Les marchés : une pluie de records !

On ne les arrête plus ! Le CAC 40 poursuit son ascension et inscrit un nouveau record historique en séance à 8 669 points. Au fixing, il clôture en hausse de 0,61% à 8 667 points. Les marchés restent portés par une combinaison particulièrement favorable : une saison de résultats d'entreprises qui dépasse largement les attentes et un regain d'optimisme sur le front géopolitique. Les cours du pétrole chutent de plus de 5%, repassant sous les 80$ le baril, après que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a estimé qu'un accord avec l'Iran sur la réouverture du détroit d'Ormuz pourrait être trouvé dès cette semaine. Une détente qui éloigne, au moins temporairement, le risque d'un nouveau choc énergétique. Mais on va prendre des pincettes ! Vous connaissez comme nous les humeurs changeantes de Trump ?

Mais le véritable moteur des marchés reste la saison des résultats. Selon Société Générale, elle est tout simplement exceptionnelle. Et nous partageons cet avis. Près de 86% des entreprises américaines ont publié des bénéfices supérieurs aux attentes, tandis que seules 9% ont déçu (un niveau historiquement faible). Plus impressionnant encore, les marges progressent dans dix des onze grands secteurs de l'économie américaine, preuve que les entreprises parviennent encore à préserver leur rentabilité malgré un environnement économique exigeant. Les secteurs de la technologie, de la finance et de l'industrie concentrent la majorité des relèvements de prévisions.

Ce climat favorable se retrouve sur l'ensemble des places financières. Les indices français, allemand et italien ont tous inscrit de nouveaux records historiques, tandis qu'à Wall Street, le S&P 500 (+1,3%) et le Nasdaq (+1,8%) poursuivent également leur ascension vers de nouveaux pics historiques. Les derniers indicateurs économiques américains confortent également cette dynamique : l'activité manufacturière accélère plus fortement qu'attendu en juillet au États-Unis, confirmant la bonne résistance de l'économie. Pour l'instant, les marchés cumulent tous les ingrédients qu'ils apprécient : des bénéfices solides, une économie qui tient le cap et des tensions géopolitiques qui semblent progressivement s'atténuer. C'est ce cocktail qui explique les nouveaux records observés des deux côtés de l'Atlantique. Mais attention, cette euphorie repose encore sur un fragile château de cartes ?

Les valeurs : BP et Total

Le pétrolier britannique BP a largement dépassé Total au deuxième trimestre, avec un bénéfice net en hausse de 144% à 5,73 milliards de dollars, contre une progression de 68% pour le géant français. La major britannique a profité de l'envolée du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient, le Brent ayant atteint en moyenne 92,3 dollars le baril au premier semestre, contre 71,9 dollars un an plus tôt. Ses activités de raffinage, de stations-service et de distribution de lubrifiants ont particulièrement soutenu les résultats. Le flux de trésorerie opérationnel a bondi de 79% à 9,69 milliards de dollars, permettant une réduction de la dette de 25% et une hausse de 4 % du dividende trimestriel.

La nouvelle directrice générale, Meg O'Neill, veut toutefois préparer BP à une éventuelle baisse des prix de l'énergie. Elle accélère les cessions d'actifs, notamment dans le biogaz, le raffinage et la mer du Nord, afin de renforcer le bilan et de recentrer le groupe sur le pétrole et le gaz. Malgré des résultats supérieurs aux attentes et le bénéfice le plus élevé depuis 2022, le marché n'est pas du tout emballé par le plan stratégique dévoilé ce mardi ! BP cède 4,8% (-2,9% pour Total). Outre cette feuille de route, le Brent cède 5% aujourd'hui et 12% sur la semaine, entraînant dans son sillage le secteur pétrolier. Hors dividendes, BP progresse tout de même de 22% depuis le début de l'année à Londres (+34% pour Total).

Lufthansa

Le transporteur aérien allemand décroche de 8,34% à 8,47 euros à Francfort après des résultats trimestriels inférieurs aux attentes et une révision à la baisse de ses objectifs pour 2026. Malgré un chiffre d'affaires en hausse de 8%, à 11,14 milliards d'euros, le bénéfice opérationnel s'effondre de 60% à 346 millions d'euros, contre 401 millions d'euros attendus. Le bénéfice net est, quant à lui, divisé par 9, à 123 millions d'euros seulement ! Le principal responsable est la forte hausse du prix du carburant, conséquence des tensions au Moyen-Orient.

Cette année, la facture de carburant de Lufthansa devrait en effet atteindre 8,7 milliards d'euros, soit 1,5 milliard d'euros de plus que prévu. Face à cette pression, le groupe revoit ses ambitions pour 2026 et vise désormais un bénéfice opérationnel compris entre 1,7 et 2,2 milliards d'euros, contre plus de 2 milliards d'euros auparavant. Alors que ses concurrentes Air France-KLM et IAG avaient réussi à rassurer les investisseurs malgré ce contexte difficile, Lufthansa peine encore à convaincre le marché ? Après son recul journalier, le titre affiche une performance quasiment stable depuis le début de l'année (+1%).

