Les marchés : sur un fil !

L'indice français reprend son souffle et gagne 0,40% à 8 406 points ce lundi. Après plusieurs séances dominées par la géopolitique, les investisseurs avancent sur un fil et retrouvent un peu d'optimisme. Voilà désormais trois nuits consécutives sans frappes entre les États-Unis et l'Iran. Washington affirme avoir suspendu ses opérations militaires pour laisser une chance à la diplomatie, tandis que Téhéran assure vouloir respecter cette trêve tant qu'aucune nouvelle offensive américaine ne sera lancée. Un apaisement encore extrêmement fragile, mais suffisant pour rassurer les marchés. D'autant qu'en off, il se murmure que les faibles stocks de missiles américains ont pesé dans la décision de Trump de ne pas frapper l'Iran.

Réaction immédiate du pétrole. Le baril de Brent chute de 11% aujourd'hui, mais reste en hausse de plus de 50% depuis le début de l'année. Cette détente favorise les secteurs les plus sensibles au coût de l'énergie. Air France-KLM bondit de 1,31% et Lufthansa progresse de 1,83%, tandis que les valeurs pétrolières marquent logiquement le pas (-2% sur Total). Marc vous en parlait ce matin, Trump a effectivement renoncé à une vaste offensive qui était pourtant prête à être lancée ce week-end, préférant rouvrir la voie des négociations. Jusqu'à preuve du contraire, et vous savez combien ses décisions peuvent être erratiques, il souhaiterait obtenir la réouverture du détroit d'Ormuz, une question toujours au c ?ur des négociations, tout en évitant une escalade militaire dont le coût économique et stratégique serait considérable. Du moins, jusqu'au prochain épisode !

L'attention des investisseurs se tourne maintenant vers plusieurs rendez-vous. Mercredi, la Banque centrale américaine dévoilera sa décision de politique monétaire. Puis la saison des résultats entrera dans le vif du sujet avec les publications de Microsoft, Meta, Apple et Amazon aux États-Unis. En Europe, LVMH donnera ce soir le coup d'envoi d'une semaine particulièrement chargée, au cours de laquelle près de 30 entreprises du CAC 40 publieront leurs comptes. Après plusieurs semaines où la géopolitique a dicté le rythme des marchés, les bénéfices, et surtout les perspectives, des entreprises pourraient rapidement redevenir le principal moteur de la tendance boursière. Bonne lecture à tous.

Les valeurs : Eutelsat

Eutelsat et SES profitent d'une avancée décisive aux États-Unis dans la réallocation de la bande C, utilisée jusqu'ici pour certains services satellitaires, au profit de la 5G. Le régulateur américain a validé la libération de fréquences, avec des enchères prévues en juillet 2027 et un transfert progressif jusqu'en 2031. En contrepartie, Eutelsat devrait recevoir 504 millions de dollars avant impôts, contre 5,6 milliards pour SES, qui détient 89% des fréquences concernées.

Après impôts et coûts, Eutelsat pourrait conserver environ 325 millions d'euros, principalement pour réduire sa dette et financer le déploiement de OneWeb. SES disposerait de 2,2 à 2,3 milliards d'euros, avec la possibilité de se désendetter et de verser un dividende exceptionnel estimé à 1,7 milliard d'euros en 2030 ou 2031. Cette visibilité nouvelle est bien sûr saluée en Bourse : Eutelsat gagne 4,53% à 2,10 ?, et SES 1,14% à 7,09 ?. Respectivement, les deux actions progressent désormais de 24% et 30% à la Bourse de Paris depuis le début de l'année.

Thales

Deutsche Bank passe à l'achat sur Thales et relève son objectif de cours de 283 ? à 296 ?, soit un potentiel de hausse supérieur à 20% par rapport au cours de vendredi. La banque allemande estime que les perspectives s'améliorent dans l'ensemble des métiers du groupe. Dans la défense, les commandes restent dynamiques et l'augmentation prévue des dépenses militaires françaises devrait soutenir les activités liées aux missiles, aux radars, à l'espace et à l'optronique. Deutsche Bank anticipe ainsi une croissance annuelle moyenne de 11,2% entre 2024 et 2028, nettement supérieure aux 6% à 7% visés par Thales.

