Euphorie boursière, danger obligataire
Grosse séance ! Le CAC 40 gagne 0,92% ce jeudi. Il clôture à 8 486 points, grâce à une série de résultats d'entreprises particulièrement solides. Schneider Electric bondit de 10,8% et L'Oréal gagne 2,7% après des croissances supérieures aux attentes au deuxième trimestre. Société Générale (+5,7%), Bouygues (+7,1%) et Vinci (+4,7%) progressent également nettement, tandis que Stellantis recule de 4,3% et Sanofi de 8,9%. Hors de l'indice, ADP s'envole de 9,6%, soutenu par un accord avec l'État sur la régulation économique des aéroports parisiens.
À Wall Street, Microsoft décolle de 14%, là aussi grâce à des prévisions meilleures que prévu dans l'informatique à distance et à des investissements moins élevés qu'anticipé. Le Nasdaq progresse pour le moment de 2% (+1% sur le S&P 500). Les inquiétudes liées au coût de l'intelligence artificielle restent toutefois présentes, comme l'illustre la chute de 9% de Meta après un effondrement de 91% de sa trésorerie disponible !
La croissance américaine a par ailleurs ralenti à 1,5% au deuxième trimestre, contre 2,1% attendu, tandis que la Banque centrale américaine a maintenu hier soir, sans surprise, ses taux entre 3,50% et 3,75%. Le rendement des obligations américaines à 30 ans atteint toutefois son plus haut niveau depuis 19 ans, signe que les craintes d'inflation à long terme restent très fortes. En somme, les actions flambent et les taux menacent ? Prochaine étape pour les investisseurs : les résultats ce soir d'Apple et Amazon. Bonne lecture à tous.
Les valeurs : Bouygues
Le conglomérat français signe la 2ème plus forte hausse du CAC 40, avec un gain de 7,13% à 49,45 ?, après une publication semestrielle supérieure aux attentes. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 26,3 milliards d'euros au premier semestre, tandis que son activité du deuxième trimestre atteint 14,1 milliards d'euros, au-dessus des 13,9 milliards attendus par le marché. Son résultat opérationnel progresse à 829 millions d'euros, contre un consensus de 776 millions d'euros, porté par les excellentes performances d'Equans, sa filiale spécialisée dans les services liés à l'énergie.
Cette dernière profite pleinement de la forte demande liée à l'électrification, aux centres de données et à l'intelligence artificielle. Face à cette dynamique, Bouygues relève son objectif de marge pour Equans, désormais attendu à au moins 5,2%, contre 5% auparavant. Cette bonne publication confirme la transformation progressive du groupe, dont les activités liées à l'énergie prennent une place de plus en plus importante et constituent désormais un véritable moteur de croissance. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 11%.
L'établissement bancaire rouge et noir signe la 4e plus forte hausse du CAC 40, en hausse de 5,71% à 81,10 euros, après des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. SoGé a dégagé un bénéfice net de 1,79 milliard d'euros au deuxième trimestre, en hausse de 25,5%, contre 1,6 milliard d'euros attendu par le marché. Son produit net bancaire, l'équivalent du chiffre d'affaires pour une banque, progresse de 4% à 7,1 milliards d'euros, tandis que les frais de gestion reculent de 4%, à 4,16 milliards d'euros, illustrant une excellente maîtrise des coûts. La bonne surprise vient aussi de la banque de détail en France, dont les revenus dépassent les attentes, portée par une hausse de 14,9% de la marge sur les crédits.
Société Générale relève ses objectifs pour 2026 et vise désormais une rentabilité d'environ 11%, contre 10% auparavant. Le groupe annonce également un dividende intermédiaire de 0,75 ? par action et un programme de rachat d'actions de 1,5 milliard d'euros, une opération qui réduit le nombre d'actions en circulation et soutient automatiquement leur valeur. Les investisseurs attendent désormais la journée stratégique du 21 septembre, au cours de laquelle la direction dévoilera sa feuille de route pour les prochaines années. Depuis le début de l'année, le titre cède toutefois 18%.
Le coin des smalls : Wavestone
Le cabinet de conseil éligible au PEA-PME chute de 32,89% à 30 euros, signant la plus forte baisse de la Bourse de Paris, après avoir revu ses objectifs à la baisse pour 2026-2027. Le spécialiste a réalisé un chiffre d'affaires de 227 millions d'euros au premier trimestre, en recul de 2%. Son taux d'activité ressort à 71%, contre 72% auparavant, tandis que le prix moyen de ses prestations recule à 926 ? par jour, contre 938 ?. Le groupe explique que ses clients investissent de plus en plus dans les projets liés à l'intelligence artificielle, au détriment des autres activités de conseil ?
