Les marchés : les marchés en vacances

Grande hésitation sur les marchés ! Le CAC 40 clôture proche de l'équilibre (+0,13% à 8 726 points), comme les principaux indices européens, tandis que Wall Street évolue, elle aussi, dans de très faibles variations. La trêve estivale bat son plein, les volumes sont maigres et les actualités fortes sur les actions se font rares. Les investisseurs restent surtout suspendus aux développements au Moyen-Orient et à une éventuelle réouverture du détroit d'Ormuz. Un dossier devenu incontournable malgré les déclarations, contre-déclarations et changements de pied successifs, aussi bien du côté de Trump que de Téhéran.

Difficile, dans ces conditions, de savoir quelle position tiendra encore demain. Cette hésitation alimente la hausse du pétrole (+4% sur le baril de Brent ce lundi), tandis que les marchés attendent désormais un autre rendez-vous majeur : les chiffres de l'inflation américaine mercredi, particulièrement surveillés après le net ralentissement de l'emploi aux États-Unis. Après ce lundi presque somnolent, les prochaines séances pourraient donc être nettement plus animées. On fait le point dans cette édition sur les événements qui pourraient réveiller les marchés. Bonne lecture à tous !

Les valeurs : LVMH

Le géant du luxe progresse de 0,51% à 482,45 euros ce lundi soir, soutenu par une dynamique inattendue venue de Corée du Sud. Et derrière cette histoire, il y a l'intelligence artificielle. Encore et toujours. L'explosion de la demande pour les puces électroniques a dopé les résultats et les cours de Bourse des géants coréens Samsung et SK Hynix. Résultat, la Bourse de Séoul a bondi de 95% en un an, et certains salariés de ces groupes ont bénéficié de primes particulièrement généreuses. Cet enrichissement profite directement au luxe, la Corée du Sud étant l'un des pays où les dépenses en produits haut de gamme sont les plus importantes par habitant.

Une aubaine pour LVMH, qui réalise environ 5% de ses ventes dans le pays et a récemment souligné la solidité de la demande coréenne. Le phénomène ne se limite d'ailleurs pas au numéro un mondial du luxe : Hermès, Prada ou encore Moncler en bénéficient également. Mais la Corée ne peut pas tout compenser. Pour LVMH, le véritable enjeu reste le retour d'une croissance plus forte en Chine et dans la mode et maroquinerie, sa principale activité. La Corée apporte donc un soutien bienvenu, mais elle ne suffira pas, à elle seule, à relancer durablement la machine du luxe. Depuis le début de l'année, le titre cède 25%.

Airbus

Airbus grapille 0,49% à 214,65 euros, dans le sillage d'un secteur aéronautique qui sort renforcé de la saison des résultats. Ces dernières semaines, Safran, Thales et Dassault Aviation ont tous rassuré les investisseurs, tandis qu'Airbus a, lui aussi, passé avec succès son grand rendez-vous avec le marché. L'avionneur européen avait pourtant commencé l'année avec des livraisons d'appareils en retard, faisant craindre qu'il ne puisse tenir ses objectifs annuels. Depuis, le groupe a redressé la barre et surtout rassuré sur ses perspectives à moyen terme. Le marché regarde désormais davantage vers 2029.

Airbus vise à cet horizon un résultat opérationnel compris entre 12 et 13 milliards d'euros, tout en prévoyant de racheter jusqu'à 5 milliards d'euros de ses propres actions. Ses derniers résultats trimestriels ont également dépassé les attentes, malgré quelques prises de bénéfices après la forte progression du titre. Plusieurs bureaux d'analyse restent confiants : Barclays a notamment relevé son objectif de cours à 260 euros, soit un potentiel de hausse de plus de 20% par rapport au cours actuel, estimant que les perspectives de long terme du constructeur sont désormais plus solides et plus lisibles. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 8%.

Le coin des smalls : Innate Pharma

La biotech spécialisée dans l'immunothérapie franchit une nouvelle étape dans le développement de son traitement contre une forme rare de cancer du sang. Le spécialiste français s'associe au laboratoire suédois Sobi pour lancer une étude de phase 3, dernière grande étape de tests avant une éventuelle autorisation de mise sur le marché. Dans le cadre de l'accord, Sobi versera 75 millions de dollars à Innate Pharma une fois l'opération finalisée, auxquels pourront s'ajouter 40 millions de dollars liés aux prochaines étapes du développement.

L'accord pourrait devenir bien plus important si le traitement confirme son potentiel. Sobi pourra obtenir, en effet, les droits mondiaux de développement et de commercialisation, ce qui pourrait rapporter jusqu'à 465 millions de dollars supplémentaires à Innate Pharma en fonction des autorisations obtenues et du succès commercial. La société française éligible au PEA-PME percevrait également une part des futures ventes du médicament. Ce partenariat permet ainsi à Innate Pharma de financer sa dernière phase de développement tout en partageant les risques avec un acteur pharmaceutique international. Le titre bondit ce lundi soir de 21,49% à 1,83 euro, portant sa progression à près de 12% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : Shein en bourse

Shein prépare son introduction en Bourse à Hong Kong, après avoir échoué à rejoindre les marchés de New York puis de Londres pour des raisons réglementaires. Le spécialiste chinois de la mode à très bas prix pourrait arriver en Bourse avec une valorisation bien plus faible qu'espéré. Selon Bloomberg, le groupe vaudrait entre 22 et 25 milliards de dollars, loin des 30 à 40 milliards évoqués récemment, et très loin des 100 milliards atteints lors d'une levée de fonds en 2022.