Le redressement du spatial se confirme également, avec un retour à la croissance et une marge redevenue positive au premier semestre, tandis que la cybersécurité semble avoir atteint son point bas. Thales bénéficie enfin d'un portefeuille diversifié et fortement technologique, soutenu par des dépenses de recherche représentant 6% de son chiffre d'affaires. Après une hausse de 6% la semaine dernière grâce à de solides résultats semestriels, l'action gagne 2,96% ce lundi, à 243,40 ?, à la suite du changement de recommandation de Deutsche Bank (+6% en 2026).

Le coin des smalls : TF1

Le groupe de médias gagne 3,62% à 7,00€, après la publication de ses résultats semestriels, là aussi supérieurs aux attentes du marché. TF1 a pourtant subi une baisse de 8,7% de ses revenus publicitaires et un recul de 9,9% de son chiffre d'affaires, à 993 millions d'euros. La bonne surprise vient de la maîtrise des coûts, qui a permis de limiter le recul de la rentabilité. Le résultat opérationnel ressort à 64 millions d'euros au deuxième trimestre, bien au-dessus des attentes des bureaux d'études, qui tablaient sur 45 à 50 millions d'euros. En parallèle, la plateforme de streaming TF1+ poursuit sa montée en puissance avec des revenus en hausse de 18,6%, à 109 millions d'euros.

Le groupe éligible au PEA-PME confirme par ailleurs ses objectifs pour 2026, avec une croissance à deux chiffres de ses activités numériques et une marge opérationnelle comprise entre 5% et 7%. La direction reste toutefois prudente : elle anticipe un recul d'environ 10% du marché publicitaire traditionnel cette année, même si TF1 espère accélérer la croissance de TF1+, notamment grâce à son partenariat avec Netflix. TF1 fait partie de notre portefeuille défensif de long terme. Cliquez ici pour découvrir notre objectif boursier.

La pépite de la semaine

Ubaldi Costruzioni est une entreprise italienne spécialisée dans la réalisation d'infrastructures civiles, routières et de bâtiments publics. Contrairement aux acteurs intégrés du secteur, le groupe intervient principalement comme contractant général. Il remporte les appels d'offres, assure l'ingénierie, la gestion technique et le pilotage des chantiers, puis confie une large partie de l'exécution à des entreprises spécialisées. Ce modèle, peu capitalistique, lui permet de dégager des niveaux de rentabilité supérieurs à ceux observés traditionnellement dans le secteur de la construction, tout en limitant ses besoins d'investissement.

Le monde d'après : le nouveau champion chinois

La fièvre autour des puces mémoire ne faiblit pas. Le chinois CXMT a signé une entrée en Bourse spectaculaire à Shanghai, avec une envolée de 465,82% dès sa première séance de cotation. En cours de journée, le titre a même gagné plus de 500%, propulsant le fabricant de puces mémoire au rang de première capitalisation de Chine continentale, hors Hong Kong. L'opération lui aurait permis de lever 66,6 milliards de yuans, soit environ 8,6 milliards d'euros.

Fondé en 2016, CXMT est aujourd'hui le quatrième fabricant mondial de puces mémoire DRAM (voir lexique), avec près de 8% de parts de marché. Le groupe veut rivaliser avec les grands leaders du secteur, notamment SK Hynix, Samsung Electronics et Micron. Son arrivée en Bourse intervient dans un contexte très porteur : l'explosion des besoins en intelligence artificielle provoque une pénurie mondiale de puces mémoire, indispensables aux serveurs IA, mais aussi aux ordinateurs, smartphones et autres appareils électroniques.

