Les marchés : l'alerte Samsung

Après avoir perdu 0,33% hier, le CAC 40 poursuit son repli ce mardi, avec une baisse de 0,51% à 8 436 points. Cette correction relativement mesurée à l'échelle de l'indice masque néanmoins des mouvements bien plus violents sur certaines grandes valeurs, pénalisées par de nouvelles inquiétudes autour de l'intelligence artificielle. Les investisseurs surveillent aussi le sommet de l'OTAN à Ankara, qui pourrait relancer les débats sur les dépenses de défense en Europe. Reste que la séance du jour est surtout marquée par la chute des valeurs liées aux puces électroniques.

Samsung a pourtant annoncé un bénéfice multiplié par 19, mais son action a perdu 7% à Séoul. Le message envoyé par le marché est limpide : après l'envolée spectaculaire des valeurs liées à l'intelligence artificielle, les investisseurs deviennent beaucoup plus exigeants. Et ils ont bien raison ! De bons résultats ne suffisent plus, les marchés veulent désormais savoir si cette croissance pourra continuer au même rythme dans les prochains trimestres.

La secousse se propage à l'échelle mondiale. À Paris, Soitec chute de 17,1%, STMicroelectronics recule de 8% et Schneider Electric perd 3,7%. Mais l'indice français résiste globalement grâce à d'autres secteurs moins exposés à l'intelligence artificielle. Carrefour gagne ainsi 3,7%, porté par un avis favorable de Royal Bank of Canada, qui recommande désormais l'achat de l'action et vise 22 ? (soit un potentiel de +32%). Air France-KLM progresse de 2,5%, soutenue par des attentes positives sur ses prochains résultats financiers. On en reparle dans la suite de cette édition. Bonne lecture à tous !

Les valeurs : STMicroelectronics et Soitec

Lanternes rouges du CAC 40 et du SBF 120, les spécialistes des semi-conducteurs STMicroelectronics (-7,99%) et Soitec (-17,09%) chutent lourdement ce mardi, dans le sillage de Samsung, qui a perdu 6,9% à Séoul cette nuit. Le géant sud-coréen a pourtant publié d'excellents résultats trimestriels, portés par la vente de puces mémoire dédiées à l'intelligence artificielle. Marc vous en parlait ce matin, Samsung a annoncé un bénéfice multiplié par 19 au deuxième trimestre, à environ 58,4 milliards de dollars. Sur un an, son chiffre d'affaires trimestriel explose de 129%. Malgré ces chiffres impressionnants, son action a perdu jusqu'à 10,1% en séance. Plus de 80 milliards de dollars de valeur boursière se sont ainsi envolés en quelques heures et son principal concurrent coréen SK Hynix a également reculé d'environ 6%.

Les investisseurs deviennent extrêmement exigeants, à juste titre, et craignent que l'euphorie autour de l'IA commence à ralentir. Samsung a fortement profité de la demande en puces utilisées dans les centres de données, mais les marchés redoutent désormais que les grands groupes technologiques américains réduisent leurs dépenses dans ce domaine. Samsung gagne énormément d'argent grâce à l'intelligence artificielle. Mais en Bourse, les investisseurs ne regardent pas seulement les résultats d'aujourd'hui. Ils cherchent surtout à savoir si cette croissance exceptionnelle peut durer. Et sur ce point, le doute commence à s'installer. Malgré la baisse de ce mardi, les actions de STMicroelectronics et Soitec signent des hausses de 160% et 323% en 2026 !

Et aussi... Air France

+2,50%, 13,74€, pour la compagnie aérienne. JPMorgan a placé son action sous « surveillance positive », estimant que les résultats du deuxième trimestre pourraient dépasser les attentes du marché. La banque américaine prévoit en effet un résultat d'exploitation de 408 millions d'euros, contre 301 millions d'euros attendus par le consensus de marché. Pour 2026, elle anticipe un résultat de 1,91 milliard d'euros, contre 1,55 milliard d'euros pour le consensus. La banque américaine considère même Air France-KLM comme la compagnie aérienne européenne traditionnelle la mieux placée pour créer une bonne surprise lors de la publication de ses résultats.

Cette confiance s'explique notamment par un contexte favorable pour les vols long-courriers. Le conflit au Moyen-Orient a conduit plusieurs compagnies du Golfe à réduire leur offre, avec Emirates opérant à seulement 85% de ses capacités habituelles, Etihad à 75% et Qatar Airways à 50%. Une partie des voyageurs s'est donc tournée vers les compagnies européennes, permettant à Air France-KLM de relever ses prix. Au premier trimestre, le groupe avait déjà annoncé une hausse de 30% de ses revenus sur certaines liaisons long-courriers. JPMorgan estime que cette dynamique pourrait se prolonger au deuxième et au troisième trimestre, portée par une forte demande et une offre de vols toujours limitée. Depuis le début de l'année, le titre progresse désormais de 18%.

Le coin des smalls : Voyageurs du monde

Le spécialiste des voyages sur mesure s'envole de 21,99% à 177,5 ? après l'annonce d'une profonde réorganisation de son capital. Les actionnaires fondateurs et plusieurs autres investisseurs ont décidé de regrouper leurs participations au sein de la holding Avantage, qui passera de 62,24% à 86,44% du capital et de 75,80% à 90,52% des droits de vote du groupe. Dans le même temps, Avantage a racheté un bloc de 73 969 actions, soit 1,65% du capital, au prix de 180 ? par action. Cette opération permettra aux fondateurs de conserver le contrôle de la holding avec 61,37% des droits de vote, malgré une participation ramenée à 17,32% du capital.