Le coin des smalls : Exosens

Le fabricant de capteurs de haute technologie s'adjuge 6,49% à 63,15 euros, signant l'une des plus fortes hausses du SBF 120, après le soutien renouvelé de plusieurs banques et bureaux d'analyses. JPMorgan a relevé son objectif de cours de 71 euros à 73 euros, tout en confirmant sa recommandation d'achat, tandis que Berenberg maintient également une opinion positive avec un objectif de 72 euros. Les deux banques saluent les solides résultats semestriels du groupe, qui profite de la forte demande dans les secteurs de la défense et du nucléaire. Respectivement, elles tablent sur un potentiel de hausse de 16% et 15% par rapport au cours actuel.

Au premier semestre, le chiffre d'affaires d'Exosens a progressé de 15,3%, à 253 millions d'euros, tandis que le résultat opérationnel a bondi de 21%, à 59,4 millions d'euros. Le groupe augmente également ses capacités de production, avec un triplement prévu de sa capacité de fabrication de caméras thermiques afin de répondre à une demande en forte croissance. Enfin, JPMorgan estime qu'Exosens pourrait susciter l'intérêt d'un grand groupe de la défense, les entreprises disposant de technologies aussi spécialisées étant rares et potentiellement attractives pour une future acquisition. Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME progresse de 30%

Le monde d'après : SpaceX joue gros

Le groupe d'Elon Musk joue gros ce soir avec la publication de ses premiers résultats depuis son introduction en Bourse. Le titre, introduit à 135$, évolue désormais autour de 108$, soit une baisse d'environ 20% par rapport à son prix d'IPO et de plus de 50% par rapport à son plus haut du 16 juin. Les investisseurs ont rapidement refroidi leur enthousiasme, inquiets des dépenses massives dans l'intelligence artificielle, de l'endettement supplémentaire de 25 milliards de dollars levé après l'IPO, et d'une valorisation encore très élevée, autour de 76 fois le dernier chiffre d'affaires publié (c'est délirant).

Les chiffres seront évidemment surveillés. Le marché attend 6,85 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre, soit une hausse de 68% sur un an, mais aussi une perte opérationnelle de 1,62 milliard de dollars. Les investisseurs suivront aussi le discours de Musk. Il devra convaincre que ses investissements dans l'IA, Starlink, Starship et les futurs centres de données peuvent réellement justifier la valorisation de SpaceX. Dans un marché devenu très exigeant sur la rentabilité de l'intelligence artificielle, les promesses ne suffisent plus. À juste titre !

L'autre enjeu est plus technique, mais crucial pour l'action. Peu après la publication des résultats, une première période de blocage des actions, appelée « lockup », arrivera à échéance. Cela permettra à certains investisseurs historiques de vendre jusqu'à 911,5 millions d'actions, soit près de 50% de titres supplémentaires par rapport à l'introduction en Bourse. Une arrivée massive de titres sur le marché pourrait accentuer la volatilité à court terme. Pour SpaceX, cette publication ne sera donc pas seulement un test financier : ce sera aussi un test majeur de confiance. On suivra ça de près.

Demain à la une : le rallye passe son test

Demain, le marché va tester la solidité de l'euphorie boursière que nous vivons. Le principal rendez-vous économique sera l'indice ISM sur l'activité des services aux États-Unis, qui donnera une indication sur la vigueur de l'économie, l'emploi et les pressions sur les prix. Une activité trop dynamique ou des coûts encore élevés pourraient repousser les espoirs de baisse des taux de la Fed et faire remonter les rendements américains. En Europe, les prix à la production permettront également de jauger les risques d'inflation.

La saison des résultats restera tout aussi déterminante avec les publications des américains Disney, Uber et Eli Lilly. Disney sera attendu sur le streaming et la fréquentation de ses parcs, Uber sur la demande de mobilité et de livraison, tandis qu'Eli Lilly pourrait faire réagir tout le secteur pharmaceutique, notamment grâce à ses traitements contre le diabète et l'obésité. Ces annonces pourraient peser assez fortement sur Wall Street. Et on surveillera plus ou moins les dernières avancées sur le front géopolitique.

Le lexique : le CAC 40 GR

Le CAC 40 GR, pour « Gross Return », est la version du CAC 40 qui tient compte des dividendes réinvestis. Il permet donc de mesurer la performance complète des 40 grandes entreprises françaises, et pas seulement l'évolution de leur cours de Bourse. Ce mardi, l'indice a atteint un nouveau record historique à 28 732 points. Depuis le début de l'année, il affiche désormais une hausse de 9%, contre +6,4% pour sa version traditionnelle, rappelant l'importance des dividendes dans le calcul des performances boursières. En Allemagne, le DAX 40 tient compte par défaut des dividendes, contrairement au CAC 40 « classique ».