Les marchés
La BCE sous pression
Les marchés repassent franchement dans le rouge ce mercredi... À Paris, le CAC 40 cède 1,94% à la clôture, à 8 157 points. Wall Street suit le mouvement : le S&P 500 recule d'environ 0,5% et le Nasdaq de 0,7%, tandis que les Bourses européennes restent également sous pression. Le pétrole est le principal responsable. Sa remontée, alimentée par la guerre au Moyen-Orient, ravive les craintes d'une inflation durablement élevée. À la veille d'une réunion cruciale de la Banque centrale européenne, les investisseurs préfèrent donc réduire la voilure.
Sauf surprise, la BCE devrait relever demain son principal taux de 0,25 point, à 2,5%. Mais cette hausse est déjà largement intégrée par les marchés. L'enjeu sera ailleurs : que fera la BCE ensuite ? L'inflation atteint encore 3,3% en zone euro, nettement au-dessus de l'objectif de 2%, alors que l'économie européenne est loin de surchauffer. Christine Lagarde devra donc répondre à une question délicate : jusqu'où relever les taux pour combattre une inflation largement alimentée par l'énergie, sans fragiliser davantage l'activité ?
Et la semaine est loin d'être terminée. Vendredi à 14h30, les investisseurs découvriront l'inflation américaine d'août, attendue à 3,4% sur un an. Un chiffre supérieur aux attentes renforcerait les probabilités et les craintes de nouvelles hausses de taux aux États-Unis. Bref ! Pétrole cher, BCE demain, inflation américaine vendredi : les banques centrales reprennent le contrôle de l'agenda des marchés. Bonne lecture à tous !
Les valeurs
Novartis
Hier soir, Novartis a encaissé un nouveau choc en Bourse. Le titre du laboratoire suisse a plongé de près de 11% à Zurich, après avoir déjà cédé 3% la veille. C'est la pire séance de son histoire. En cause, un deuxième échec clinique majeur en quelques jours. Son traitement expérimental del-desiran (contre une maladie génétique rare), n'a pas démontré d'amélioration statistiquement significative face au placebo lors d'une étude de phase III, dernière grande étape avant une éventuelle commercialisation. Ce revers fragilise surtout la logique financière du rachat de l'américain Avidity Biosciences, acquis pour environ 12 milliards de dollars en février 2026.
Le marché comptait largement sur le succès du del-desiran pour justifier ce prix élevé. L'opération conserve toutefois d'autres actifs prometteurs, notamment deux programmes dans les maladies neuromusculaires. Novartis maintient par ailleurs son objectif de croissance annuelle des ventes de 5 à 6% entre 2025 et 2030. Après deux échecs cliniques successifs, une question domine désormais : le portefeuille de nouveaux médicaments sera-t-il suffisamment solide pour soutenir cette croissance ? Réponse dans les prochains mois. Le géant suisse limite ses gains annuels à 2%.
LVMH
LVMH recule de 3,59% à Paris après la dégradation de HSBC. La banque britannique estime que la reprise du luxe lié à la mode, à la maroquinerie et aux chaussures est plus lente que prévu et que le second semestre devrait être moins dynamique. LVMH reste notamment pénalisé par un environnement économique difficile et par une reprise encore timide chez Dior. À l'inverse, HSBC privilégie le luxe plus durable, notamment la joaillerie, jugé mieux orienté, et maintient sa recommandation d'achat sur le suisse Richemont.
Le courtier réduit également ses objectifs de cours sur Hermès et Kering, faute de moteurs de hausse suffisamment visibles à court terme. Après le rebond du secteur ces dernières semaines, HSBC recommande davantage de prudence tant que l'amélioration des ventes ne se confirme pas nettement. Dans ce contexte, Kering signe ce soir la pire performance du CAC (-4,97% à 232,25 ?). En 2026, LVMH et Kering abandonnent respectivement 36% et 23% à la Bourse de Paris.
Le coin des smalls
Lumibird
Lumibird s'envole de 6,34% à 26,85 ? ce mercredi après une annonce particulièrement favorable à ses actionnaires. Le groupe français, spécialiste de la photonique (les technologies qui utilisent la lumière, notamment les lasers, pour mesurer, détecter ou transmettre de l'information) va céder son activité médicale à l'américain IPG Photonics pour 300 millions d'euros, auxquels pourraient s'ajouter jusqu'à 50 millions selon ses performances futures.
Surtout, une large part de cette somme reviendra directement aux actionnaires. Lumibird prévoit en effet un versement exceptionnel compris entre 10,30 ? et 11,70 ? par action, soit plus de 40% de la valeur du titre avant l'annonce. Le groupe conservera le solde pour réduire sa dette et accélérer ses investissements. Après l'opération, Lumibird sera recentré sur ses activités de photonique, avec une forte exposition à la défense, au spatial et à l'industrie. Le bureau d'études TP ICAP Midcap reste à l'achat sur le dossier, avec un objectif de 31,50 ? (soit un potentiel de +19%).
Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME gagne 27%. Lumibird fait partie de notre portefeuille sportif : retrouvez ici notre stratégie sur le titre.
Le secteur de la semaine
Voltalia : encore un warning. Dans le paysage tourmenté des énergies renouvelables cotées, Voltalia offre cette rentrée un cas d'école : celui d'un producteur dont la machine industrielle tourne à plein régime pendant que la mécanique financière se grippe.