Cette réorganisation ouvre la voie au dépôt d'une offre publique d'achat (OPA) sur les actions restantes de Voyageurs du Monde au prix de 180 ? par action, ainsi que sur les obligations convertibles (voir lexique) à 182,52 ?. Si suffisamment d'actionnaires apportent leurs titres, la société pourrait ensuite être retirée de la Bourse. Pour les actionnaires minoritaires, cette offre représente une possibilité de vendre leurs actions à un prix fixé à l'avance, tandis que les fondateurs renforcent durablement leur contrôle sur le spécialiste français du voyage sur mesure. Depuis le début de l'année, l'action éligible au PEA-PME gagne désormais 6% à la Bourse de Paris.

Le monde d'après : le nouveau DeepSeek ?

La rivalité entre les États-Unis et la Chine s'intensifie dans l'intelligence artificielle. Après DeepSeek, c'est désormais Zhipu AI qui attire l'attention avec son modèle GLM-5.2. Selon plusieurs spécialistes, il rivaliserait avec les meilleurs outils américains, comme Claude, dans le code, les agents autonomes et la cybersécurité, tout en étant proposé à un coût six à dix fois inférieur. En quelques jours, il s'est hissé parmi les modèles les plus téléchargés par les développeurs, notamment dans la Silicon Valley.

L'atout de la Chine repose largement sur ses modèles ouverts, que les développeurs peuvent télécharger, modifier et intégrer librement dans leurs outils. Pékin cherche ainsi à imposer progressivement ses technologies dans l'écosystème mondial, tout en soutenant fortement ses jeunes pousses et en limitant le départ de ses talents vers l'étranger. Cette stratégie pourrait permettre aux modèles chinois de gagner rapidement du terrain auprès des entreprises internationales, notamment dans les outils de développement informatique.

Face à cette montée en puissance, Washington renforce son contrôle sur le secteur. L'administration américaine prépare de nouvelles règles pour mieux surveiller les modèles les plus avancés avant leur diffusion au grand public. Nous vous en parlions ces derniers jours, OpenAI discuterait d'une possible entrée de l'État américain à son capital, à hauteur de 5%. La bataille ne se joue donc plus seulement sur la performance des outils, elle est plus que jamais industrielle, financière et géopolitique !

Pour le moment, l'arrivée en force de Zhipu AI n'a pas eu de conséquences en Bourse. Mais elle rappelle l'épisode DeepSeek. Début 2025, l'émergence de cette IA chinoise, présentée comme performante et beaucoup moins coûteuse à développer, avait provoqué un vrai coup de froid à Wall Street. Pour ne pas dire un mini krach boursier. Les investisseurs avaient soudain redouté que les géants américains de la tech dépensent des centaines de milliards de dollars dans des infrastructures peut-être moins indispensables qu'imaginé. Résultat, Nvidia avait chuté d'environ 17% en une séance, effaçant près de 593 milliards de dollars de valeur boursière.

Demain à la une : les indices de la Fed

Après une clôture record de Wall Street hier soir, marquée par un Dow Jones franchissant pour la première fois les 53 000 points, la séance de demain s'annonce animée par plusieurs rendez-vous majeurs. Sur le plan macroéconomique, l'événement le plus scruté sera la publication, en soirée, du compte rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale américaine, tenue les 16 et 17 juin. Comme toujours, les investisseurs y chercheront des indices sur l'orientation que Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, souhaite donner à la politique monétaire américaine.

Un ton prudent face à l'inflation pourrait augmenter les rendements obligataires et peser sur les valeurs de croissance, tandis qu'un message plus favorable à une baisse de taux serait positif pour les actions (singulièrement les technos) et les cryptomonnaies, sensibles à ces annonces. Enfin, la séance sera rythmée par les stocks de pétrole américains, un indicateur important pour jauger l'équilibre entre offre et demande d'énergie. Une baisse marquée des stocks pourrait soutenir les cours de l'or noir et raviver les inquiétudes sur l'inflation, tandis qu'une hausse calmerait les tensions sur les prix de l'énergie.

Le lexique : obligation convertible

Une obligation convertible est un titre de dette émis par une entreprise qui fonctionne, dans un premier temps, comme une obligation classique : l'investisseur prête de l'argent à la société et reçoit en échange des intérêts réguliers, appelés « coupons ». La particularité de ce produit est qu'il offre à son détenteur la possibilité, à une date ou dans une période définie, de convertir son obligation en actions de la société émettrice, selon un rapport d'échange fixé à l'avance.

L'investisseur peut ainsi choisir de rester créancier ou de devenir actionnaire, selon l'évolution du cours de l'action. Ce mécanisme présente un double avantage : il offre une sécurité relative grâce aux coupons et au remboursement du capital si la conversion n'est pas exercée, tout en donnant accès à une potentielle plus-value si l'action de l'entreprise s'apprécie. C'est pourquoi on parle souvent de produit « hybride », à mi-chemin entre la dette et les actions.