Les marchés : retour brutal !

Le retour brutal des tensions entre les États-Unis et l'Iran fait replonger les marchés. Trump a déclaré au sommet de l'Otan à Ankara que le cessez-le-feu avec Téhéran était terminé, après une nouvelle série de frappes américaines contre plus de 80 cibles en Iran. Cette rupture ravive les craintes sur l'approvisionnement énergétique, notamment autour du détroit d'Ormuz, et relance le risque d'un scénario redouté par les investisseurs : une croissance plus faible accompagnée d'une inflation plus élevée.

La réaction a été immédiate. Le CAC 40 chute de 2,18% ce mercredi soir, à 8 253 points, tandis que Wall Street ouvre également en baisse (-1% sur le S&P 500). Le pétrole s'envole de 11% depuis mardi matin, avec un Brent de retour autour des 80$ le baril. Les taux des dettes d'État se sont aussi tendus, le rendement français à 10 ans atteignant 3,9% et celui des États-Unis 4,6%, signe que les marchés craignent une nouvelle pression sur les prix. Le Vix, l'indice de la peur, s'envole pour le moment de 15%.

Sans surprise, les valeurs les plus sensibles à l'énergie et au cycle économique sont les plus touchées, comme Air France-KLM (-6,6%), Stellantis (-5,8%) ou Société Générale (-5,8% également). Cette nervosité s'ajoute aux doutes déjà présents sur les valeurs liées aux semi-conducteurs et à l'intelligence artificielle dont nous vous parlions mardi soir, avec une nouvelle baisse de Samsung (-6% cette nuit, -7% hier) malgré un bénéfice multiplié par 19. Le marché reste ainsi très vulnérable au choc géopolitique iranien, d'autant que celui-ci menace à la fois l'énergie, l'inflation et la croissance mondiales.

Les valeurs

L'Oréal

L'Oréal va récupérer la licence Gucci Beauty dès juillet 2027, soit un an plus tôt que prévu, après la résiliation anticipée de l'accord entre Kering et Coty. Le groupe français avait déjà racheté, en mars, la division beauté de Kering pour 4 milliards d'euros, avec Creed et les licences Bottega Veneta et Balenciaga. Pour accélérer l'arrivée de Gucci dans son portefeuille, L'Oréal couvrira environ 70% des coûts liés à la rupture anticipée et aux stocks, tandis que Coty recevra jusqu'à 400 millions de dollars de compensation. Pour les bureaux d'études, cette arrivée anticipée est une opération très stratégique.

Et pour cause, Gucci Beauty génère aujourd'hui environ 500 à 520 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel, mais Barclays estime que la marque pourrait atteindre 5 milliards d'euros à long terme sous la direction de L'Oréal, soit près de dix fois plus. L'exemple d'Yves Saint Laurent Beauté nourrit cet optimisme : la marque est passée d'environ 300 millions d'euros de ventes lors de son intégration à plus de 3 milliards aujourd'hui. Citi parle même d'un véritable game changer pour L'Oréal, en estimant que Gucci pourrait ajouter, à elle seule, 0,5 point de croissance structurelle au groupe. L'enjeu est clair : transformer une grande marque de mode italienne en géant mondial des parfums et du maquillage. Malgré cette bonne nouvelle, L'Oréal chute dans le sillage de la Bourse de Paris ce soir : -1,96% à 380,75 euros (+3,5% en 2026).

Vivendi

Vivendi chute de 11,65% à 1,94 euro après une décision de la Cour d'appel de Paris qui écarte l'hypothèse d'une offre publique d'achat (OPA) sur le groupe. Les juges estiment que Bolloré, pourtant actionnaire à 29,9% du capital, n'exerce pas un contrôle effectif de Vivendi. Cette décision fait disparaître un important scénario spéculatif pour les investisseurs. La semaine dernière encore, Barclays estimait à 70% la probabilité d'une décision favorable à une OPA, avec un prix qui aurait pu approcher 3,44 euros par action, contre 1,96 euro avant l'annonce.

