en Amérique latine. La hausse du jour offre donc un répit provisoire à Stellantis après des mois très difficiles en Bourse. Mais le véritable redressement reste encore à démontrer.

Veolia

Le spécialiste des services à l'environnement progresse de 0,68% ce mercredi à 34,07 euros, soutenu par une note favorable de Royal Bank of Canada. La banque canadienne reste positive sur le spécialiste de l'eau, des déchets et de l'énergie et relève son objectif de cours de 40,50 euros à 41,50 euros, estimant que l'action dispose encore d'un potentiel de hausse d'environ 22%. RBC apprécie notamment le poids croissant des activités les plus rentables du groupe, comme le traitement des déchets dangereux, les services énergétiques et les technologies de l'eau. Ces métiers devraient représenter une part de plus en plus importante des résultats de Veolia dans les prochaines années.

Malgré une progression de 15% depuis le début de l'année, contre seulement 4,3% pour le CAC 40 hors dividendes, la banque considère donc que Veolia reste encore insuffisamment valorisé en Bourse par rapport à son potentiel de croissance. Elle estime également que la réorganisation progressive des activités du groupe et la poursuite de son plan stratégique pourraient soutenir le titre dans les mois à venir. Veolia fait d'ailleurs partie de notre portefeuille défensif : découvrez notre objectif de cours en cliquant ici.

Le coin des smalls : Scor

Le réassureur français reste bien orienté sur le fond, même si son titre corrige de 1,41% ce soir à 33,50 euros. La banque d'investissement allemande Berenberg maintient sa recommandation à l'achat et son objectif de 44 euros (soit +31%), après des résultats semestriels jugés solides. Berenberg estime même que Scor pourrait relever plusieurs de ses objectifs lors de la présentation de son nouveau plan stratégique en décembre. La banque anticipe notamment davantage de bénéfices dans l'assurance vie, une situation financière toujours très solide et une rentabilité supérieure à 14%, contre un objectif actuel d'environ 12%.

Les actionnaires pourraient également profiter d'une progression plus soutenue du dividende. Berenberg considère surtout que Scor reste encore bon marché en Bourse par rapport à la valeur de ses activités (d'où la décote estimée à environ 30%). Seule interrogation, le groupe pourrait attendre avant de lancer de nouveaux rachats d'actions, afin de renforcer encore sa solidité financière. La baisse enregistrée aujourd'hui est donc à relativiser : l'action Scor affiche encore une progression d'environ 16,5% depuis le début de l'année, et le potentiel ne semble pas encore épuisé.

L'événement du mercredi : Washington sort l'extincteur

Mardi soir et ce mercredi matin, nous évoquions la grande menace des taux longs. Il n'aura fallu attendre que quelques heures pour voir Washington réagir. Le Trésor américain annonce qu'il va doubler, à partir du 9 septembre, la taille de certaines opérations de rachat de ses propres obligations à long terme : au moins 4 milliards de dollars par opération, contre 2 milliards jusqu'ici.

Les maturités comprises entre 10 et 30 ans sont concernées et la réaction a été immédiate sur les marchés. Après avoir culminé mardi à 5,34%, le rendement de l'obligation américaine à 30 ans est retombé à 5,18%. En Bourse, la détente profite particulièrement aux valeurs technologiques, très sensibles au coût du capital. Mais attention à l'interprétation : ce n'est pas un nouveau quantitative easing (voir lexique) de la Fed.

Le Trésor cherche avant tout à améliorer la liquidité du marché en rachetant certaines anciennes obligations devenues moins faciles à négocier. L'opération calme donc momentanément la tempête, mais ne règle aucun des problèmes de fond : dette américaine proche de 40 000 milliards de dollars, déficits massifs, inflation encore supérieure aux objectifs et besoins gigantesques de financement. L'extincteur fonctionne mais l'incendie n'est pas éteint.

Le monde d'après : révolution ou mirage ?

Quelques nouvelles d'Unitree dont nous vous parlions il y a une semaine, après son arrivée spectaculaire à la Bourse de Shanghai. Le fabricant chinois de robots bondissait de 460% pour sa première journée de cotation, après avoir grimpé de plus de 600% en début de séance. Sa capitalisation a atteint près de 44 milliards d'euros, soit davantage que des groupes du CAC 40 comme Orange ou Danone. Un démarrage impressionnant, même si les explosions haussières lors des IPO chinoises ne sont pas rares.

Derrière l'euphorie, Unitree incarne l'un des grands paris technologiques du moment : la robotique humanoïde. Le groupe a livré l'an dernier 5 632 robots humanoïdes et plus de 33 000 robots quadrupèdes, avec des revenus multipliés par plus de quatre. Son positionnement repose sur des prix agressifs, une intégration interne de nombreuses pièces et une stratégie pensée pour rendre les robots plus accessibles. Son modèle humanoïde G1 a, par exemple, été annoncé à 16 000$, un prix relativement bas pour ce type de technologie.

Le potentiel est immense, mais encore très incertain. La banque d'investissement Barclays estime que le marché des robots humanoïdes pourrait atteindre 40 à 200 milliards de dollars en 2035, tandis que Morgan Stanley évoque un scénario à long terme de 5 000 milliards de dollars de revenus annuels en 2050. Mais les défis restent nombreux : intelligence, dextérité, autonomie, batteries, sécurité et réglementation. Pour les investisseurs, l'entreprise chinoise représente à la fois une promesse industrielle majeure et un risque de surchauffe boursière, dans un secteur qui n'a pas encore vraiment connu son heure de gloire. Affaire à suivre !

Demain à la une : croissance et taux

La croissance face au risque de taux durablement élevés ! C'est le grand duel des marchés en ce moment, et il sera encore au cœur de la séance de demain. Les indices PMI mesureront l'activité des entreprises en zone euro, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Dans le contexte actuel, les investisseurs scruteront autant la croissance que les prix payés par les entreprises : le moindre regain inflationniste pourrait raviver les tensions sur les taux et peser sur la Bourse. Aux États-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage et l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie apporteront deux nouveaux tests.

L'enjeu reste le même : mesurer la résistance de l'économie américaine, déterminante pour la trajectoire des taux. Côté entreprises, Walmart sera la vedette avant l'ouverture de Wall Street. Après les signaux contrastés envoyés cette semaine par Home Depot, Target et Lowe's, le numéro un mondial de la grande distribution livrera un nouveau verdict sur la santé du consommateur américain. Alibaba et Deere publieront également leurs comptes, avec deux autres thermomètres à surveiller : la consommation chinoise d'un côté, et l'investissement agricole et industriel de l'autre.

Le lexique : quantitative easing

Le quantitative easing (QE), ou « assouplissement quantitatif », est une politique par laquelle une Banque centrale crée de la monnaie pour acheter massivement des obligations sur les marchés. L'objectif est de faire baisser les taux d'intérêt à long terme, de faciliter le crédit et de soutenir l'économie lorsque la baisse des taux directeurs ne suffit plus. Concrètement, ces achats font monter le prix des obligations et baisser leur rendement, ce qui peut pousser les investisseurs vers des actifs plus risqués, notamment les actions.

Exemple historique : après la crise financière de 2008, la Fed a lancé plusieurs programmes de QE en achetant des milliers de milliards de dollars de bons du Trésor et de titres adossés à des crédits immobiliers. Cette politique a contribué à détendre les conditions financières, mais elle peut aussi favoriser une hausse excessive du prix des actifs et devenir difficile à arrêter sans perturber les marchés.