Les marchés

Une pause et un record

Le CAC 40 souffle après sa série de records. L'indice français cède 0,28%, à 8 651 points, sans remettre en cause sa tendance de fond, haussière. Les investisseurs ont surtout bien accueilli les dernières statistiques américaines. Après une inflation conforme aux attentes hier, les prix à la production sont restés stables en juillet, alors qu'une légère hausse était anticipée. De quoi éloigner encore la perspective d'une nouvelle hausse des taux de la Réserve fédérale en septembre. Autre soutien : le pétrole poursuit sa détente, réduisant lui aussi les pressions inflationnistes.

À Wall Street, ce contexte alimente encore la hausse des valeurs technologiques, mais les investisseurs restent exigeants. D'ailleurs, le S&P 500 vient d'atteindre un nouveau record historique, au-delà des 7 800 points. Mais après les excès des derniers mois, les capitaux se dirigent surtout vers les entreprises capables de prouver que leurs investissements massifs dans l'intelligence artificielle se traduisent déjà par de la croissance. CoreWeave et Super Micro ont ainsi bondi de près de 20% hier. Les semi-conducteurs retrouvent eux aussi des couleurs après une saison des résultats mouvementée. En Asie, Samsung Electronics (+4,9%) et SK Hynix (+5,9%) ont largement alimenté le rebond du secteur.

La séance résume donc bien le nouveau dilemme des marchés : une inflation qui ralentit et un pétrole moins cher desserrent l'étau autour de la Fed, un scénario favorable aux actions. Mais après la forte hausse des derniers mois, les investisseurs ne veulent plus seulement des promesses : ils veulent des résultats. Enfin, faute d'animation à la Bourse de Paris ce jeudi, direction l'Europe dans cette édition. Deux actions monopolisent l'attention, l'une suisse, l'autre néerlandaise. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Swissquote

Coup dur pour Swissquote qui paie cher sa dépendance aux cryptomonnaies. Son action chute de 13,98% à 36,80 francs suisses, après des résultats semestriels décevants et, surtout, une révision à la baisse des objectifs annuels. Les revenus liés aux cryptos se sont effondrés de 66% sur un an, à 14,6 millions de francs, avec des volumes en recul de près de 60%. Le contraste est net avec le reste des activités, qui résistent bien. Commissions, trading et revenus d'intérêts progressent, tandis que la banque continue d'attirer massivement de nouveaux clients. Plus de 64 000 comptes ont été ouverts en six mois et 5,1 milliards de francs d'argent frais collectés, portant les avoirs de la clientèle à un record de 96,3 milliards.

Grâce également à une bonne maîtrise des coûts, le bénéfice avant impôts reste presque stable et la marge dépasse 50%. Mais le marché retient surtout la dégradation des perspectives. Swissquote ne vise plus qu'environ 730 millions de francs de revenus en 2026, contre 760 millions auparavant, et 365 millions de bénéfice avant impôts, contre 385 millions. Le groupe maintient toutefois son objectif de 500 millions de francs de bénéfice avant impôts en 2028. En somme, c'est une sanction boursière sévère malgré une dynamique commerciale toujours solide. Depuis le début de l'année, Swissquote cède désormais 24% à la Bourse de Zurich.

Adyen

Adyen bondit de 16,37% à la Bourse d'Amsterdam après avoir relevé ses prévisions de croissance pour 2026, offrant un sérieux répit à un titre qui avait perdu plus d'un tiers de sa valeur en un an. Le spécialiste néerlandais des paiements vise une hausse de son chiffre d'affaires comprise entre 21% et 23%, contre 20% à 22% auparavant, porté notamment par les acquisitions de l'allemand Talon.One et de l'américain Orb, les premières du groupe en vingt ans.

Au premier semestre, ses revenus ont progressé de 21%, à 1,30 milliard d'euros, légèrement au-dessus des attentes. Le résultat opérationnel ressort en revanche à 641,5 millions d'euros, un peu inférieur aux prévisions en raison des coûts liés aux récentes acquisitions. Une déception vite éclipsée par le relèvement des objectifs : les investisseurs saluent le regain de visibilité et propulsent Adyen parmi les plus fortes hausses du marché européen. Malgré la hausse du jour, le titre cède toutefois 24% depuis le début de l'année et s'échange désormais à 1 059€.

Le coin des smalls

Valneva

Valneva cède un petit 0,20% en Bourse ce soir, à 2,45€, après une publication semestrielle en demi-teinte. Le spécialiste français des vaccins affiche un chiffre d'affaires de 65,8 millions d'euros au premier semestre, contre 97,6 millions un an plus tôt, tandis que sa perte opérationnelle se creuse nettement. En cause notamment : le vaccin contre le chikungunya, dont les coûts ont fortement augmenté. Un point rassurant toutefois : les ventes de vaccins sont globalement conformes aux attentes et Valneva maintient ses objectifs pour 2026, avec un chiffre d'affaires attendu entre 145 et 160 millions d'euros. La direction prévoit également une amélioration de la rentabilité au second semestre.

