Les marchés : la Bourse attend le verdict

Le CAC 40 avance sans faire de vagues. L'indice parisien cède 0,13% à 8 715 points, toujours proche de son nouveau record historique à 8 755. Le dossier iranien continue de dicter le tempo. Le Pakistan, qui joue les médiateurs, estime que Washington et Téhéran se rapprochent d'un accord, ce qui a permis au pétrole de se stabiliser cet après-midi et aux marchés de retrouver un peu de calme. Mais les désaccords restent nombreux. Trump affirme notamment que l'Iran réclame désormais des compensations pour les dommages subis pendant les cinq mois de conflit, une demande qui n'aurait jusque-là jamais été évoquée dans les négociations.

Dans ce contexte, les investisseurs préfèrent ne pas prendre trop de risques avant le grand rendez-vous de demain : l'inflation américaine. Après les mauvais chiffres de l'emploi publiés vendredi, la perspective d'une nouvelle hausse des taux de la Réserve fédérale en septembre s'est éloignée. Une inflation plus faible que prévu demain renforcerait encore ce scénario et pourrait soutenir les marchés actions. À l'inverse, une mauvaise surprise sur les prix raviverait rapidement les craintes d'un nouveau durcissement monétaire. Bref, après la géopolitique et le pétrole, c'est désormais la Fed qui devrait reprendre la main !

À Paris, Total poursuit son rebond, en tête du CAC 40 avec une hausse de 1,4%, après avoir déjà signé la meilleure performance du CAC hier. Thales progresse aussi grâce au début de suivi de RBC, qui recommande le titre à l'achat avec un objectif de 330 euros (on en reparle dans cette édition). En cette période estivale, les volumes sont plus faibles et les catalyseurs peu nombreux. Les marchés restent donc proches de leurs sommets, mais sans véritable envie d'accélérer avant le verdict de l'inflation américaine demain après-midi. Suspense...

Les valeurs

Thales

Thales gagne un peu de terrain ce mardi : +0,15% à 267,80 euros. Royal Bank of Canada (RBC) a débuté le suivi de l'action avec un avis positif et un objectif de 330 euros (soit un potentiel de hausse de plus de 20% par rapport au cours actuel). RBC est également positive sur l'allemand Rheinmetall (objectif fixé à 1 600 euros) et remet sous les projecteurs tout le secteur européen de la défense. Mais l'essentiel est ailleurs : Thales transforme désormais le réarmement européen en résultats concrets.

Au premier semestre, ses commandes ont bondi de 21%, à 12,5 milliards d'euros, tandis que sa trésorerie disponible a presque quadruplé, à 1,87 milliard. Défense aérienne, missiles, optronique : le groupe est directement exposé aux segments les plus recherchés. Pour RBC, Thales dispose encore de l'un des meilleurs profils de croissance du secteur européen. Mais après sa forte hausse en Bourse (+17% en 2026, +66% en 2025), les attentes sont très élevées !

Total

Total clôture en tête du CAC 40, porté par le regain de tension sur le pétrole. Le Brent a brièvement retrouvé les 90$ le baril ce matin, au plus haut depuis fin juillet, alors que les négociations entre Washington et Téhéran patinent et que le détroit d'Ormuz reste fortement perturbé. Un pétrole plus cher améliore mécaniquement les perspectives de revenus et de trésorerie des grandes compagnies pétrolières. Le mouvement profite à tout le secteur énergétique européen, Total se distingue à Paris avec une hausse de 1,39%, à 76,59 euros.

Après des résultats trimestriels déjà solides, le géant français retrouve ainsi son rôle de valeur refuge relative lorsque les tensions géopolitiques font flamber l'énergie. Attention toutefois... Une annonce crédible sur la réouverture d'Ormuz dans les prochains jours pourrait faire rapidement retomber la prime géopolitique. Depuis le début de l'année, Total signe une hausse de 38% à la Bourse de Paris, hors dividendes (+4% en 2025).