Cette introduction record marque aussi une étape importante pour la Chine, qui cherche à réduire sa dépendance aux technologies étrangères dans les semi-conducteurs. Pékin veut en effet faire émerger ses propres champions face aux États-Unis et à la Corée du Sud. Le succès de CXMT montre par ailleurs que les investisseurs parient désormais sur la capacité de Pékin à prendre une place plus centrale dans la chaîne mondiale de l'IA, même si les tensions géopolitiques restent très fortes autour du secteur. Affaire à suivre de près !

L'agenda : une semaine intense

Les prochaines séances seront chargées, entre banques centrales, croissance, inflation et avalanche de résultats d'entreprises. Mercredi pourrait être marqué par un premier pic de volatilité, avec la décision de la Réserve fédérale américaine sur les taux d'intérêt. Le même jour, Microsoft, Meta, L'Oréal et Hermès publieront leurs résultats trimestriels. Les commentaires sur les taux du banquier central américain, et sur les dépenses liées à l'intelligence artificielle dans les rapports d'entreprises, vont animer les échanges sur le dollar, les obligations et les valeurs technologiques.

Jeudi sera probablement la séance la plus dense, avec la réunion de la Banque d'Angleterre, la première estimation de la croissance américaine au deuxième trimestre et l'indice des prix PCE, mesure d'inflation privilégiée par la Fed. La France publiera également son PIB, tandis que Schneider Electric, Sanofi, Apple et Amazon dévoileront leurs comptes. Vendredi, la Banque du Japon prendra le relais, accompagnée des premières estimations d'inflation de juillet en France et dans la zone euro, avant les résultats des géants pétroliers ExxonMobil et Chevron. Ces rendez-vous testeront simultanément les perspectives de croissance, l'évolution des taux et la solidité des bénéfices des grandes entreprises. Et bien sûr, l'évolution géopolitique au Moyen-Orient sera également à suivre.

Demain à la une : Fed, Air Liquide, Safran et Orange

Demain, les investisseurs devraient jouer la prudence en attendant la Réserve fédérale américaine, qui ouvrira une réunion de deux jours particulièrement incertaine. Sa décision ne tombera que mercredi soir, mais les marchés ajusteront déjà leurs anticipations sur les taux. Un nouvel indicateur de confiance des consommateurs américains fournira également des précisions sur la solidité de la consommation, principal moteur de l'économie des États-Unis. Les résultats d'entreprises occuperont toujours le devant de la scène.

À Paris, Air Liquide, Safran et Orange sont notamment attendus, tandis que Kering publiera après la clôture, avec un enjeu particulier pour le secteur du luxe. À Wall Street, Boeing, PayPal, Procter & Gamble et Visa permettront de jauger la santé de l'industrie, des paiements et de la consommation. Enfin, le pétrole restera sous surveillance après son net repli lié à l'accalmie entre les États-Unis et l'Iran : tout changement de ton pourrait rapidement modifier les craintes d'inflation et l'appétit pour le risque ?

Le lexique : les puces mémoire

Lexique un peu technique ce soir ! Les puces mémoire DRAM constituent la mémoire de travail temporaire d'un ordinateur ou d'un serveur : elles stockent les données dont le processeur a besoin immédiatement, mais les effacent lorsque l'appareil s'éteint. Dans l'intelligence artificielle, leur rôle est crucial, car l'entraînement et l'utilisation des modèles nécessitent de déplacer en permanence d'énormes volumes de données. Les processeurs graphiques spécialisés, ou GPU, utilisent notamment la HBM, une forme de DRAM empilée offrant une très grande vitesse de transfert.

Sans mémoire assez rapide et suffisamment abondante, les GPU attendent les données et leur puissance de calcul est sous-exploitée. La DRAM influence donc directement les performances, la consommation électrique et le coût des infrastructures d'IA. Pour les entreprises cotées concernées, la demande en mémoire peut soutenir les ventes, les prix et les marges. Mais ce marché reste cyclique : une hausse trop rapide des capacités de production peut provoquer une offre excédentaire et une chute des prix.