Cette décision met un terme, au moins provisoirement, à un feuilleton judiciaire qui dure depuis près de deux ans, né de la scission de Vivendi en quatre sociétés cotées fin 2024. Le fonds activiste français CIAM, qui réclamait une OPA pour protéger les actionnaires minoritaires, a annoncé un pourvoi en cassation. En attendant, le marché réduit ses espoirs de voir une telle OPA dans les prochains mois, ce qui explique la violente réaction du titre ce mercredi. Il chute désormais de 18,5% depuis le début de l'année.

Le coin des smalls

Chargeurs

L'action éligible au PEA-PME s'envole de 27,30% ce soir, à 9,42 euros. Le spécialiste des protections temporaires pour les sols compte racheter une partie de ses actions plutôt que de verser le dividende exceptionnel initialement prévu. Sa direction propose une offre publique de rachat à 14 euros par action, contre un cours de 7,40 euros mardi, ce qui représente une prime très importante. Cette opération, d'un montant total de 36,25 millions d'euros, remplace le dividende exceptionnel de 1,50 euro par action envisagé après la cession de Novacel (films de protection), qui a rapporté 225 millions d'euros en numéraire et généré environ 50 millions d'euros de plus-value.

Chargeurs justifie ce choix par la faible liquidité du titre et par l'écart très important entre son cours de Bourse et la valeur estimée de ses actifs, évaluée à 24,20 euros par action. L'offre à 14 euros reste donc nettement inférieure à cette valeur, mais supérieure aux 12 euros proposés lors de la précédente opération, fin 2023. Cette annonce s'inscrit dans une transformation plus large de Chargeurs, qui se recentre progressivement sur les métiers liés à la culture, aux musées, au textile de luxe et aux actifs de prestige. Après la vente de Novacel, le groupe veut renforcer son bilan, retrouver de la flexibilité financière et réduire la décote dont souffre son action en Bourse, avec l'ambition d'atteindre plus d'un milliard d'euros de valeur d'actifs à l'horizon 2030, contre 585 millions d'euros en 2025. Malgré l'envol de ce mercredi, l'action cède 6% cette année à la Bourse de Paris.

Le point sectoriel

Après trois ans de purgatoire, Euronext Growth a renoué avec les gains en 2025 (+8,7%), mais reste à la traîne par rapport aux plus grandes capitalisations. Au premier semestre 2026, la tendance s'inverse : l'indice des petites valeurs (+6,1%) fait mieux que le CAC 40 (+3,1%) et surtout que le CAC Mid & Small, dans le rouge (-0,3%).

Iran : les dernières actus

Trump annonce ce mercredi que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran est terminé. Après de nouvelles attaques contre des navires dans le détroit d'Ormuz, Washington a mené des frappes contre des positions iraniennes et rétabli ses sanctions sur le pétrole exporté par le régime des mollahs. Téhéran affirme avoir riposté en visant 85 installations sur des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Depuis Ankara, où il participe au sommet de l'Otan, Trump a menacé de nouvelles frappes « dures » dès ce mercredi soir. Son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a prévenu que les États-Unis pourraient cibler « plus en profondeur » les sites militaires, notamment les radars et les postes liés à la navigation dans le détroit d'Ormuz. Washington envisage aussi de rétablir son blocus naval, tandis que la menace de mines maritimes fait ressurgir le risque d'une crise pétrolière majeure. Le sujet redevient donc central pour les séances à venir.

Le monde d'après

Objectif 10 000 milliards !

SpaceX poursuit son entrée en Bourse chahutée à Wall Street, mais plusieurs grandes banques restent très positives sur le dossier. Après un départ spectaculaire en Bourse, le titre évolue désormais autour de 150$, en recul d'environ 30% par rapport à son pic atteint le 16 juin. La société de Musk reste toutefois au-dessus de son prix d'introduction de 135$, avec une valorisation proche des 2 000 milliards de dollars. Les craintes du marché portent surtout sur les investissements massifs dans l'intelligence artificielle, après une levée de 25 milliards de dollars de dette quelques jours seulement après l'introduction en Bourse.