Le coin des smalls : Viel & Cie

Le groupe financier, maison mère notamment de Bourse Direct et de Compagnie Financière Tradition, a réalisé 696 millions d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, en hausse de 6,5% sur un an. La progression est même plus forte, +11,5%, si l'on neutralise les variations des monnaies étrangères, qui ont pénalisé la conversion en euros des revenus réalisés à l'international. Sur le seul deuxième trimestre, l'activité progresse plus modestement de 2,5%, à 331,2 millions d'euros. Cette croissance confirme la bonne dynamique observée en 2025, même si la comparaison était plus difficile au deuxième trimestre.

L'activité avait en effet été particulièrement soutenue en avril dernier, lorsque les annonces sur les droits de douane américains avaient provoqué davantage de mouvements sur les marchés financiers. Un contexte généralement favorable aux activités d'intermédiation de Viel & Cie. Malgré cet effet de comparaison, le groupe continue donc d'afficher une activité en progression sur les six premiers mois de l'année. Le titre, éligible au PEA-PME, reste stable aujourd'hui à 19,10 euros (-0,10%). Il affiche néanmoins une progression de 12% depuis le début de l'année, après une hausse de 48% en 2025.

Le monde d'après : 500 milliards de dollars !

Nvidia s'associe aux financiers Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour créer des plateformes capables de mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux afin de financer les infrastructures nécessaires à l'intelligence artificielle. Son PDG Jensen Huang indique même que Nvidia pourrait garantir jusqu'à 125 milliards de dollars, soit 25% des opérations concernées.

L'objectif est colossal : financer les puces, serveurs et centres de données dont ont besoin les entreprises qui développent ou utilisent l'IA. Le message envoyé au marché est important car la course à l'intelligence artificielle n'est plus seulement une affaire de technologie, elle devient également un gigantesque sujet de financement d'infrastructures, comparable par certains aspects aux télécoms, à l'énergie ou aux réseaux. L'IA devient en quelque sorte une industrie lourde.

Par ailleurs, plus Nvidia participe au financement de ses propres clients, plus les liens financiers au sein de l'écosystème deviennent complexes et... discutables. Cette mécanique nourrit en effet l'une des critiques les plus récurrentes autour de la bulle de l'IA : des investissements gigantesques, mais concentrés entre une poignée d'acteurs qui financent, équipent et achètent souvent les uns chez les autres. Tant que la croissance suit, ce cercle vertueux soutient tout l'écosystème. Mais si les revenus générés par l'IA déçoivent, cette forte interdépendance pourrait rapidement devenir une faiblesse et amplifier un retournement baissier en Bourse...

Demain à la une : la tech à l'épreuve de l'inflation

Demain, tous les regards seront tournés vers l'inflation américaine de juillet. Le consensus interrogé par Reuters attend une hausse des prix d'environ 3,4% sur un an, après 3,5% en juin, tandis que l'inflation sous-jacente (voir lexique), hors alimentation et énergie, est attendue autour de 2,5%.

L'enjeu est important. Le récent ralentissement du marché du travail a réduit la pression sur la Fed, mais le rebond du pétrole complique l'équation. Une inflation supérieure aux attentes pourrait faire remonter les rendements obligataires et peser sur les valeurs technologiques et les entreprises très endettées. À l'inverse, un chiffre rassurant renforcerait l'idée que la Banque centrale peut patienter avant de rehausser ses taux.

Après la clôture de Wall Street, Cisco publiera également ses résultats trimestriels. Les investisseurs surveilleront particulièrement les équipements de réseaux et la demande liée aux centres de données et à l'intelligence artificielle. Après deux séances estivales plutôt calmes, ce mercredi pourrait enfin réveiller les marchés !

Le lexique : l'inflation sous-jacente

L'inflation sous-jacente, souvent appelée « core inflation » aux États-Unis, mesure l'évolution des prix en excluant l'alimentation et l'énergie, deux catégories particulièrement volatiles. Elle permet d'observer plus clairement les tensions de fond sur les prix des services et des autres biens. Les banques centrales la suivent de très près car une inflation sous-jacente durablement élevée peut signaler que la hausse des prix s'est installée dans l'économie, même lorsque le pétrole ou l'alimentation baissent temporairement.