Les marchés : L'heure de vérité approche

Les marchés marquent une pause. Le CAC 40 termine quasiment à l'équilibre ce soir (+0,15%) à 8 339 points, mais affiche tout de même un recul de 2% sur la semaine. Les investisseurs semblent désormais avoir intégré la reprise des tensions au Moyen-Orient. De nouvelles frappes ont encore eu lieu dans la nuit entre Washington et Téhéran, sans provoquer de véritable mouvement de panique sur les marchés. Le risque géopolitique reste bien présent, mais les marchés attendent désormais de mesurer ses conséquences concrètes, notamment sur les prix du pétrole et plus largement de l'énergie.

C'est précisément ce point qui reste sous haute surveillance. Une nouvelle flambée de l'or noir pourrait raviver l'inflation et compliquer la tâche des banques centrales. Pour l'instant, les derniers chiffres publiés en Europe sont plutôt rassurants. En Allemagne, l'inflation ressort conforme aux attentes à 2,3% sur un an, tandis qu'en France elle ralentit davantage que prévu, à 1,8%. De quoi conforter le scénario d'une inflation qui continue progressivement de refluer, malgré un contexte géopolitique toujours tendu.

À Wall Street, les investisseurs commencent déjà à se tourner vers la saison des résultats, prochain grand test pour les marchés. Les indices américains évoluent légèrement dans le vert, tandis que le géant sud-coréen des puces mémoires, SK Hynix, fait ses premiers pas très attendus en Bourse aux États-Unis. Après un premier semestre particulièrement solide, les attentes sont désormais élevées ! Les prochaines publications devront donc confirmer que la progression des bénéfices justifie encore les valorisations actuelles. Ce sera l'un des grands sujets des prochaines semaines.

Exceptionnellement, il n'y aura pas de Journal de la Bourse lundi et mardi prochains (ni de Morning Zapping), en raison de la fête nationale. Toutefois, vos services Bourse Privée seront actifs lundi. Nous vous souhaitons à tous un excellent 14 juillet !

Les valeurs : Arcelormittal

ArcelorMittal clôture en tête du CAC 40 ce soir, en hausse de 6,64% à 58,14 euros, porté par le relèvement de recommandation de JPMorgan. La banque américaine passe de « sous-pondérer » à « neutre » (voir lexique) et relève son objectif de cours de 45 à 57 euros. Elle anticipe une progression des bénéfices grâce à l'amélioration attendue des prix de l'acier en Europe, à la montée en puissance du site américain de Calvert et au programme de rachat d'actions, renforcé par la cession de Vallourec.

JPMorgan prévoit une croissance du bénéfice opérationnel d'environ 20% en 2027 puis 25% en 2028 par rapport à 2026. Le potentiel de hausse paraît toutefois désormais limité, le titre évoluant déjà autour de sa juste valeur. Pour les actionnaires, les principaux risques restent liés aux prix de l'acier et des matières premières, à la demande chinoise, aux investissements du groupe et au coût de sa transition vers une production moins carbonée. Depuis le début de l'année, ArcelorMittal progresse de 48% à la Bourse de Paris.

Easyjet

C'est l'événement du jour en Bourse. EasyJet s'envole de 14,42% à Londres, à 6,73£, après l'entrée d'Apollo dans la bataille pour son rachat. Le fonds américain propose 7,15 livres par action, contre 6,90 livres pour Castlelake, un autre fonds américain, ce qui valorise la compagnie aérienne britannique à 5,7 milliards de livres, soit environ 6,7 milliards d'euros. Le conseil d'administration estime que cette nouvelle offre apporte davantage de valeur aux actionnaires et présente un meilleur intérêt stratégique à long terme. Il n'est donc plus disposé à recommander la proposition de Castlelake, pourtant acceptée quelques jours plus tôt.

Apollo entend poursuivre la stratégie actuelle d'EasyJet en renforçant sa flotte, ses services complémentaires, son programme de fidélité et son activité de voyages organisés EasyJet Holidays. La bataille n'est toutefois pas terminée, Castlelake peut encore relever son offre avant le 3 août, tandis qu'Apollo doit déposer une proposition ferme avant le 7 août. Cette concurrence entre les deux fonds pourrait encore faire monter les enchères. Easyjet s'envole désormais de 31% depuis le 1er janvier.

Le coin des smalls : Le Slip Français

Le Slip Français fera son entrée à la Bourse de Paris le 14 juillet, une date forcément symbolique pour cette marque devenue l'un des visages du Made in France. L'opération a rencontré un réel intérêt, avec 13,7 millions d'euros de demandes, soit 1,15 fois le montant proposé. Les investisseurs professionnels ont demandé 8,11 millions d'euros d'actions, tandis que plus de 7 250 particuliers ont participé à hauteur de 5,64 millions d'euros. Le prix d'introduction a été fixé à 14,80 euros par action, ce qui valorise l'entreprise à 19,2 millions d'euros. Au total, le groupe va lever 13 millions d'euros, dont 5 millions serviront directement à financer son développement.