Malgré ces inquiétudes, Goldman Sachs, Bank of America et Morgan Stanley viennent toutes les trois de démarrer le suivi de la valeur avec des recommandations positives. Leurs objectifs de cours vont de 205$ à 300$, soit des potentiels de hausse allant de 36% à 100%. Leurs analystes misent sur trois grands moteurs : les lancements spatiaux, la connectivité par satellites avec Starlink et les infrastructures d'intelligence artificielle. La fusée Starship reste au cœur du scénario principal, car elle pourrait réduire fortement les coûts de lancement et permettre à SpaceX d'accélérer le déploiement de ses satellites et de ses futurs centres de données.

Certains scénarios sont encore plus spectaculaires. Le groupe financier américain Raymond James vise un objectif de 800$, ce qui valoriserait SpaceX à plus de 10 500 milliards de dollars, soit plus de deux fois Nvidia. Ces prévisions reposent sur l'idée que SpaceX pourrait devenir une infrastructure industrielle majeure du XXIe siècle, à la croisée de l'espace, de l'Internet mondial et de l'intelligence artificielle. Après l'euphorie puis la correction, le débat boursier se déplace donc : SpaceX est-il déjà trop cher, ou seulement au début d'une histoire beaucoup plus grande ? Vous ne le savez peut-être pas, mais vous avez probablement SpaceX dans votre portefeuille depuis mardi après-midi.

Demain à la une

Prudence, prudence ?

La géopolitique est clairement de retour sous les projecteurs ! La prudence des investisseurs devrait donc rester d'actualité d'ici le week-end a minima. Après la nouvelle poussée du pétrole liée aux frappes militaires entre les États-Unis et l'Iran, les marchés vont surveiller tout signe de dérapage des prix de l'énergie, car ils peuvent raviver les craintes d'inflation et compliquer la tâche des banques centrales, plus hésitantes que jamais sur le niveau de leurs taux d'intérêt.

Nous vous en parlions ces derniers jours, les investisseurs digéreront aussi les dernières indications de la Réserve fédérale américaine, publiées ce mercredi soir, pour évaluer si une hausse des taux redevient, justement, plus probable. Par ailleurs, les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis donneront demain un aperçu de la solidité du marché du travail, un élément clé pour Wall Street. En Europe, la balance commerciale allemande sera observée comme un test de résistance de l'industrie, tandis que plusieurs chiffres chinois aideront à jauger la vigueur de la demande mondiale.

Dans ce contexte, les valeurs liées à l'énergie, aux taux et aux secteurs cycliques pourraient rester particulièrement sensibles. Reste à savoir si la baisse de ce mercredi n'est qu'une petite correction liée à la prime de risque géopolitique (voir lexique ci-dessous) ou le début d'un véritable changement de climat sur les marchés. On entre d'ailleurs dans la trêve estivale, traditionnellement marquée par des volumes boursiers réduits. Les mouvements boursiers, haussiers comme baissiers, peuvent donc être exacerbés par le manque de capitaux investis sur les marchés dans les semaines à venir. L'été s'annonce chaud !

Le lexique

La prime de risque géopolitique

En Bourse, la prime de risque géopolitique désigne le surcoût que les investisseurs exigent lorsque le contexte international devient plus incertain. Concrètement, quand des tensions entre pays, des conflits, des sanctions, des élections très polarisées, des ruptures d'approvisionnement ou des menaces sur des routes commerciales apparaissent, l'avenir économique semble moins prévisible.

Or, plus l'avenir est flou, plus les investisseurs demandent une rémunération élevée pour accepter le risque ou, à l'inverse, ils paient moins cher les actifs risqués. Cette prime ne se voit pas comme une ligne sur un relevé : elle se lit dans les prix. Elle peut se traduire par une baisse des actions, une hausse des taux exigés sur certaines dettes, une hausse également de la volatilité, ou un attrait renforcé pour des actifs jugés plus défensifs.