Les missions liées à l'IA représentent désormais 22% de son chiffre d'affaires, contre 17% un an plus tôt, mais cela ne compense pas encore le ralentissement des autres métiers. La société anticipe désormais une évolution de son chiffre d'affaires comprise entre -1% et une faible croissance, avec une marge opérationnelle de 11% à 13%, contre 13% visée auparavant. Les investisseurs craignent que ce ralentissement dure plus longtemps que prévu. Le titre cède désormais près de 45% en 2026 !
Le monde d'après : AMD veut rattrapper Nvidia
AMD, concurrent direct de Nvidia, veut montrer qu'il n'est plus seulement le numéro deux des puces pour l'intelligence artificielle. Le groupe dirigé par Lisa Su a présenté Helios, une armoire informatique géante conçue pour concurrencer directement les solutions de Nvidia dans les centres de données. L'idée est de regrouper dans un même système des processeurs, des puces graphiques, de la mémoire et des équipements réseau afin d'optimiser la puissance de calcul et la consommation d'énergie.
AMD promet jusqu'à 30% d'économies à l'usage, un argument important alors que les coûts d'électricité deviennent un sujet central pour les géants de l'IA. Le groupe américain peut déjà compter sur plusieurs grands clients. OpenAI et Meta ont prévu de déployer ses équipements dans leurs centres de données, tandis qu'Anthropic et Microsoft ont également annoncé leur intérêt. En Europe, le supercalculateur Alice Recoque doit aussi être équipé d'armoires Helios. AMD profite ainsi d'un besoin croissant des grands acteurs de l'IA : diversifier leurs fournisseurs pour ne pas dépendre uniquement de Nvidia, qui domine encore très largement le marché.
La marche reste toutefois haute. Nvidia a généré 215 milliards de dollars de revenus l'an dernier, contre 35 milliards pour AMD. Sa croissance reste aussi plus rapide. Mais AMD devient progressivement l'alternative la plus crédible, notamment grâce à ses rachats dans les réseaux, ainsi qu'à sa nouvelle génération de processeurs. Dans une industrie où les investissements se chiffrent en centaines de milliards de dollars, même une place de solide numéro deux peut représenter un marché considérable. Affaire à suivre.
Demain à la une : Inflation et Big Tech
La séance de demain promet d'être animée, entre nouveaux signaux sur l'inflation et verdict des géants américains de la technologie. En zone euro, les chiffres de l'inflation de juillet permettront de jauger la marge de man ?uvre de la Banque centrale européenne : une hausse des prix plus forte que prévu pourrait peser sur les marchés obligataires et les actions sensibles aux taux. Aux États-Unis, l'indice du coût de l'emploi sera également surveillé, car une progression rapide des salaires peut entretenir l'inflation et inciter la Réserve fédérale à maintenir une politique restrictive.
La technologie donnera par ailleurs le ton après les résultats d'Apple et d'Amazon, publiés ce soir après la clôture de Wall Street. Les investisseurs examineront surtout les perspectives d'Apple et la croissance des activités d'Amazon dans le commerce en ligne et le cloud. Compte tenu du poids de ces deux groupes dans les grands indices américains, toute déception pourrait rapidement peser sur le Nasdaq et se transmettre aux valeurs technologiques européennes. En France, Engie, AXA et Crédit Agricole passeront sur le gril ce vendredi. À suivre !
Le lexique : Les ETF
Les ETF (ou Exchange-Traded Funds) sont des fonds d'investissement cotés en Bourse qui regroupent un ensemble d'actifs, comme des actions, des obligations ou des matières premières. Ils cherchent généralement à reproduire la performance d'un indice de référence comme le S&P 500 ou le CAC 40. Cette approche dite « passive » nécessite très peu de recherche, d'analyses et d'arbitrages quotidiens, ce qui réduit fortement les coûts de fonctionnement.
Les économies réalisées sur ces frais de gestion se répercutent directement sur la performance du produit. Par ailleurs, les ETF se négocient tout au long de la journée comme une action ordinaire, ce qui permet de les acheter ou de les vendre facilement, souvent avec des coûts inférieurs à ceux des fonds traditionnels. Grâce à leur structure diversifiée et transparente, ils offrent aux investisseurs un moyen simple d'accéder à différents marchés ou thématiques d'investissement.
