Les investisseurs restent donc prudents, mais Valneva conserve un catalyseur majeur : son futur vaccin contre la maladie de Lyme, développé avec Pfizer. Les prochaines décisions des autorités de santé sont attendues dans les douze mois et pourraient changer la donne. La banque d'investissement américaine Stifel reste d'ailleurs à l'achat sur le titre, avec un objectif de 7,50€, très supérieur au cours actuel (soit +206% de potentiel haussier). À court terme, le marché veut surtout voir Valneva redresser ses ventes et réduire ses pertes au second semestre. Depuis le début de l'année, le titre, éligible au PEA-PME, cède 35%.

Les banques en pleine forme

Les banques européennes continuent de profiter d'un environnement très favorable. La perspective d'une ultime hausse de taux de la BCE soutient encore leurs marges d'intérêt, tandis que la solidité des bilans et des résultats trimestriels renforce la visibilité du secteur. Reste que le secteur a déjà fortement progressé et que les valorisations sont désormais plus exigeantes.

Le monde d'après

Les 2 000 milliards de Claude

Anthropic voit toujours plus grand. Le créateur de l'IA Claude pourrait entrer en Bourse dès octobre avec une valorisation supérieure à 2 000 milliards de dollars, selon le Financial Times. Une telle opération dépasserait celle de SpaceX et deviendrait la plus importante introduction en Bourse jamais réalisée. Cette ambition repose sur une croissance spectaculaire. Le marché estime que le chiffre d'affaires annualisé du groupe pourrait atteindre 100 à 120 milliards de dollars fin 2026, soit plus de dix fois son niveau du début de l'année.

Ces derniers mois, Anthropic a fortement gagné du terrain face à OpenAI et Google, notamment auprès des entreprises. Sa valorisation aurait déjà atteint 965 milliards de dollars en mai, dépassant pour la première fois celle d'OpenAI. Pour le marché, Anthropic est devenu l'un des paris majeurs de l'intelligence artificielle : une entreprise en hypercroissance, dans un secteur où les investisseurs acceptent encore de payer des multiples de revenus très élevés. À 2 000 milliards de valorisation, Anthropic serait ainsi valorisé environ 17 à 20 fois son chiffre d'affaires. C'est très cher !

La marge d'erreur devient donc minuscule. Le géant américain doit affronter une concurrence de plus en plus agressive, notamment venue de Chine, avec des modèles moins chers et toujours plus performants. Anthropic subit aussi la pression de Washington : des restrictions américaines à l'exportation l'ont contraint à retirer temporairement certains modèles du marché. Enfin, son modèle phare coûte plus de 2,5 fois plus cher que celui d'OpenAI. Bref ! À ce niveau de valorisation, le marché ne paie plus seulement la croissance. Il exige une exécution presque parfaite. Affaire à suivre de près.

Demain à la une

Consommation, taux et IA

Demain, Wall Street passera un dernier test avant le week-end avec les ventes au détail américaines de juillet. Après les chiffres d'inflation publiés cette semaine, l'indicateur permettra de mesurer la résistance de la consommation. Une demande trop vigoureuse pourrait raviver les craintes de taux durablement élevés. À l'inverse, un ralentissement conforterait l'espoir de baisses des taux par la Fed. Les investisseurs suivront aussi l'indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan, précieux baromètre de l'état d'esprit des ménages américains.

En Europe, Eurostat publiera une nouvelle estimation de la croissance et de l'emploi au deuxième trimestre, ainsi que les chiffres du commerce extérieur de juin. De quoi affiner le diagnostic sur une économie européenne toujours fragile. Enfin, le secteur des semi-conducteurs réagira aux résultats d'Applied Materials, attendus ce soir après la clôture de Wall Street. Le géant américain des équipements pour fabricants de puces donnera notamment des indications sur la vigueur des investissements liés à l'intelligence artificielle, toujours déterminants pour les valeurs technologiques.

Le lexique

Les versements programmés

Les versements programmés consistent à investir automatiquement une somme fixe, à intervalles réguliers, sur un produit d'épargne ou un placement, par exemple 100€ chaque mois sur une assurance vie, en actions ou en ETF. Ce mécanisme facilite la discipline d'épargne et évite de devoir choisir en permanence le « bon moment » pour investir. Lorsque les marchés baissent, la même somme permet d'acheter davantage de parts. Lorsqu'ils montent, elle en achète moins.

Cette méthode peut donc lisser le prix moyen d'achat dans le temps et réduire le risque d'investir tout son capital juste avant une baisse. Elle ne garantit toutefois ni rendement ni protection contre les pertes : la valeur du placement peut diminuer, surtout à court terme. Les versements programmés doivent rester compatibles avec le budget de l'épargnant, son horizon de placement et sa capacité à supporter les fluctuations. Ils peuvent généralement être modifiés, suspendus ou arrêtés selon les conditions du contrat.