Le problème, c'est que la dynamique de Shein s'est nettement dégradée. Son bénéfice a chu de 39% en 2025, à 2,06 milliards de dollars, et le groupe a même enregistré une perte de 99 millions de dollars au premier trimestre 2026. La fin d'une exemption douanière aux États-Unis, qui permettait jusqu'ici aux petits colis de moins de 800$ d'échapper aux droits de douane, a fortement pesé sur son modèle. En Europe aussi, une taxe de 3 euros sur les colis de moins de 150 euros vient compliquer l'équation.

Pour les investisseurs, la question est donc de savoir si Shein arrive trop tard en Bourse. La croissance ralentit, la concurrence de Temu s'intensifie et le groupe reste fortement dépendant d'une chaîne d'approvisionnement largement concentrée en Chine. Son modèle de mode ultra-rapide conserve une forte puissance commerciale, mais il est désormais davantage exposé aux taxes, aux tensions réglementaires et à la pression sur les marges. Rappelons également que ce modèle fait l'objet de très vives critiques, à juste titre, concernant son impact écologique et social. L'IPO de Shein sera donc un test : le marché croit-il encore au champion mondial de la fast-fashion ? Ou estime-t-il que sa meilleure période est déjà derrière lui ? Pour notre part, nous passons notre tour.

L'agenda du lundi : le test de l'inflation

Un nouveau test sur l'inflation américaine attend les marchés cette semaine, alors que les investisseurs cherchent à savoir si le récent ralentissement de l'emploi, évoqué vendredi soir, permettra à la Fed d'éviter de relever ses taux. Le rendez-vous majeur arrivera mercredi avec les prix à la consommation de juillet, avant les prix à la production jeudi puis les ventes au détail vendredi (voir lexique). Ces trois statistiques permettront de jauger à la fois les tensions sur les prix et la solidité de la consommation américaine, avec un impact immédiat sur les taux, le dollar et les actions américaines.

Les actions technologiques resteront parallèlement sous surveillance avec les résultats de Cisco mercredi et d'Applied Materials jeudi, deux publications particulièrement suivies pour leurs indications sur les dépenses dans les réseaux, les centres de données et les semi-conducteurs liés à l'intelligence artificielle. Enfin, le pétrole devrait continuer à dicter une partie de l'humeur des marchés : les investisseurs suivront l'évolution des tensions autour du détroit d'Ormuz, dont la fermeture ou la réouverture continuera de faire varier rapidement les cours du brut et, par ricochet, les anticipations d'inflation. Same old song !

Demain à la une : nouvelle séance calme ?

La séance de mardi devrait rester relativement calme sur le front macroéconomique, les marchés étant surtout tournés vers le chiffre d'inflation américaine attendu mercredi. Aux États-Unis, l'indice de confiance des petites entreprises donnera néanmoins un aperçu du moral des entrepreneurs, de leurs intentions d'embauche et de leurs préoccupations sur les prix, autant d'éléments suivis après le récent ralentissement du marché du travail (23 000 emplois détruits en juillet, contre 80 000 à 85 000 créations attendues).

L'attention se déplacera aussi vers le compartiment technologique après la clôture de Wall Street, avec les résultats de CoreWeave et de Super Micro Computer. Ces deux acteurs très exposés aux infrastructures d'intelligence artificielle serviront de petit test pour la vigueur des investissements dans les centres de données et, plus largement, pour l'enthousiasme entourant l'IA en Bourse. Mais leur poids reste assez limité : on est très loin de mastodontes comme Nvidia, Alphabet ou Apple.

Le lexique : les trois chiffres US de la semaine

Les prix à la consommation mesurent l'évolution du prix des biens et services achetés par les ménages : ils constituent l'un des principaux indicateurs de l'inflation. Les prix à la production suivent, eux, l'évolution des coûts facturés par les producteurs avant que les produits n'arrivent au consommateur. Leur hausse peut donc, avec un certain décalage, se transmettre aux prix à la consommation si les entreprises répercutent leurs coûts. Les ventes au détail mesurent enfin les achats réalisés par les ménages et donnent une indication sur la vigueur de la consommation.

Ces trois statistiques sont étroitement liées. Des coûts de production élevés, ou une consommation très dynamique, peuvent alimenter l'inflation. En Bourse, elles sont particulièrement suivies car elles influencent les anticipations de croissance, les bénéfices des entreprises et surtout les décisions des banques centrales sur les taux d'intérêt. Une inflation plus forte que prévu peut ainsi entraîner à la baisse les actions si elle laisse craindre des taux durablement élevés. Et c'est tout le sujet en ce moment !