Retrouvez ici l'analyse d'Euroland Corporate.
La recommandation du jour
Le duo gagnant
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L'alerte des 100$
Le pétrole franchit un nouveau cap. Le Brent a brièvement dépassé les 100$ le baril, une première depuis fin juillet, sur fond de reprise des hostilités au Moyen-Orient. De nouvelles frappes américaines et iraniennes ont notamment visé plusieurs pétroliers et navires dans la région. Le Brent gagne ainsi 12% en septembre (+66% en 2026). Le seuil symbolique des 100$ est particulièrement surveillé : une énergie durablement plus chère risque de raviver l'inflation, de rogner le pouvoir d'achat et d'alourdir les coûts des entreprises. Et bien sûr, cette poussée du pétrole joue directement à la baisse sur les actions.
Paris comme Wall Street restent fragilisées par la perspective de taux durablement élevés. Le rendement américain à dix ans évolue autour de 4,80%, rendant les obligations de plus en plus attractives face aux actions. Surtout, les investisseurs redoutent que le choc pétrolier pousse la Fed à relever ses taux la semaine prochaine, après la BCE demain. Les prix à la production qui seront justement publiés ce jeudi, puis l'inflation vendredi, seront donc particulièrement scrutés côté américain ? On en reparle vite !
Le monde d'après
DeepSeek bientôt en bourse ?
DeepSeek se rapproche de la Bourse de Shanghai. La start-up chinoise d'intelligence artificielle, connue pour avoir secoué Wall Street début 2025 avec un modèle moins coûteux que ChatGPT, aurait confié à CITIC Securities, l'une des grandes banques d'affaires chinoises, la préparation de son IPO. Un signal important pour cette pépite de l'IA chinoise, même si les contours exacts de l'opération ne sont pas encore fixés.
Cette introduction en Bourse aurait pour principal objectif de financer la course à l'IA. DeepSeek a en effet besoin de capitaux pour renforcer ses capacités de calcul, développer de nouveaux modèles et retenir ses meilleurs chercheurs, dans un secteur où la concurrence est particulièrement féroce. La société aurait déjà levé environ 7,4 milliards de dollars en juin, sur la base d'une valorisation supérieure à 50 milliards de dollars, et un nouveau tour de table pourrait la valoriser autour de 64 milliards d'euros.
Le projet s'inscrit dans une vague plus large d'introductions en Bourse dans l'intelligence artificielle. Aux États-Unis, Anthropic et OpenAI visent des valorisations bien plus élevées, mais la Chine veut aussi faire émerger ses champions cotés. Pour les investisseurs, DeepSeek représente un pari différent, celui d'une IA chinoise performante, moins chère, mais encore confrontée à un défi majeur : transformer ses avancées technologiques en profits durables.
Plus largement, le marché semble sous-évaluer l'impact des leaders technologiques chinois, alliant compétitivité tarifaire et hautes performances, sur la valorisation des géants américains de la tech. C'est un risque majeur pour l'actuelle bulle de l'IA. Affaire à suivre !
Demain à la une
Le discours de Lagarde
Ce jeudi s'annonce comme l'une des séances les plus importantes de la semaine, avec la Banque centrale européenne au centre du jeu. La BCE devrait relever son taux de dépôt (voir lexique) de 0,25 point, à 2,50%, pour répondre au regain d'inflation alimenté par l'envolée des prix de l'énergie. Mais cette hausse est déjà largement anticipée par le marché. Le véritable enjeu sera dans le discours de Christine Lagarde et les nouvelles prévisions économiques de la BCE. Les marchés chercheront surtout à savoir si cette hausse des taux est la dernière ou si un pétrole désormais au-dessus des 100$ pourrait justifier de nouveaux tours de vis dans les prochains mois.
La pression viendra aussi des États-Unis avec les prix à la production d'août, première grande répétition avant l'inflation américaine de vendredi. Un chiffre élevé renforcerait les craintes de voir la Fed maintenir, voire relever ses taux, avec un risque particulier pour Wall Street et les valeurs technologiques. Enfin, une adjudication de 22 milliards de dollars de dette américaine à 30 ans testera l'appétit des investisseurs pour les obligations à très long terme, alors que la hausse des rendements pèse déjà lourdement sur les actions. Demain, les marchés resteront donc prisonniers de la même équation : inflation, pétrole et taux d'intérêt.
Le lexique
Taux de dépôt
Le taux de dépôt est le taux d'intérêt appliqué par une Banque centrale aux sommes que les banques commerciales placent chez elle pour une courte durée. En zone euro, il est fixé par la Banque centrale européenne (BCE) et constitue l'un de ses principaux outils pour agir sur l'économie. Lorsqu'elle relève ce taux, laisser de l'argent à la BCE devient plus rémunérateur pour les banques : elles sont alors davantage incitées à conserver leurs liquidités et à prêter plus cher aux ménages et aux entreprises.
Cela tend à freiner le crédit, la consommation et l'investissement, donc à calmer l'inflation. À l'inverse, une baisse du taux de dépôt vise généralement à rendre le crédit moins coûteux et à soutenir l'activité. Ses variations influencent ainsi directement les taux d'emprunt, les obligations, les marchés financiers et, indirectement, la rémunération de nombreux placements.