L'entreprise, qui a réalisé 21,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 avec une marge d'exploitation de 6,2%, veut désormais changer de dimension. Elle détient aujourd'hui 4% du marché français des sous-vêtements masculins, estimé à 500 millions d'euros, et compte doubler cette part d'ici 2030. Le Slip Français prévoit également de lancer des jeans dès 2027, puis des sacs et des casquettes en 2028, avant de se développer dans le linge de lit en 2029. Son objectif est de doubler son chiffre d'affaires d'ici 2030 et de porter sa marge d'exploitation au-dessus de 10% dans les trois à cinq prochaines années.

Pétrole : une hausse maîtrisée ?

Temps fort de la semaine, et probablement de celles à venir, le pétrole a renoué avec la volatilité. Sur la semaine, le baril de Brent progresse d'environ 5%, après un pic à +11% mercredi. Ce soir, il évolue autour des 75,5$ mais a dépassé les 80$ il y a deux jours. Comme vous le savez, cette flambée a été déclenchée par la reprise des hostilités entre Américains et Iraniens. Trump a notamment déclaré que le cessez-le-feu était terminé, lors du sommet de l'OTAN à Ankara.

La nouvelle paralysie du détroit d'Ormuz réintroduit donc une prime de risque dans les cours. Le marché ne cède toutefois pas à la panique, le prix du Brent a cédé 4% hier, les investisseurs pariant encore sur une désescalade et constatant que Washington épargne, pour le moment, les infrastructures énergétiques iraniennes. La suite dépendra donc moins des déclarations politiques que de la circulation réelle des pétroliers dans le détroit d'Ormuz. On en reparle vite !

Le monde d'après : Mistral passe à la robotique

Mistral veut désormais prendre position sur la prochaine grande étape de l'intelligence artificielle : la robotique. La start-up française, valorisée 12 milliards de dollars, dévoile Robostral Navigate, un modèle conçu pour aider des robots à se déplacer dans des environnements complexes à partir d'une simple caméra et d'instructions en langage naturel. L'objectif est de rendre les robots plus autonomes, sans forcément utiliser des capteurs coûteux comme les radars laser généralement employés pour analyser l'espace autour d'eux.

Ce modèle peut théoriquement être utilisé sur plusieurs types de robots, qu'ils soient à roues ou à pattes. Les applications visées sont nombreuses : usines, entrepôts, livraison, logistique, mais aussi usages militaires. Mistral met aussi en avant un argument important dans le contexte actuel : son modèle utiliserait 22 fois moins de ressources que les meilleures approches comparables avec une seule caméra. Un point crucial alors que le coût d'utilisation de l'intelligence artificielle devient un sujet de plus en plus sensible pour les entreprises et les investisseurs.

Cette annonce confirme l'orientation de Mistral vers l'IA industrielle. La société ne cherche plus seulement à concurrencer OpenAI ou Anthropic sur les assistants grand public, mais à s'imposer auprès de grands groupes capables d'intégrer l'IA dans leurs processus de production. Elle travaille déjà avec des clients comme ASML, Stellantis, BMW ou Airbus. Après les logiciels, la robotique devrait donc devenir le prochain grand terrain de bataille de l'intelligence artificielle.

Preuve que l'IA Made in France a une réelle carte à jouer dans les années à venir !

L'agenda : Une semaine décisive !

La semaine prochaine s'annonce décisive pour les marchés, entre inflation américaine, croissance chinoise et lancement de la saison des résultats des grands groupes. Mardi, les investisseurs découvriront les derniers chiffres de l'inflation aux États-Unis, avant les prix à la production mercredi et les ventes au détail jeudi. Le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, sera également auditionné mardi et mercredi devant le Congrès : chaque mot sera analysé pour anticiper la prochaine décision de la Banque centrale. La Chine publiera ses exportations mardi, puis sa croissance du deuxième trimestre mercredi, avec un net ralentissement attendu.

Ces chiffres seront déterminants pour le luxe, l'automobile et les matières premières. La saison des résultats américains débutera parallèlement avec les grandes banques, dont JPMorgan et Goldman Sachs, avant TSMC et Netflix jeudi. Les publications de TSMC seront particulièrement surveillées pour jauger la solidité du boom de l'intelligence artificielle et des semi-conducteurs. En Europe, la production industrielle et l'inflation définitive de la zone euro permettront également d'affiner les attentes sur les taux. Enfin, l'évolution du conflit entre les États-Unis et l'Iran restera sous les projecteurs, car elle pourrait à nouveau faire varier les cours du pétrole et l'appétit pour le risque.

Le lexique : Les recommandations des banques

Les banques et bureaux d'études utilisent plusieurs termes pour résumer leur opinion sur une action. « Acheter », « surpondérer » ou « surperformer » traduisent une recommandation positive : leurs estiment que le titre peut progresser ou faire mieux que son marché. « Neutre » ou « conserver » signifie que le potentiel paraît limité ou équilibré par les risques. À l'inverse, « sous-pondérer », « sous-performer » ou « vendre » signalent une opinion négative. Attention, chaque banque utilise sa propre échelle et ses propres seuils !